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Vitalik Buterin Alerte : Les DAOs Ethereum Doivent Se Réinventer

Vitalik Buterin déclare que le vote par token a échoué et menace l’avenir des DAOs. Il appelle à une refonte radicale en 2026 avec de nouvelles approches radicales… mais lesquelles exactement ?

Imaginez un instant : des milliers de personnes, dispersées aux quatre coins du globe, gèrent ensemble des centaines de millions de dollars sans patron, sans siège social, uniquement grâce à du code et des votes électroniques. C’était la promesse révolutionnaire des DAO sur Ethereum. Pourtant, aujourd’hui, l’un des pères fondateurs du réseau tire la sonnette d’alarme : ce rêve tourne au cauchemar bureaucratique dominé par les gros porteurs de jetons. Et si 2026 marquait le début d’une refonte complète ?

Une crise de gouvernance qui ne date pas d’hier

Depuis plusieurs années, la critique monte dans l’écosystème. Ce qui devait incarner la démocratie liquide et la décentralisation absolue s’est souvent transformé en ploutocratie déguisée. Les détenteurs de gros portefeuilles influencent massivement les décisions, tandis que la majorité des petits contributeurs se désengagent progressivement. Le résultat ? Des organisations qui ressemblent davantage à des fonds d’investissement centralisés qu’à des entités véritablement autonomes.

Le constat est brutal mais lucide. Le mécanisme de vote proportionnel au nombre de tokens détenus crée des incitations perverses : achat de pouvoir, vote stratégique de dernière minute, apathie généralisée des petits porteurs. Petit à petit, l’idéal d’une gouvernance inclusive s’effrite.

Les cinq cas d’usage qui justifient encore les DAO

Malgré ces dérives, il existe des situations où une coordination collective décentralisée reste indispensable. Voici les cinq domaines que l’on considère aujourd’hui comme les plus légitimes :

  • Des oracles robustes et résistants aux manipulations pour alimenter stablecoins, marchés de prédiction et autres protocoles DeFi
  • Des mécanismes de résolution de litiges on-chain pour trancher des situations subjectives complexes (assurances paramétriques, contrats ambigus)
  • Des listes partagées et fiables d’applications sécurisées ou d’adresses de contrats vérifiées
  • Une coordination ultra-rapide pour financer des initiatives communautaires ponctuelles et urgentes
  • La maintenance à long terme de projets lorsque les équipes initiales disparaissent ou se retirent

Ces cinq cas ne représentent qu’une fraction des DAO actuels, mais ils touchent directement à la sécurité et à la viabilité de l’écosystème entier. Les traiter correctement pourrait redonner du sens à l’expérience DAO.

Convex vs Concave : la grille de lecture décisive

Pour mieux concevoir les futures organisations autonomes, une distinction mathématique puissante a été proposée : les problèmes concaves et les problèmes convexes.

Dans un problème concave, la meilleure solution se situe souvent dans un compromis raisonnable au centre. Toute tentative de pousser trop loin dans une direction entraîne une perte rapide de valeur collective. Ces situations appellent des mécanismes résistants à la capture, tolérants aux erreurs et favorisant le consensus large.

À l’inverse, un problème convexe récompense fortement les choix tranchés et audacieux. Ici, une direction claire, même imparfaite, peut créer énormément plus de valeur qu’un tiède milieu. Dans ce cas, il devient acceptable (voire souhaitable) d’autoriser une forme de leadership temporaire, à condition que des garde-fous décentralisés empêchent les abus.

Cette grille permet de sortir de l’opposition stérile entre « tout doit être voté par tout le monde » et « il faut un chef ». Chaque cas d’usage peut être analysé séparément et recevoir le mécanisme le mieux adapté.

Pourquoi le vote transparent nous trahit

L’un des plus gros problèmes actuels reste le manque cruel de confidentialité. Quand tout le monde voit comment tout le monde vote, la dynamique dégénère rapidement en concours de popularité. Les arguments rationnels passent au second plan, remplacés par des campagnes de communication, des alliances tactiques et des signaux de vertu.

Pire encore : la transparence totale expose les participants à des pressions extérieures, des tentatives d’intimidation, voire des attaques physiques dans les cas extrêmes. Sans privacy, difficile de parler de véritable souveraineté individuelle au sein d’une organisation décentralisée.

« La transparence totale transforme la gouvernance en spectacle et non en délibération rationnelle. »

La fatigue décisionnelle constitue un autre fléau silencieux. À force de voter sur des dizaines de propositions chaque semaine, les membres les plus actifs finissent par s’épuiser et réduisent drastiquement leur participation. Le cercle vertueux se transforme en spirale descendante.

Les pistes technologiques les plus prometteuses

Heureusement, plusieurs avancées récentes ouvrent des perspectives concrètes. Voici les principales directions explorées :

  1. Preuves à connaissance nulle (ZK) pour permettre un vote totalement privé tout en vérifiant la validité cryptographique
  2. Techniques de calcul multipartite sécurisé (MPC) ou de chiffrement homomorphe intégral pour des cas très spécifiques
  3. Outils logiciels qui réduisent drastiquement le nombre de votes nécessaires (délégation avancée, vote par conviction, agrégation automatique)
  4. Intelligence artificielle en assistance (et non en remplacement) des humains : synthèse de discussions, détection de biais, proposition de compromis
  5. Plateformes de communication spécialement conçues pour favoriser l’émergence de consensus plutôt que la polarisation

L’intelligence artificielle, en particulier, fait l’objet d’un débat animé. Si elle peut devenir un outil extrêmement puissant pour digérer des milliers de commentaires et suggérer des formulations équilibrées, l’idée de lui confier directement le pouvoir décisionnel reste très largement rejetée. L’humain doit rester au centre du processus.

Oracles : le nerf de la guerre

Parmi les cinq cas prioritaires, les oracles occupent une place à part. Presque tous les protocoles DeFi d’envergure dépendent d’une source de données externes fiable. Or les designs actuels souffrent de faiblesses structurelles importantes.

Les oracles basés sur des tokens sont vulnérables à la concentration de pouvoir : un acteur qui contrôle suffisamment de jetons peut influencer le résultat, surtout sur des questions subjectives. De plus, le coût d’une attaque est directement lié à la capitalisation boursière du token oracle – ce qui devient prohibitif pour sécuriser des milliards, mais laisse des failles béantes pour des montants intermédiaires.

Les systèmes reposant sur une curation humaine centralisée offrent une meilleure résistance aux manipulations financières, mais sacrifient l’idéal décentralisé. Trouver le juste milieu reste l’un des plus grands défis techniques de l’écosystème.

Vers un nouveau paradigme en 2026 ?

L’année 2026 pourrait bien marquer un tournant. Plusieurs équipes travaillent déjà sur des prototypes qui intègrent à la fois des preuves ZK, des mécanismes anti-fatigue décisionnelle et des interfaces de vote beaucoup plus ergonomiques. L’objectif n’est plus de créer le plus grand nombre possible de DAO, mais de construire les bons DAO : ceux qui répondent à de vrais besoins non satisfaits par les structures traditionnelles.

Le chemin sera long. Accepter que le vote 1 token = 1 voix n’est pas la solution universelle demande un changement culturel profond. Repenser entièrement la gouvernance sur des bases mathématiques et psychologiques plutôt que sur des dogmes idéologiques représente un exercice difficile mais nécessaire.

Une chose est sûre : si l’écosystème Ethereum veut conserver sa prétention à l’innovation radicale, il ne peut plus se contenter de bricoler des rustines sur un modèle qui montre ses limites depuis plusieurs années. La refonte des DAO n’est pas un luxe, c’est une condition de survie pour la prochaine phase de maturité du réseau.

Et vous, pensez-vous que les DAO ont encore un avenir radieux devant eux, ou ont-ils déjà manqué leur rendez-vous avec l’histoire ?

En résumé

Le diagnostic est posé : le modèle dominant actuel des DAO sur Ethereum est inefficace et vulnérable. Les cinq cas d’usage légitimes ont été clairement identifiés. De nouvelles primitives cryptographiques et organisationnelles émergent. Reste maintenant à les déployer intelligemment, cas par cas, sans chercher la solution miracle universelle.

La balle est dans le camp des développeurs, des chercheurs et des communautés. 2026 sera-t-elle l’année du renouveau ou celle de la confirmation de l’échec ? L’avenir nous le dira… mais une chose est certaine : le statu quo n’est plus tenable.

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