Imaginez un pays en pleine tourmente politique où, du jour au lendemain, les alliances les plus solides semblent se fissurer sous la pression internationale. C’est exactement ce qui se déroule actuellement au Venezuela, où la présidente par intérim Delcy Rodríguez vient de prendre une décision lourde de sens : écarter Álex Saab d’un poste stratégique clé dans la gestion des investissements étrangers.
Cette annonce, faite directement sur les réseaux sociaux, marque un tournant potentiel dans la gestion économique du pays. Elle intervient dans un contexte particulièrement tendu, marqué par des changements radicaux au sommet de l’État.
Un remaniement qui parle de lui-même
Delcy Rodríguez n’a pas hésité. Elle a annoncé publiquement le départ d’Álex Saab du Centre international d’investissement productif, plus connu sous l’acronyme CIIP. Cette institution joue un rôle central dans la tentative d’attirer des capitaux étrangers dans un pays asphyxié par des années de sanctions économiques.
Dans un message concis mais clair, la présidente par intérim a tenu à remercier publiquement l’homme d’affaires pour son engagement et le travail accompli. Pourtant, derrière ces mots de gratitude se cache une rupture nette avec l’ancien cercle rapproché de Nicolás Maduro.
Le remplacement ne s’est pas fait attendre : Calixto Ortega, souvent surnommé le « tsar » de l’économie vénézuélienne, prend désormais les commandes de cette structure sensible.
Qui est Álex Saab, l’homme au cœur de la décision ?
Álex Saab, de nationalité colombienne, est devenu une figure incontournable du chavisme ces dernières années. Il s’était rapproché du pouvoir dès les dernières années de la présidence d’Hugo Chávez, avant de devenir un acteur central sous Nicolás Maduro.
Il gérait un vaste réseau d’importations destiné à alimenter les programmes sociaux du gouvernement, notamment le fameux système CLAP. Ce programme de distribution de denrées alimentaires subventionnées a été au cœur de nombreuses controverses et accusations de corruption.
En octobre 2024, Saab avait fait son entrée officielle au gouvernement en tant que ministre de l’Industrie, peu de temps après sa libération des États-Unis dans le cadre d’un échange de prisonniers. Son parcours judiciaire outre-Atlantique avait été particulièrement médiatisé.
Je remercie Álex Saab pour son engagement et l’excellent travail accompli à la tête de cette institution.
Delcy Rodríguez
Cette citation, extraite du message officiel, montre une volonté de ménager les formes tout en actant une rupture claire. Le ton reste courtois, mais les faits sont implacables : Saab quitte un poste stratégique.
Le contexte d’une capture spectaculaire
Pour comprendre l’ampleur de ce remaniement, il faut remonter au 3 janvier. Ce jour-là, les forces américaines ont mené une opération à Caracas aboutissant à la capture et à l’exfiltration de Nicolás Maduro. Cet événement a bouleversé l’échiquier politique vénézuélien.
Depuis lors, Delcy Rodríguez assure l’intérim à la présidence. Elle multiplie les décisions visant à consolider son autorité et à envoyer des signaux clairs à la communauté internationale, en particulier aux États-Unis.
Le départ d’Álex Saab du CIIP s’inscrit dans cette logique de reprise en main. Il s’agit probablement de montrer une volonté de rupture avec certaines pratiques du passé, notamment celles associées aux accusations de corruption et de détournement.
Le parcours judiciaire mouvementé d’Álex Saab
L’histoire d’Álex Saab avec la justice américaine est longue et complexe. Arrêté en 2020 au Cap-Vert, il avait été extradé vers les États-Unis en octobre 2021. Les accusations portaient sur du blanchiment d’argent et le détournement d’aide alimentaire.
Les autorités américaines l’accusaient d’avoir profité de sa position pour enrichir personnellement Nicolás Maduro et son entourage. Le Venezuela avait toujours dénoncé cette arrestation comme un enlèvement politique et présenté Saab comme un héros national ayant permis de nourrir la population malgré les sanctions.
Son retour au pays après l’échange de prisonniers avait été perçu comme une victoire symbolique pour le chavisme. Pourtant, moins de trois mois plus tard, il est écarté d’un poste clé par la nouvelle direction intérimaire.
Calixto Ortega : le nouvel homme fort de l’économie ?
En nommant Calixto Ortega à la tête du CIIP, Delcy Rodríguez place un fidèle de longue date à un poste stratégique. Surnommé le « tsar de l’économie », Ortega bénéficie d’une solide réputation dans les cercles du pouvoir vénézuélien.
Sa nomination suggère une volonté de professionnaliser la gestion des investissements étrangers. Dans un pays où l’économie est exsangue, attirer des capitaux devient une priorité absolue pour espérer une quelconque reprise.
Mais cette décision soulève aussi des interrogations : Ortega parviendra-t-il à redorer l’image du Venezuela auprès des investisseurs internationaux ? Les soupçons de corruption qui planent sur le passé récent du pays ne s’effaceront pas du jour au lendemain.
Un remaniement plus large au gouvernement
Le départ de Saab n’est pas un cas isolé. Delcy Rodríguez a également annoncé la nomination d’une nouvelle ministre de la Santé. Ces changements successifs montrent une volonté de renouveler profondément l’appareil gouvernemental.
Dans un contexte où les États-Unis exercent une influence directe suite à la capture de Maduro, chaque nomination est scrutée. Il s’agit probablement de démontrer une ouverture et une volonté de réforme aux yeux de Washington.
Ces mouvements pourraient aussi viser à consolider le pouvoir de la présidente par intérim face aux différentes factions encore présentes au sein du chavisme. En écartant des figures associées à l’ancien régime, elle affirme son autorité.
Les enjeux économiques colossaux
Le Venezuela traverse l’une des pires crises économiques de son histoire. Hyperinflation, pénuries chroniques, exode massif de la population : les indicateurs sont tous au rouge depuis des années.
Dans ce contexte, le CIIP représente l’un des rares outils restant pour tenter d’attirer des investissements. Les secteurs pétrolier, minier et agricole suscitent toujours un intérêt international, malgré les risques politiques.
Changer de direction à ce niveau stratégique envoie un message fort : le Venezuela veut tourner la page des pratiques controversées du passé. Reste à savoir si les investisseurs répondront à cet appel.
Quel avenir pour le chavisme ?
La capture de Nicolás Maduro a créé un vide politique immense. Delcy Rodríguez tente visiblement de s’imposer comme la figure de proue d’une transition contrôlée. Mais le chavisme reste traversé par de multiples courants.
Écarter des figures comme Álex Saab peut être perçu comme une trahison par certains fidèles de l’ancien président. À l’inverse, cela pourrait être vu comme une tentative de sauver ce qui peut encore l’être du projet chaviste.
La suite des événements sera déterminante. Les prochains mois diront si ces changements de personnes s’accompagnent de réformes de fond ou s’ils ne constituent qu’un simple ajustement cosmétique.
La communauté internationale observe attentivement
Les États-Unis, principaux artisans de la capture de Maduro, suivent évidemment de très près l’évolution de la situation. Tout geste d’ouverture économique et politique sera scruté.
Les autres pays de la région, Brésil et Colombie en tête, ont également intérêt à une stabilisation du Venezuela. L’exode massif de Vénézuéliens pèse lourd sur leurs propres équilibres sociaux et économiques.
Quant à la Russie, à la Chine et à Cuba, alliés traditionnels du chavisme, elles observent avec inquiétude ces signes de rapprochement avec Washington.
Un pays à la croisée des chemins
Le Venezuela se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son histoire récente. Les décisions prises par Delcy Rodríguez dans les prochaines semaines pourraient déterminer si le pays s’engage sur la voie d’une normalisation progressive ou s’il sombre davantage dans l’instabilité.
L’éviction d’Álex Saab du CIIP n’est qu’un épisode parmi d’autres dans cette saga politique complexe. Mais il porte en lui des symboles forts : rupture avec le passé, tentative de séduction des investisseurs, affirmation d’une nouvelle autorité.
À l’heure où ces lignes sont écrites, l’avenir reste incertain. Une chose est sûre : le Venezuela continue de passionner et d’inquiéter la communauté internationale.
Les prochains jours et semaines seront riches en annonces et en rebondissements. Le sort d’un pays entier, et de millions de Vénézuéliens, se joue peut-être en ce moment même dans les couloirs du pouvoir à Caracas.
Restez attentifs : l’histoire vénézuélienne est loin d’être terminée.
Point clé à retenir : La décision de Delcy Rodríguez d’écarter Álex Saab du CIIP symbolise une volonté affichée de rupture avec certaines pratiques controversées du passé chaviste, dans un contexte de forte influence américaine après la capture de Nicolás Maduro.
Cette nomination de Calixto Ortega pourrait marquer le début d’une nouvelle approche économique, plus pragmatique, plus ouverte aux investisseurs étrangers. Mais la route reste longue et semée d’embûches.
Le Venezuela a besoin de stabilité, de confiance et surtout de résultats concrets pour ses habitants qui souffrent depuis trop longtemps. Espérons que ces changements de personnes s’accompagnent de transformations profondes et bénéfiques pour l’ensemble de la population.









