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Khartoum Se Reconstruit Lentement Après La Guerre

Khartoum renaît lentement de ses cendres après trois ans de guerre : le gouvernement est de retour, les rues se déblayent, mais l'insécurité et les ruines persistent. Les habitants espèrent retrouver une vie normale, pourtant la fragilité reste palpable...

La capitale soudanaise, Khartoum, porte encore les stigmates profonds d’une guerre qui a tout ravagé. Imaginez une cour ministérielle envahie par une végétation sauvage, où des lianes grimpent sur des façades coloniales en brique rouge, tandis que des carcasses de voitures calcinées et des meubles brisés jonchent le sol. C’est la réalité actuelle de nombreux bâtiments officiels, dans une ville qui tente timidement de renaître de ses cendres.

Khartoum renaît de ses ruines après des années de conflit

Depuis le printemps 2023, la guerre entre l’armée soudanaise et les paramilitaires du Front de soutien rapide (FSR) a transformé la capitale en champ de bataille. Des dizaines de milliers de vies perdues, des millions de déplacés, et une ville entière vidée de sa substance. Pourtant, aujourd’hui, des signes de reprise émergent, même si la prudence reste de mise face à une situation encore fragile.

Le gouvernement, aligné sur l’armée, a récemment annoncé son retour officiel à Khartoum après presque trois ans d’exil à Port-Soudan, à plus de 700 kilomètres au nord-est. Ce déménagement symbolique marque une étape cruciale dans la tentative de normalisation, alors que les combats persistent dans des régions voisines comme le Kordofan.

Un retour gouvernemental chargé de promesses

Le Premier ministre a multiplié les visites sur les chantiers de reconstruction et les déclarations optimistes. Il évoque un retour rapide à la normale, avec des engagements fermes pour améliorer les services publics essentiels. Les autorités insistent sur la reprise progressive des institutions étatiques au cœur de la capitale.

Malgré les apparences, la réalité sur le terrain reste contrastée. De nombreux édifices officiels portent les marques des combats intenses : impacts de balles, vitres éclatées, structures noircies par les incendies. Certains ont été partiellement rénovés, d’autres attendent encore une intervention.

Le terrain n’a pas été déminé.

Un garde du ministère des Finances

Cette mise en garde illustre les dangers persistants. Des zones entières sont classées à haut risque par les experts en déminage des Nations Unies, rendant toute activité hasardeuse.

La Banque centrale et les symboles économiques en reconstruction

La Banque centrale du Soudan offre un exemple frappant. Son bâtiment n’est plus qu’une carcasse noircie, aux fenêtres explosées. Pourtant, sa direction a déclaré la reprise des activités dans l’État de Khartoum, sans entrer dans les détails opérationnels pour l’instant. Ce geste vise à restaurer une certaine confiance dans les institutions financières.

Le pays a subi des pertes économiques massives. La moitié des revenus pétroliers a disparu pendant le conflit, s’ajoutant à la perte déjà subie après la sécession du Soudan du Sud en 2011. Des symboles de l’essor passé, comme la tour de la Greater Nile Petroleum Company, ne sont plus que des squelettes calcinés, rappelant l’ambition d’un « Dubaï africain » aujourd’hui effacée.

La vie quotidienne des habitants : un retour timide

Plus du tiers des neuf millions d’habitants de Khartoum avaient fui lorsque les FSR ont pris le contrôle au printemps 2023. Depuis la reprise par l’armée en mars dernier, plus d’un million de personnes sont revenues. La population actuelle est majoritairement masculine : les hommes rentrent pour travailler, laissant souvent familles et enfants à l’écart.

Dans les rues déblayées, quelques commerçants tentent de relancer leurs activités. Une vendeuse de thé et de café, revenue du sud après un exil forcé, a repris son poste sur un trottoir défoncé. Elle gagne désormais trois fois moins qu’avant la guerre, à peine de quoi survivre.

Les affaires ne sont pas bonnes, le quartier reste vide.

Halim Ishaq, vendeuse de 52 ans

Les grands commerces pâtissent de l’absence des entreprises importantes. Un vitrier explique que les clients manquent cruellement, car l’argent circule peu et les sociétés ne sont pas revenues en force.

Infrastructures et services : les priorités absolues

La restauration de l’eau et de l’électricité figure en tête des urgences. Sans ces bases, impossible de relancer une vie normale. Les rues deviennent sombres et désertes dès la nuit tombée, accentuant le sentiment d’insécurité.

Une jeune interne en médecine de 26 ans confie son désir de retrouver une existence sociale épanouie. Elle se souvient des sorties avec ses amies, aujourd’hui impossibles dans une capitale encore traumatisée.

Autrefois, je pouvais sortir avec mes amies, je voudrais retrouver ma vie sociale, comme avant.

Taghrid Awad al-Rim Saïd

L’aéroport international, fraîchement rénové, a été touché par une frappe de drones peu avant son inauguration, soulignant la vulnérabilité persistante. Un grand hôtel historique, qui a accueilli jadis des personnalités illustres, espère accueillir ses premiers clients mi-février, son lobby préservé contrastant avec les dégâts à l’arrière.

Des initiatives citoyennes et culturelles porteuses d’espoir

Au Théâtre national, des bénévoles s’activent pour réparer la scène et les rideaux poussiéreux. Un ancien directeur retraité supervise les travaux, rêvant de voir revenir les grands artistes qui ont foulé ces planches par le passé.

Comme avant et même mieux qu’avant !

Abdel Rafea Hassan Bakhit, ancien directeur du Théâtre national

Dans le stade Al-Merreikh, des ouvriers arrachent les arbustes envahissants et nivellent le terrain. Ce club historique, l’un des plus anciens d’Afrique, a dû jouer ses matchs en exil au Rwanda depuis le début du conflit.

Les défis économiques et sécuritaires persistent

De nombreux commerçants hésitent à revenir, confrontés à des dettes pour des stocks détruits pendant la guerre. Les poursuites judiciaires compliquent encore la situation pour certains entrepreneurs.

L’ONU estime à environ 350 millions de dollars le coût de la réhabilitation des infrastructures essentielles. Des visites officielles se multiplient, chacune accompagnée de promesses d’aide internationale. Pourtant, la sécurité reste précaire, avec des affrontements continus dans des régions périphériques.

La capitale respire à nouveau, mais à petits pas. Les grues qui se dressent timidement symbolisent cet espoir prudent. Les habitants, marqués par les épreuves, aspirent simplement à retrouver stabilité, services de base et sérénité nocturne.

Ce lent processus de reconstruction demande patience et ressources considérables. Chaque bâtiment nettoyé, chaque rue éclairée représente une victoire minuscule sur le chaos. Khartoum, autrefois vibrante, se reconstruit pierre par pierre, portée par la résilience de ses habitants.

Les mois à venir seront décisifs. Si le retour du gouvernement marque un tournant symbolique, la véritable renaissance dépendra de la capacité à sécuriser pleinement la ville, à restaurer les réseaux vitaux et à attirer investissements et retours massifs de population. Pour l’instant, l’espoir côtoie la prudence dans les rues encore marquées par la guerre.

La végétation qui envahit les cours ministérielles rappelle cruellement le temps suspendu. Mais les efforts visibles, des chantiers aux déclarations officielles, montrent que Khartoum refuse de sombrer définitivement. La capitale soudanaise entame un chapitre nouveau, fragile mais déterminé.

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