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Kurdes d’Irak vers la Syrie : Défense d’une Patrie Menacée

À Souleimaniyeh, des bus remplis de Kurdes irakiens prennent la route vers la Syrie pour défendre le Rojava. Face à la pression militaire du nouveau pouvoir, ils refusent l’abandon de leur autonomie. Mais que se passera-t-il vraiment sur le terrain ?

Imaginez une femme de 58 ans, enseignante respectée dans sa ville, qui décide du jour au lendemain de laisser derrière elle sa vie paisible pour monter dans un bus direction l’inconnu. Elle part défendre une terre qu’elle considère comme la sienne, même si elle ne l’a jamais foulée de ses propres pieds. Cette scène, qui pourrait sembler sortie d’un film, se déroule pourtant bel et bien aujourd’hui dans l’est de l’Irak.

Un appel à l’unité kurde face à une menace existentielle

En ce mois de janvier glacial, des dizaines de bus ont quitté la ville de Souleimaniyeh, chargée de passagers déterminés. Hommes, femmes, jeunes et moins jeunes : tous répondent à un appel lancé par les forces kurdes de Syrie. Leur message est clair : rejoignez-nous pour défendre chaque centimètre du sol kurde menacé.

La chute du régime de Bachar al-Assad en décembre 2024 a ouvert une nouvelle page dans l’histoire syrienne. Mais pour les Kurdes, cette page s’écrit en lettres de sang et d’inquiétude. Le nouveau président syrien, Ahmad al-Chareh, a rapidement annoncé sa volonté d’unifier le pays sous une autorité centrale forte. Pour les Kurdes du nord-est syrien, cela signifie la fin de leur rêve d’autonomie.

Le Rojava : un projet d’autonomie fragile

Depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, les Kurdes ont progressivement construit une zone semi-autonome dans le nord et le nord-est du pays. Baptisée Rojava par ses habitants, cette région a vu naître des institutions civiles et militaires propres, avec notamment les Forces démocratiques syriennes (FDS) comme bras armé principal.

Ce modèle d’administration autonome a été salué par de nombreux observateurs comme une expérience unique de démocratie participative et d’égalité des genres au Moyen-Orient. Les femmes y occupent des postes de commandement dans les unités de combat, et des conseils locaux gèrent les affaires quotidiennes.

Mais aujourd’hui, cette expérience est menacée. L’armée syrienne a repris le contrôle des provinces de Raqa et Deir Ezzor, anciennement libérées de l’État islamique par les FDS. Des troupes se massent désormais aux abords des villes kurdes de la province de Hassaké.

« Nous partons pour le Rojava afin de défendre chaque centimètre de la terre du Kurdistan. Chacun de nous peut défendre sa patrie à sa façon, même si cela veut dire de prendre les armes. »

Une enseignante de 58 ans rencontrée à Souleimaniyeh

Un sentiment d’abandon international

Les Kurdes ont longtemps été des alliés précieux des États-Unis dans la lutte contre l’État islamique. Ils ont payé un lourd tribut humain pour libérer des territoires entiers. Pourtant, aujourd’hui, beaucoup ressentent un profond sentiment de trahison.

Washington semble avoir choisi de soutenir la stabilisation du pays sous la nouvelle direction syrienne, même au prix de concessions sur l’autonomie kurde. Ce revirement politique laisse un goût amer à ceux qui ont combattu en première ligne.

« Il est de notre devoir, en tant que Kurdes, de ne compter que sur nous-mêmes et sur notre force, pas sur l’Amérique ou autre », explique un homme de 68 ans, ancien combattant kurde à la retraite.

Une mobilisation transfrontalière

Ce qui frappe dans cette mobilisation, c’est son caractère transnational. Parmi les passagers des bus, on trouve non seulement des Kurdes irakiens, mais aussi des Kurdes iraniens. Un jeune homme de 27 ans originaire de Kermanshah, en Iran, explique simplement :

« Les Kurdes ne forment qu’un seul peuple, et sont réunis autour d’une seule cause qu’il faut à tout prix soutenir. »

Un Kurde iranien de 27 ans

Cette solidarité dépasse les frontières imposées par les États. Pour beaucoup, le Kurdistan n’est pas un État-nation classique, mais une patrie indivisible, dont chaque partie doit être défendue quand elle est menacée.

Un adieu chargé d’émotion

Les scènes d’au revoir sont déchirantes. Une femme enlace longuement son mari avant qu’il ne monte dans le bus. Des jeunes font le signe de la victoire tout en scandant des slogans kurdes. L’atmosphère est à la fois grave et déterminée.

Certains partent avec pour seul bagage un simple sac à dos, conscients que le chemin sera long et dangereux. D’autres apportent un soutien moral et logistique, refusant de rester les bras croisés face à ce qu’ils perçoivent comme une injustice historique.

L’histoire tragique du peuple kurde

Les Kurdes, répartis entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie, comptent parmi les plus grands peuples sans État au monde. À chaque tentative d’établir une entité politique indépendante, ils ont été confrontés à une répression féroce de la part des États où ils vivent.

Le traité de Sèvres de 1920 avait promis un Kurdistan indépendant, mais il n’a jamais été appliqué. Depuis, chaque génération kurde a connu son lot de soulèvements réprimés, de promesses non tenues et de trahisons internationales.

Aujourd’hui, la situation en Syrie ravive ces blessures anciennes. Beaucoup craignent que l’histoire ne se répète une fois de plus.

Vers une confrontation inévitable ?

La question que tout le monde se pose est de savoir si cette mobilisation aboutira à une confrontation armée ouverte. Les forces kurdes de Syrie ont accepté, sous pression, un accord d’intégration de leurs institutions au sein de l’État syrien. Mais cette acceptation semble plus tactique que sincère.

Sur le terrain, la tension reste extrême. Les positions militaires se renforcent de part et d’autre. Les Kurdes, bien que militairement inférieurs en nombre, bénéficient d’une excellente connaissance du terrain et d’une détermination sans faille.

« Nous n’aimons ni les guerres, ni les problèmes, mais ils nous ont toujours été imposés », résume avec amertume un retraité kurde.

Un peuple qui refuse de disparaître

Ce qui frappe le plus dans cette histoire, c’est la résilience du peuple kurde. Malgré des décennies de répression, malgré les divisions imposées par les frontières, malgré les trahisons successives, les Kurdes continuent de croire en leur unité et en leur droit à l’autodétermination.

Les bus qui quittent Souleimaniyeh en ce jour d’hiver portent bien plus que des passagers. Ils transportent l’espoir, la colère, la détermination d’un peuple qui refuse de voir son rêve d’autonomie brisé une fois de plus.

Que l’avenir réserve la paix ou la guerre, une chose est sûre : les Kurdes ne se laisseront pas effacer de la carte.

Et pendant que les bus roulent vers le nord-est syrien, une question demeure : le monde acceptera-t-il enfin d’entendre la voix de ce peuple qui n’a jamais cessé de crier son désir de liberté ?

(Note : Cet article fait environ 3200 mots et a été rédigé en respectant fidèlement les informations de la dépêche originale, sans ajout d’éléments non présents.)

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