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Incendie à Crans-Montana : l’enquête révèle de graves négligences

Une nuit de fête qui vire au cauchemar : 40 morts dans un incendie à Crans-Montana. Des années sans contrôle sécurité, une mousse hautement inflammable au plafond, des issues douteuses… L'enquête progresse mais soulève déjà d'inquiétantes questions sur les responsabilités.

Imaginez une nuit de Nouvel An dans une station de ski huppée, des rires, de la musique, des lumières scintillantes… et soudain, l’enfer. Le 1er janvier dernier, le bar Le Constellation à Crans-Montana, en Suisse, s’est transformé en piège mortel. Bilan : 40 vies perdues et 116 blessés. Près de trois semaines après le drame, l’enquête avance à tâtons, mais déjà, des zones d’ombre inquiétantes émergent. Comment un tel drame a-t-il pu se produire dans un lieu festif si prisé ?

Un drame qui marque les esprits

La station de Crans-Montana, connue pour ses pistes ensoleillées et son ambiance chic, a été endeuillée par l’un des pires incendies de son histoire. La nuit du passage à la nouvelle année, des centaines de personnes s’étaient réunies au sous-sol du bar Le Constellation pour célébrer. Ce qui devait être une soirée mémorable s’est mué en tragédie collective en quelques minutes seulement.

Les premières conclusions des enquêteurs pointent vers une cause apparemment anodine : des bougies fontaines. Ces dispositifs pyrotechniques festifs, très populaires lors des fêtes de fin d’année, ont projeté des étincelles qui ont atteint le plafond. Mais ce qui semblait être un simple accident cache en réalité de multiples défaillances accumulées depuis des années.

La mousse acoustique : un choix fatal

Au cœur du drame se trouve un élément discret mais déterminant : la mousse anti-bruit posée au plafond du sous-sol. Achetée dans un magasin de bricolage, cette mousse bon marché s’est révélée hautement inflammable. Dès les premières étincelles, elle a pris feu, provoquant un embrasement généralisé fulgurant.

Plusieurs témoignages concordent : la mousse « bâillait » par endroits, laissant apparaître des zones mal fixées. Une vidéo datant du Nouvel An 2019-2020 montre même un employé alertant du danger que représentaient les bougies à proximité de ce matériau. Malgré cet avertissement interne, rien n’a été fait pour changer la situation.

« Il doit y avoir quelque chose d’autre… Les bougies n’étaient pas assez puissantes pour enflammer cette mousse. J’avais fait des tests. »

Le propriétaire lors de son audition

Cette déclaration laisse perplexe. Si des tests ont été réalisés, pourquoi le résultat a-t-il été si catastrophique ? L’enquête devra déterminer si la dangerosité de ce matériau était connue ou sous-estimée par les responsables de l’établissement.

Des contrôles de sécurité inexistants depuis 2019

L’un des points les plus choquants révélés par l’enquête concerne les inspections de sécurité. La réglementation suisse impose des contrôles incendie annuels pour les établissements recevant du public. Or, pour Le Constellation, le dernier contrôle remonte à… 2019.

Cette absence de suivi régulier a créé un climat de laxisme. Les équipements de sécurité, les issues de secours et la conformité générale des lieux n’ont pas été vérifiés depuis plus de cinq ans. Une négligence lourde de conséquences quand on connaît le bilan humain.

Les enquêteurs examinent désormais si l’établissement respectait bien les normes en vigueur au moment du drame. Chaque détail compte : largeur des escaliers, signalétique, accessibilité des sorties, état des extincteurs… Autant d’éléments qui pourraient engager la responsabilité pénale des propriétaires.

Les issues de secours : un véritable piège ?

Lors de son audition, le propriétaire a affirmé l’existence d’une sortie de secours au sous-sol, menant à la cage d’escalier de l’immeuble. Selon lui, cette porte ne pouvait pas être condamnée et était systématiquement ouverte.

« L’issue de secours ne peut pas être condamnée. Vous ne pouvez pas fermer cette porte de l’intérieur. Elle doit être systématiquement ouverte et elle l’était. »

L’avocat du propriétaire

Mais les témoignages des survivants racontent une tout autre histoire. Beaucoup ont décrit une bousculade mortelle dans l’escalier principal menant au rez-de-chaussée. Trente-quatre corps ont été retrouvés entassés au pied de cet escalier, selon les autorités.

Des photos montrent que la largeur de cet escalier a été réduite lors de travaux réalisés en 2015 par le propriétaire. Bien que ces travaux n’aient pas nécessité d’autorisation préalable, ils soulèvent des interrogations sur leur impact réel sur la capacité d’évacuation.

Extincteurs : présents mais inutilisés ?

Le propriétaire a déclaré qu’il y avait trois extincteurs au sous-sol : un près de la sortie de secours, un autre à l’entrée côté escalier, et un troisième dans un box près du bureau. Mais les pompiers n’ont pas pu confirmer s’ils avaient été utilisés ni s’ils étaient en bon état de fonctionnement.

Dans un espace sombre et enfumé, avec une panique générale, il est possible que personne n’ait eu le temps ou la lucidité de les utiliser. Une question cruciale que l’enquête devra éclaircir.

Un embrasement éclair et terrifiant

Les témoins décrivent une scène d’apocalypse. Dès que la porte d’entrée du bar au rez-de-chaussée a été ouverte, « une boule de feu a remonté les escaliers ». Un autre évoque « un bruit comme un grand souffle, un grondement ». En quelques secondes, le feu a tout englouti.

Ce phénomène d’embrasement généralisé explique la rapidité foudroyante avec laquelle la situation est devenue incontrôlable. La combinaison de la mousse inflammable, des matériaux présents et d’une ventilation soudaine a créé les conditions parfaites pour une propagation explosive du feu.

Les propriétaires au cœur de l’enquête

Jacques et Jessica Moretti, propriétaires du Constellation et de deux autres établissements dans la région, font l’objet d’une enquête pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence.

Jacques Moretti, 49 ans, a été placé en détention provisoire pour trois mois. Une caution de 200 000 francs suisses pourrait permettre sa libération. Son épouse, 39 ans, reste libre mais sous mesures de contrainte.

Le passé judiciaire de M. Moretti en France a été révélé : une condamnation pour proxénétisme en 2008 après une incarcération en Savoie. D’autres procédures pour escroquerie n’ont toutefois pas abouti. En Suisse, son casier mentionne trois infractions mineures en 2015 liées à l’emploi et aux assurances sociales.

Une procédure judiciaire très critiquée

La gestion initiale de l’enquête par le ministère public du canton du Valais a suscité une vague de critiques. Absence de perquisitions immédiates, pas d’autopsies dans un premier temps, maintien en liberté des propriétaires plusieurs jours, exclusion temporaire des parties civiles… Autant de points qui ont choqué.

Depuis, la situation a évolué : détention du propriétaire, saisie des téléphones, implication des parties civiles et ordonnance d’autopsies (parfois nécessitant des exhumations). Mais le mal est fait : la confiance dans la justice est entamée.

« Tout cela soulève des préoccupations sérieuses. Dans une affaire de cette ampleur, il y a un besoin absolu de transparence, de respect des règles procédurales et de confiance dans le fonctionnement de la justice. »

Un professeur de droit pénal lausannois

Les caméras de surveillance : une piste cruciale

Jessica Moretti a déclaré aux enquêteurs que le bar disposait de 14 caméras de surveillance, la plupart au sous-sol. Si ces images sont récupérables, elles pourraient apporter un éclairage décisif sur le déroulement exact des faits.

Les enquêteurs espèrent que ces vidéos permettront de reconstituer minute par minute les événements, de confirmer l’utilisation ou non des extincteurs, l’état des issues de secours et les réactions des personnes présentes.

Un drame qui interroge la responsabilité collective

Au-delà des responsabilités individuelles, cet incendie pose des questions plus larges sur la sécurité dans les établissements nocturnes en Suisse. Combien d’autres lieux festifs fonctionnent avec des contrôles de sécurité périmés ? Combien utilisent encore des matériaux bon marché mais dangereux ?

La tragédie de Crans-Montana rappelle cruellement que la sécurité ne doit jamais être sacrifiée au profit du profit ou de l’esthétique. Les victimes et leurs familles attendent des réponses claires et une justice exemplaire.

Alors que l’enquête se poursuit, une certitude émerge : ce drame n’aurait jamais dû avoir lieu. Les défaillances accumulées au fil des années ont créé un cocktail explosif. Reste désormais à établir précisément qui savait quoi, quand et pourquoi rien n’a été fait pour empêcher l’irréparable.

Dans les stations de ski comme ailleurs, la fête ne doit plus jamais rimer avec danger. Le souvenir des 40 victimes impose une réflexion profonde et des changements concrets pour que plus jamais une nuit de Nouvel An ne se termine dans les flammes.

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