Le Togo choisit son camp dans la tourmente sahélienne
L’événement a surpris par sa rapidité. Arrêté le 16 janvier à Lomé, Damiba est remis dès le lendemain à Ouagadougou après un avis favorable de la justice togolaise. Ce geste n’est pas isolé mais s’inscrit dans une stratégie plus large.
Le pays côtier mise sur des alliances renforcées avec l’Alliance des États du Sahel pour contrer les menaces sécuritaires et booster son économie portuaire. Les tensions avec d’autres voisins facilitent ce repositionnement.
Le parcours chaotique de Paul-Henri Sandaogo Damiba au Burkina Faso
Damiba prend le pouvoir en janvier 2022 par un coup contre Roch Kaboré. Renversé neuf mois plus tard par Ibrahim Traoré, il s’exile au Togo. Depuis, il est accusé d’orchestrer des tentatives de déstabilisation, la dernière en janvier 2026.
Les poursuites incluent corruption, détournement de fonds et incitation à des crimes. Ces chefs d’accusation graves justifient la demande d’extradition burkinabè.
Les motivations stratégiques derrière la décision togolaise
Lomé cultive ses liens avec l’AES depuis des mois. Le port de Lomé bénéficie du report des trafics sahéliens, loin des ports ivoiriens et béninois jugés trop pro-occidentaux.
Sur le plan sécuritaire, le Togo veut contenir la contagion jihadiste au nord. Il propose aussi ses bons offices pour des échanges de renseignements avec les États-Unis.
Ce choix s’est davantage orienté vers la protection des relations politiques et sécuritaires que vers une évaluation approfondie des engagements liés au droit international.
Politologue togolais
Les réactions contrastées à cette extradition express
Au Burkina, l’affaire est célébrée comme un coup contre les comploteurs. Au Togo, l’opposition dénonce une trahison des traditions d’accueil et une compromission.
Faure Gnassingbé a livré le plus faible du moment au plus fort. Surprenant de la part d’un médiateur.
Opposant togolais
Quel avenir pour Paul-Henri Sandaogo Damiba ?
Le Togo a obtenu des garanties sur l’intégrité physique, un procès équitable et l’absence de peine capitale. Pourtant, le rétablissement de la peine de mort au Burkina inquiète.
L’attitude du gouvernement togolais expose directement Paul-Henri Damiba à des menaces graves contre sa personne.
Avocat malien
Sur les réseaux, des appels à la sévérité maximale fusent, illustrant la polarisation extrême.
Les implications régionales d’un tel précédent
Cette extradition accélère la fragmentation ouest-africaine. Le Togo gagne économiquement et sécuritairement mais risque des critiques sur les droits humains.
Elle pose la question du sort réservé aux opposants exilés dans une région en crise permanente.
Un équilibre précaire entre souveraineté et droits humains
Les États sahéliens et leurs voisins côtiers naviguent entre impératifs sécuritaires et normes internationales. Le cas Damiba pourrait créer un précédent dangereux ou consolider de nouvelles alliances durables.
Dans ce puzzle géopolitique complexe, chaque mouvement compte. Le Togo a joué sa carte, avec audace et pragmatisme.









