Imaginez une web-télévision née dans l’effervescence militante, promise à révolutionner l’information en France, qui se retrouve aujourd’hui au cœur d’un scandale judiciaire retentissant. Derrière les caméras et les plateaux animés se cache une tout autre réalité : des luttes de pouvoir acharnées, des accusations croisées et un virement de plus de 67 000 euros qui n’a jamais été effectué mais qui continue de faire des vagues. Au centre de cette tempête, deux figures emblématiques dont les versions s’opposent radicalement.
Les dessous d’une affaire qui secoue la gauche alternative
Depuis plusieurs années, les observateurs attentifs suivent avec intérêt l’évolution chaotique de ce projet médiatique ambitieux lancé par des personnalités engagées à gauche. Ce qui devait être un espace de liberté éditoriale s’est rapidement transformé en terrain de conflits internes profonds. Aujourd’hui, ces tensions éclatent au grand jour à travers une procédure judiciaire qui pourrait avoir des répercussions bien au-delà du simple volet financier.
L’histoire commence réellement à l’été 2018. À cette époque, la structure de production audiovisuelle connaît des remous importants. Une tentative de transfert bancaire d’un montant conséquent vers une société privée va déclencher une cascade d’événements qui aboutissent, plusieurs années plus tard, à la convocation devant un tribunal correctionnel. Les faits reprochés sont graves : tentative d’escroquerie présumée par abus de confiance ou manœuvres frauduleuses.
Le virement controversé de l’été 2018
Tout part d’une opération bancaire qui n’a finalement jamais abouti. Le 27 juillet 2018, une demande de virement de 67 146 euros est initiée depuis les comptes de la société de production vers une agence de communication privée. Selon l’accusation, cette somme devait rémunérer des prestations qui n’auraient jamais été réellement effectuées ou du moins jamais formellement commandées.
La défense explique au contraire qu’il s’agissait du règlement d’arriérés accumulés pour plusieurs mois de travail effectif au service du développement du média en ligne. Des prestations graphiques, stratégiques et organisationnelles auraient été réalisées sans être payées dans les délais impartis, créant ainsi une dette légitime.
Ce qui rend l’affaire particulièrement intéressante, c’est que le virement n’est jamais parvenu à destination. Bloqué par la banque ou stoppé par les autorités internes, il n’a causé aucun préjudice financier effectif. Pourtant, la justice estime que la simple tentative caractérisée suffit à caractériser l’infraction.
Un changement de direction contesté
Le timing du virement pose question. Trois jours plus tôt, le 24 juillet 2018, un conseil d’administration aurait acté la fin des fonctions de présidente de la société de production. Cette décision aurait été prise sans que l’intéressée n’en soit officiellement informée au préalable, selon ses déclarations.
De là naît une divergence fondamentale d’interprétation : pour les uns, la tentative de virement postérieure à l’éviction constitue une manœuvre pour siphonner des fonds avant de perdre le contrôle ; pour l’autre partie, l’éviction n’était pas effective à la date du virement et les fonds étaient dus au titre de prestations antérieures validées.
« Je n’ai jamais été informée officiellement de ma révocation à cette date précise. Les procédures n’ont pas été respectées. »
Cette zone grise sur la date effective de la perte de pouvoir exécutif constitue l’un des nœuds gordiens de l’affaire.
La figure centrale et controversée de Gérard Miller
Impossible d’aborder ce dossier sans évoquer celui qui fut l’un des principaux initiateurs du projet médiatique : le psychanalyste médiatique Gérard Miller. Cofondateur, il a incarné pendant plusieurs mois la caution intellectuelle et la caution morale du média alternatif.
Son rôle dans cette affaire fait aujourd’hui l’objet de vifs débats. D’un côté, on lui reproche un fonctionnement autoritaire, une mainmise sur les décisions stratégiques et financières malgré des fonctions statutaires parfois limitées. De l’autre, il affirme n’avoir exercé aucune responsabilité opérationnelle au moment des faits incriminés et rejette catégoriquement toute validation préalable du paiement litigieux.
La tension est montée d’un cran récemment avec un communiqué puis un entretien dans lequel la prévenue met directement en cause l’influence persistante de Miller dans le déclenchement et le maintien des poursuites. Elle évoque un climat de domination et de contrôle qui aurait perduré bien après son départ effectif des instances dirigeantes.
« Contrairement à ce qui est affirmé, je n’ai jamais validé ni même été informé d’une quelconque commande de prestation justifiant ce paiement. »
Cette mise au point publique marque un tournant : ce qui était jusqu’alors une affaire principalement financière prend désormais des allures de règlement de comptes personnel et politique entre deux figures qui ont longtemps partagé le même combat médiatique.
Les autres épisodes d’une rupture consommée
Cette procédure judiciaire ne constitue malheureusement pas un incident isolé dans la courte mais tumultueuse histoire du média en question. Dès l’automne 2018, des plaintes pour vol de matériel avaient été déposées par la nouvelle direction contre l’ancienne présidente, accentuant la dégradation des relations.
Les mois suivants ont vu défiler départs en cascade, accusations réciproques de censure éditoriale, de dévoiement de la ligne initiale et de récupération politique. Le projet initial d’un média réellement indépendant et participatif semblait s’éloigner à mesure que les ego et les intérêts divergents s’affirmaient.
Ces tensions internes ont durablement affecté la crédibilité et l’audience du média alternatif, qui peinera par la suite à retrouver l’élan des premiers mois.
Que risque la prévenue ?
Le procès correctionnel est fixé au 12 mai prochain. L’infraction reprochée – tentative d’escroquerie – est passible de cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende. Même si le montant en jeu reste relativement modeste comparé à d’autres affaires politico-financières, l’impact symbolique pourrait être considérable.
Une condamnation viendrait renforcer le discours de ceux qui dénoncent depuis longtemps les dérives et les ambiguïtés au sein de certains mouvements politiques alternatifs. À l’inverse, une relaxe totale pourrait être interprétée comme la confirmation d’un acharnement judiciaire motivé par des considérations politiques.
Il convient de rappeler que la présomption d’innocence s’applique pleinement et que seule une décision définitive permettra de trancher définitivement les débats.
Un miroir grossissant des divisions à gauche
Au-delà du cas individuel, cette affaire illustre cruellement les difficultés rencontrées par les projets médiatiques alternatifs en France. Financement précaire, dépendance à l’engagement militant, absence de modèle économique stable, luttes de pouvoir exacerbées par le manque de garde-fous institutionnels : tous ces éléments se retrouvent condensés dans ce dossier.
Elle pose aussi la question plus large du mélange des genres entre engagement politique, responsabilité médiatique et intérêts économiques personnels. Lorsque les frontières deviennent poreuses, les risques de dérapage augmentent mécaniquement.
Enfin, l’implication d’une personnalité publique toujours active sur la scène politique nationale donne à cette affaire une résonance particulière. Candidate déclarée à des élections importantes, la prévenue voit son image publique potentiellement écornée par cette procédure, même en l’absence de condamnation définitive.
Les suites possibles de cette affaire
Plusieurs scénarios se dessinent pour les mois à venir. Le plus probable reste un jugement au fond en mai, suivi éventuellement d’un appel selon la décision rendue. Mais d’autres développements ne sont pas à exclure : constitution de partie civile supplémentaire, révélation de nouveaux éléments par l’une ou l’autre des parties, médiatisation accrue à mesure que la date du procès approche.
Une chose est sûre : cette affaire continuera d’alimenter les débats sur la transparence financière et la gouvernance des médias engagés, ainsi que sur les rapports de force au sein des mouvements politiques qui se réclament de la rupture avec le système.
Quelle que soit l’issue judiciaire, le mal semble déjà fait en termes de confiance et d’image pour les principaux protagonistes. Reconstruire la crédibilité d’un projet médiatique après de tels déchirements relève de la gageure. Reconstruire une relation politique sereine après de telles accusations publiques paraît presque impossible.
Dans cette histoire où se mêlent idéalisme initial, déceptions accumulées, luttes d’influence et soupçons financiers, une question demeure en suspens : le rêve d’un média vraiment libre et indépendant est-il compatible avec les réalités du pouvoir, même à l’échelle d’un petit projet alternatif ?
Les prochains mois apporteront peut-être des éléments de réponse. En attendant, l’affaire continue de diviser, de passionner et d’interroger tous ceux qui, de près ou de loin, s’intéressent à l’avenir de l’information indépendante en France.
Les dates clés à retenir
- Fin 2017 : Lancement officiel du projet médiatique alternatif
- Été 2018 : Changement de direction et tentative de virement controversée
- Octobre 2018 : Premières plaintes croisées et départs en série
- 2025 : Ouverture de la phase contradictoire par le parquet
- 20 janvier 2026 : Échange public de mises au point entre les principaux protagonistes
- 12 mai 2026 : Date prévue du jugement correctionnel
Cette chronologie, aussi succincte soit-elle, permet de mesurer à quel point les tensions ont perduré dans le temps, transformant progressivement un différend financier en véritable fracture politique et personnelle.
Quelle que soit l’issue judiciaire, cette affaire restera sans doute comme un épisode marquant dans l’histoire récente des tentatives de créer des médias réellement indépendants en France. Un rappel cruel que même les projets les plus idéalistes ne sont pas immunisés contre les travers du pouvoir, de l’argent et des ego.









