Imaginez un instant : après des mois de campagne intense, une victoire nette et sans appel à la présidentielle, et des législatives qui confirment une domination sans partage. Dans ce contexte de stabilité retrouvée, le président choisit de maintenir à ses côtés l’homme discret mais efficace qui l’accompagne depuis plus de deux ans. C’est exactement ce qui vient de se produire en Côte d’Ivoire.
Mercredi, le chef de l’État a officialisé une décision très attendue : Robert Beugré Mambé reste Premier ministre. Nommé en octobre 2023 dans des circonstances plutôt surprenantes, cet homme de 74 ans conserve sa place au cœur du pouvoir exécutif ivoirien. Une continuité qui n’a rien d’anodine dans un pays où chaque nomination est scrutée à la loupe.
Une reconduction synonyme de stabilité politique
Le décret présidentiel est clair : Robert Beugré Mambé est confirmé dans ses fonctions. Mieux encore, le président lui a demandé de proposer sans tarder la composition d’un nouveau gouvernement. Cette décision intervient dans un moment particulièrement favorable pour le pouvoir en place.
Avec près de 90 % des suffrages exprimés en sa faveur à la présidentielle d’octobre, le président a démontré une popularité exceptionnelle. Son parti a ensuite réalisé un quasi sans-faute aux législatives, remportant environ 80 % des sièges à l’Assemblée nationale. Ces résultats écrasants offrent une marge de manœuvre considérable pour la mise en œuvre du programme présidentiel.
Le choix d’un homme de confiance
Pourquoi reconduire Robert Beugré Mambé ? La réponse semble évidente pour les observateurs proches du pouvoir : sa discrétion, sa connaissance approfondie des dossiers et son sens du travail bien fait sont unanimement reconnus au sein de la majorité. Loin des effets de manche et des déclarations tonitruantes, cet homme préfère l’efficacité aux postures médiatiques.
Son parcours atypique explique sans doute cette capacité à naviguer avec aisance dans les eaux parfois tumultueuses de la politique ivoirienne. Ancien cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire, il a opéré un virage politique majeur pour rejoindre les rangs du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix, le parti au pouvoir. Cette transition réussie témoigne d’une adaptabilité et d’une vision pragmatique.
Avant de devenir Premier ministre, Robert Beugré Mambé a occupé des fonctions stratégiques. Il a notamment présidé la Commission électorale indépendante entre 2005 et 2010, période particulièrement sensible dans l’histoire récente du pays. Plus tard, il a été nommé gouverneur du district d’Abidjan, poste qu’il a occupé pendant douze années décisives pour la transformation de la capitale économique ivoirienne.
Un pasteur protestant au cœur du pouvoir
Moins connue du grand public, la dimension spirituelle de Robert Beugré Mambé mérite d’être soulignée. Pasteur protestant, il incarne une figure morale dans un paysage politique souvent marqué par les passions. Cette dimension spirituelle influence sans doute sa façon d’aborder les responsabilités publiques : sens du devoir, humilité et recherche du bien commun.
Originaire du sud du pays, il a su conquérir une légitimité au sein d’un parti dont l’assise électorale est particulièrement forte dans le nord. Cette capacité à transcender les clivages régionaux représente un atout précieux dans un pays où les questions identitaires restent sensibles.
Un ancrage local confirmé par les urnes
Les élections législatives de décembre ont offert à Robert Beugré Mambé une nouvelle démonstration de popularité. Dans la circonscription de Songon, près d’Abidjan, il a été réélu député avec un score impressionnant de 95 % des voix. Ce plébiscite local renforce sa position au sein de la majorité et légitime pleinement sa reconduction au poste de Premier ministre.
Ce résultat n’est pas anodin. Dans un contexte où la légitimité électorale constitue la principale ressource politique, un tel score témoigne d’un ancrage solide auprès des populations. Il confère également au Premier ministre une autorité supplémentaire pour piloter la formation du prochain gouvernement.
Vers un gouvernement de continuité
Les observateurs s’accordent à penser que le prochain gouvernement devrait largement reconduire les cadres actuels du parti majoritaire. La plupart d’entre eux ont d’ailleurs été élus députés lors des dernières législatives, ce qui leur confère une double légitimité : celle du suffrage universel et celle de l’exécutif.
Cette continuité dans les équipes ministérielles vise probablement à maintenir la dynamique de croissance et de stabilité économique qui caractérise le second septennat du président. Les grands chantiers engagés ces dernières années – infrastructures, éducation, santé, agriculture – nécessitent une certaine permanence pour porter leurs fruits.
La question sensible de la succession
À 84 ans, le président entame son quatrième et dernier mandat constitutionnel. Il a lui-même annoncé que ce quinquennat serait placé sous le signe de la transmission générationnelle. Dans un pays où plus de la moitié de la population a moins de 18 ans, cette question de la relève politique devient centrale.
Dans l’ordre protocolaire actuel, le vice-président Tiémoko Meyliet Koné, 76 ans, occupe la deuxième place. Sa position institutionnelle en fait naturellement un acteur clé dans les réflexions sur l’avenir du pouvoir. Cependant, la reconduction de Robert Beugré Mambé au poste de Premier ministre pourrait également influencer les équilibres internes au sein de la majorité.
La composition du prochain gouvernement sera donc observée avec la plus grande attention. Les nominations ministérielles, les équilibres régionaux, la place accordée aux jeunes et aux femmes, tout sera passé au crible par les observateurs politiques et les citoyens eux-mêmes.
Les défis qui attendent le nouveau gouvernement
Malgré les succès électoraux incontestables, la Côte d’Ivoire fait face à de nombreux défis structurels. La création d’emplois pour une jeunesse nombreuse et dynamique reste une priorité absolue. La lutte contre les inégalités territoriales, la modernisation de l’agriculture, la diversification économique au-delà du cacao et de la noix de cajou figurent parmi les chantiers majeurs.
Sur le plan sécuritaire, la stabilité retrouvée ne doit pas masquer les menaces persistantes dans certaines zones frontalières. La coopération régionale au sein de la CEDEAO et les partenariats internationaux continueront de jouer un rôle déterminant pour préserver la paix et la sécurité.
Une équipe attendue dans les prochains jours
Le Premier ministre dispose désormais d’un délai raisonnable pour proposer la liste des futurs membres du gouvernement. Cette période de réflexion permettra sans doute d’affiner les arbitrages et de tenir compte des différentes sensibilités au sein de la majorité.
Les Ivoiriens attendent de cette nouvelle équipe une action rapide et concrète sur les questions qui touchent leur quotidien : pouvoir d’achat, accès aux soins, qualité de l’éducation, perspectives d’emploi. La légitimité électorale massive dont bénéficie le pouvoir en place constitue à la fois une force et une responsabilité.
Dans les prochains jours, l’attention se portera donc sur les noms qui composeront cette nouvelle équipe gouvernementale. Chaque portefeuille ministériel sera analysé, chaque nomination commentée. La politique ivoirienne entre dans une nouvelle séquence où la continuité affichée devra se traduire par des résultats tangibles pour la population.
Robert Beugré Mambé, discret mais expérimenté, aura la lourde tâche de coordonner cette action gouvernementale dans un contexte où les attentes sont immenses. Son expérience, sa connaissance fine des dossiers et son sens du compromis seront des atouts précieux pour relever ces défis multiples.
La Côte d’Ivoire poursuit sa route vers un avenir plus prospère. La stabilité politique retrouvée constitue une condition nécessaire, mais certainement pas suffisante. C’est désormais aux actes que l’on jugera la capacité de cette nouvelle configuration à répondre aux aspirations légitimes des Ivoiriennes et des Ivoiriens.
Ce moment politique marque une étape importante dans l’histoire contemporaine du pays. Il illustre à la fois la consolidation d’un pouvoir et les premiers pas vers une transition générationnelle annoncée. L’équilibre entre continuité et renouvellement constituera sans doute l’un des enjeux majeurs de ces cinq prochaines années.
Les regards sont désormais tournés vers la présentation officielle du gouvernement. Chaque détail sera analysé, chaque choix décortiqué. La politique ivoirienne, riche en rebondissements et en symboles, continue d’écrire ses pages les plus récentes sous nos yeux.
À suivre donc, avec la plus grande attention, les prochaines annonces qui façonneront le visage de l’exécutif ivoirien pour les années à venir. Un chapitre s’achève, un autre commence, dans un pays qui ne cesse de surprendre par sa résilience et son dynamisme.









