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Vietnam Lance Régime Strict Licences Crypto 2026

Le Vietnam passe d'une zone grise à un encadrement ultra-strict pour les plateformes crypto : capital de 400 millions de dollars minimum, licences limitées... Mais pourquoi ce virage radical alors que le pays figure parmi les champions mondiaux de l'adoption ? La réponse pourrait changer la donne pour toute la région...
Le Vietnam franchit une étape décisive dans la régulation des cryptomonnaies. Après des années d’activité dans une zone grise, où des millions de Vietnamiens échangeaient librement des actifs numériques sans cadre légal clair, le pays instaure désormais un régime strict d’autorisation pour les plateformes d’échange. Cette décision marque un tournant majeur, mêlant prudence gouvernementale et reconnaissance d’un marché en pleine explosion.

Le Vietnam passe à la vitesse supérieure dans la régulation crypto

Imaginez un pays où plus de 20 millions de personnes possèdent des cryptomonnaies, où les volumes d’échange atteignent des centaines de milliards de dollars chaque année, mais où tout cela se déroulait jusqu’ici sans véritable filet de sécurité légal. C’est la réalité qu’a connue le Vietnam pendant longtemps. Aujourd’hui, avec l’entrée en vigueur de nouvelles dispositions réglementaires au début de l’année 2026, les choses changent radicalement. Le gouvernement met en place un programme pilote d’autorisation pour les plateformes d’échange d’actifs numériques, imposant des conditions draconiennes aux candidats.

Cette évolution n’est pas anodine. Elle reflète à la fois la volonté de protéger les investisseurs et de capter une partie des flux financiers qui échappent jusqu’ici au contrôle fiscal. Le pays, jeune et dynamique, avec une population très connectée, se positionne comme l’un des leaders mondiaux en matière d’adoption crypto. Mais cette popularité s’accompagne désormais d’un encadrement strict.

Un cadre légal enfin clair pour les actifs numériques

Depuis le 1er janvier 2026, une loi dédiée à l’industrie des technologies numériques reconnaît officiellement les actifs numériques comme une catégorie à part entière. Cela inclut les cryptomonnaies, les tokens et autres formes d’actifs virtuels. Pour la première fois, ces éléments ne flottent plus dans un vide juridique : ils sont encadrés, taxés et supervisés.

Le ministère des Finances et la Commission des valeurs mobilières jouent un rôle central dans cette supervision. Une décision administrative récente détaille les procédures d’émission, de modification et de retrait des licences pour les opérateurs de plateformes d’échange. Ces démarches administratives visent à professionnaliser un secteur qui, jusqu’ici, fonctionnait souvent de manière informelle.

Le programme pilote, d’une durée de cinq ans, limite volontairement le nombre d’acteurs autorisés. Seules quelques entités sélectionnées pourront opérer légalement au départ. Cette approche progressive permet aux autorités de tester le système, d’ajuster les règles en fonction des retours d’expérience et d’éviter les risques systémiques. Les experts estiment que cette phase test est essentielle pour éviter les dérives observées ailleurs dans le monde crypto.

En parallèle, les autorités multiplient les consultations avec des acteurs internationaux pour s’inspirer des meilleures pratiques tout en gardant une souveraineté forte sur le secteur. Ce mélange d’ouverture contrôlée et de fermeté réglementaire définit la stratégie vietnamienne.

Des exigences financières et structurelles très élevées

Pour obtenir une licence, les candidats doivent répondre à des critères extrêmement rigoureux. Le capital social minimum exigé s’élève à environ 10 000 milliards de VND, soit environ 380 à 400 millions de dollars américains. Une somme colossale qui exclut d’office la plupart des startups ou des acteurs indépendants. Seuls les grands groupes ou les consortiums soutenus par des institutions peuvent espérer répondre à cette condition.

De plus, au moins 65 % de ce capital doit provenir d’investisseurs institutionnels vietnamiens, avec une répartition minimale entre plusieurs entités qualifiées comme des banques, assurances ou fonds d’investissement. La propriété étrangère est plafonnée à 49 %, obligeant ainsi les opérateurs internationaux à s’associer avec des partenaires locaux. Ces mesures visent à garder le contrôle du marché entre des mains nationales tout en attirant des capitaux et des expertises extérieures.

Les exigences techniques sont tout aussi impressionnantes. Les infrastructures doivent respecter des normes de cybersécurité de haut niveau, souvent niveau 4 ou supérieur selon les classifications locales. Le recrutement doit inclure des experts en valeurs mobilières licenciés, et des systèmes de gestion des risques, de ségrégation des actifs clients et de traitement des plaintes doivent être mis en place et audités régulièrement.

« Le Vietnam veut un environnement professionnel, attractif pour les capitaux internationaux, mais solidement encadré pour protéger les investisseurs. »

Cette approche contraste avec des modèles plus libéraux observés ailleurs, mais elle correspond à la philosophie vietnamienne de développement économique contrôlé.

Les acteurs locaux se préparent activement au lancement

Face à ces opportunités réglementées, plusieurs institutions financières vietnamiennes se positionnent déjà. Des sociétés de courtage et des banques commerciales annoncent publiquement leur intention de soumettre des dossiers pour obtenir les précieuses licences. Certaines ont même créé des entités dédiées il y a plusieurs années, anticipant ce virage réglementaire.

Des partenariats stratégiques se multiplient : collaborations avec des fournisseurs de cloud majeurs pour l’infrastructure, accords techniques avec des plateformes étrangères pour l’expertise opérationnelle, et discussions avec des émetteurs de stablecoins pour intégrer des solutions adaptées au marché local. Ces mouvements montrent une préparation de longue date et une réelle ambition de dominer ce nouveau segment financier.

  1. Création de filiales blockchain dès 2022 par plusieurs acteurs
  2. Investissements massifs dans les technologies et les équipes spécialisées
  3. Partenariats internationaux pour la technologie et la conformité
  4. Annonces publiques de readiness pour lancement post-licence

Cette mobilisation du secteur privé traditionnel contraste avec l’image parfois spéculative du monde crypto, et pourrait permettre une intégration plus fluide des actifs numériques dans le système financier classique.

Un marché en pleine maturité malgré l’absence passée de règles

Les données parlent d’elles-mêmes : entre juillet 2024 et juin 2025, le volume des transactions crypto au Vietnam a dépassé les 220 milliards de dollars selon des analyses indépendantes. Le pays se classe régulièrement parmi les trois premiers marchés d’Asie-Pacifique, et souvent dans le top 5 mondial pour l’adoption par habitant.

Cette vitalité s’explique par des facteurs socio-économiques puissants : une population majoritairement jeune, un taux de bancarisation perfectible, des remittances annuelles massives (plus de 18 milliards de dollars), et une appétence pour les technologies innovantes. Les cryptos servent à la fois de moyen d’épargne, de transfert d’argent rapide et peu coûteux, et d’accès à des investissements internationaux.

Malgré l’interdiction d’usage comme moyen de paiement depuis plusieurs années, l’activité a continué à croître de manière organique, via des exchanges étrangers ou décentralisés. La nouvelle régulation vise précisément à ramener ces flux dans un cadre national contrôlé.

Perspectives économiques et géopolitiques

Pour les investisseurs vietnamiens, les bénéfices attendus sont clairs : meilleure protection contre les fraudes, transparence accrue, recours juridiques possibles en cas de problème. Pour l’État, il s’agit de générer des recettes fiscales nouvelles et de renforcer la souveraineté monétaire face à la dollarisation partielle via les stablecoins.

À l’échelle régionale, le Vietnam pourrait devenir un modèle pour d’autres pays d’Asie du Sud-Est qui font face à des niveaux d’adoption similaires sans cadre adapté. Singapour et la Thaïlande ont leurs propres approches, mais le modèle vietnamien, plus restrictif, pourrait inspirer les nations souhaitant garder un contrôle fort.

Les prochains mois seront décisifs : qui obtiendra les premières licences ? Comment les plateformes opéreront-elles concrètement ? Les volumes continueront-ils à croître sous ce nouveau cadre ? Une chose est sûre : le Vietnam n’est plus un simple acteur passif du monde crypto. Il devient un régulateur actif et ambitieux.

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