Imaginez : vous êtes un investisseur passionné par les cryptomonnaies depuis des années, attendant avec impatience qu’enfin les États-Unis se dotent d’un cadre réglementaire clair et moderne pour le secteur. Et puis, coup de théâtre : le projet de loi tant attendu est repoussé… une nouvelle fois. Et cette fois, la raison invoquée n’est pas technique, mais bien plus terre à terre : le logement.
Un report qui en dit long sur les priorités politiques
En ce début d’année 2026, le Sénat américain a donc décidé de mettre en pause l’examen du texte qui doit poser les bases d’une régulation fédérale des actifs numériques. Prévu initialement pour mi-janvier, puis décalé à plusieurs reprises, le markup (l’étape clé de discussion et d’amendements en commission) a encore été repoussé de plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
La raison officielle ? La priorité donnée aux questions de logement abordable, sujet brûlant pour des millions d’Américains confrontés à une flambée des prix immobiliers et des loyers. Un choix qui illustre parfaitement le fossé entre les préoccupations quotidiennes des électeurs et les enjeux (pourtant cruciaux) de la finance numérique.
La pression de la Maison Blanche sur le logement
Depuis son retour au pouvoir, l’administration Trump a multiplié les signaux forts en direction des classes moyennes. Parmi les mesures phares : un décret présidentiel signé récemment qui ordonne au Département du Trésor d’établir des seuils pour limiter l’achat massif de maisons individuelles par les grands investisseurs institutionnels.
Le texte prévoit également d’interdire tout soutien fédéral (prêts garantis, aides fiscales…) aux entités qui dépasseraient ces seuils. Objectif affiché : redonner du pouvoir d’achat aux ménages américains et freiner la spéculation immobilière.
« Le logement n’est pas un actif spéculatif, c’est un besoin fondamental. Nous devons protéger les familles américaines. »
Extrait d’un discours récent de la Maison Blanche
Même si les investisseurs institutionnels ne possèdent qu’une part marginale (moins de 1 %) du parc de maisons individuelles, le symbole est fort. Et politiquement, le sujet est bien plus payant à court terme que la régulation crypto auprès de l’électorat.
Le projet de loi crypto : où en est-on vraiment ?
Le texte en question vise à créer un cadre fédéral clair pour les actifs numériques. Il propose une répartition des compétences entre deux régulateurs historiques :
- La CFTC (Commodity Futures Trading Commission) serait principalement responsable des commodities numériques comme le Bitcoin ou l’Ethereum.
- La SEC (Securities and Exchange Commission) conserverait son autorité sur les tokens considérés comme des valeurs mobilières.
Ce découpage, espéré depuis des années par l’industrie, doit permettre d’apporter la fameuse clarté réglementaire tant réclamée, tout en préservant l’innovation sur le sol américain.
Les points de friction qui bloquent le texte
Malgré un large consensus de principe, plusieurs dispositions font débat :
- Les récompenses sur stablecoins (yield) pourraient être limitées ou interdites.
- Des exigences accrues de traçabilité et de surveillance sont prévues.
- Certaines mesures pourraient impacter négativement les protocoles DeFi.
- Le traitement des tokens de titres tokenisés (tokenized equities) reste flou.
Ces points ont conduit certains acteurs majeurs à retirer leur soutien public au projet actuel, estimant que le texte, dans sa forme présente, risquerait de freiner plutôt que d’encourager l’innovation.
Un délai supplémentaire… une aubaine pour le lobbying ?
Paradoxalement, ce nouveau report pourrait être une bonne nouvelle pour l’industrie crypto. Les semaines, voire les mois à venir, vont offrir une fenêtre supplémentaire pour négocier des amendements plus favorables.
De nombreuses rencontres sont déjà programmées entre les principaux acteurs du secteur et les sénateurs clés des commissions Bancaire et Agriculture. L’objectif : aboutir à un texte qui recueille un soutien bipartisan suffisamment large pour passer l’épreuve du vote en séance plénière.
Parallèlement : le projet concurrent du comité Agriculture
Alors que la commission Bancaire temporise, celle de l’Agriculture (qui a historiquement juridiction sur les commodities) a publié son propre projet de loi républicain fin janvier 2026.
Ce texte élargit sensiblement les pouvoirs de la CFTC sur les actifs numériques, mais souffre encore d’un manque de soutien démocrate. Un markup est prévu très prochainement.
À terme, les deux versions devront être réconciliées avant tout vote final au Sénat.
Quelles conséquences pour le marché crypto américain ?
Plus le temps passe sans cadre clair, plus les États-Unis risquent de perdre du terrain face à d’autres juridictions (Europe, Singapour, Dubaï, Hong Kong…) qui avancent à grands pas sur la régulation crypto.
Les entreprises américaines, déjà contraintes par un environnement réglementaire morcelé et incertain, pourraient être tentées de délocaliser certaines activités. À l’inverse, un texte équilibré et favorable pourrait déclencher une nouvelle vague d’innovation et d’investissements sur le sol américain.
Perspectives pour 2026 : un vote avant les midterms ?
Les observateurs les plus optimistes espèrent encore un vote avant l’été 2026. Les plus réalistes tablent sur une adoption en fin d’année, voire un report pur et simple après les élections de mi-mandat.
Dans tous les cas, une chose est sûre : la régulation crypto est devenue un sujet éminemment politique, bien plus que technique. Et tant que le logement, l’inflation et le pouvoir d’achat resteront les préoccupations numéro un des Américains, il sera difficile pour le Sénat de dégager du temps et du capital politique pour faire avancer le dossier crypto.
Une chose est certaine : les prochains mois seront décisifs. Entre lobbying intense, négociations de couloir et impératifs électoraux, le chemin vers une régulation crypto moderne aux États-Unis s’annonce encore semé d’embûches.
À suivre de très près.
Le secteur des cryptomonnaies reste l’un des plus dynamiques et innovants au monde. Mais sans cadre clair et stable, l’innovation risque de fuir vers d’autres horizons. Les États-Unis sauront-ils inverser la tendance avant qu’il ne soit trop tard ?
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