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Faustin-Archange Touadéra Réélu en Centrafrique avec 77,90 %

Faustin-Archange Touadéra vient d’être réélu avec près de 78% des voix pour un troisième mandat en Centrafrique. Malgré les accusations de fraude massive, la Cour constitutionnelle a validé les résultats. Quels défis attendent désormais le pays ?

Dans un contexte de fortes tensions politiques et sécuritaires, la République centrafricaine vient de connaître un moment décisif de son histoire récente. Les résultats définitifs de l’élection présidentielle du 28 décembre ont été proclamés : Faustin-Archange Touadéra entame un troisième mandat consécutif à la tête du pays avec un score écrasant de 77,90 % des suffrages exprimés.

Ce chiffre impressionnant, s’il reflète une forme de consolidation du pouvoir pour le président sortant, soulève aussi de nombreuses interrogations sur l’état de la démocratie dans ce pays enclavé d’Afrique centrale. Comment en est-on arrivé là ? Quels sont les véritables enjeux pour les 5,5 millions de Centrafricains ?

Un troisième mandat historique et controversé

Depuis son arrivée au pouvoir en 2016, Faustin-Archange Touadéra a progressivement renforcé son emprise sur les institutions. Après une première réélection déjà très critiquée en 2020, le chef de l’État a franchi une étape supplémentaire en 2023 en faisant adopter une nouvelle Constitution. Ce texte fondamental, approuvé par référendum, lui a ouvert la voie à ce troisième mandat que beaucoup considéraient comme inévitable.

Le scrutin du mois de décembre s’est déroulé dans un climat sécuritaire toujours fragile, malgré une amélioration relative ces dernières années. Le taux de participation, établi à 52,43 % par l’Autorité nationale des élections, reste significatif dans un pays où les déplacements sont parfois dangereux et où l’administration peine à couvrir l’ensemble du territoire.

Les résultats officiels en détail

La Cour constitutionnelle a donc confirmé les chiffres suivants :

<ul style= »list-style-type: square; padding-left: 30px; line-height: 1.8; »> <li><strong>Faustin-Archange Touadéra</strong> : 77,90 %</li> <li><strong>Anicet George Dologuélé</strong> : 13,50 %</li> <li><strong>Henri-Marie Dondra</strong> : 2,97 %</li> <li>Autres candidats : scores résiduels</li> </ul>

Ces résultats, très largement en faveur du président sortant, marquent une nouvelle étape dans la concentration du pouvoir exécutif en Centrafrique. Le principal opposant, Anicet George Dologuélé, ancien Premier ministre et figure respectée de l’opposition, a immédiatement dénoncé une « fraude massive » avant même la proclamation des résultats définitifs.

Un recours rejeté par la Cour constitutionnelle

Anicet George Dologuélé avait déposé un recours en annulation des résultats provisoires. Après examen, la Cour constitutionnelle a rejeté cette requête, validant ainsi les scores publiés par l’Autorité nationale des élections. Cette décision clôt officiellement le contentieux électoral sur le plan juridique, même si elle ne met pas fin aux contestations politiques.

De son côté, Henri-Marie Dondra, autre opposant considéré comme crédible, avait appelé à une annulation pure et simple du scrutin. Il avait pointé du doigt l’incapacité supposée de l’organe électoral à organiser correctement le quadruple scrutin (présidentielle, législatives, régionales et municipales). Finalement, il a renoncé à saisir la justice constitutionnelle.

« La stabilisation reste fragile », avait reconnu le président lui-même dans un discours récent.

Cette phrase résume à elle seule l’état d’esprit qui prévaut aujourd’hui à Bangui et dans les capitales régionales : un progrès réel sur le plan sécuritaire, mais un équilibre encore précaire.

La stabilisation sécuritaire : progrès réels ou façade ?

La République centrafricaine sort doucement d’une décennie de guerre civile particulièrement violente. Les années 2013-2018 ont été marquées par des exactions massives, des déplacements de population et une fragmentation du territoire entre différents groupes armés.

Depuis 2018, plusieurs facteurs ont contribué à une amélioration sensible de la situation :

<ol style= »padding-left: 30px; line-height: 1.9; »> <li>La présence renforcée de la mission de l’ONU (Minusca) ;</li> <li>La signature successive de plusieurs accords de paix ;</li> <li>L’intervention déterminante des paramilitaires russes (groupe Wagner puis Africa Corps).</li> </ol>

Ces éléments ont permis au gouvernement de reprendre le contrôle d’une grande partie du territoire. Cependant, des poches d’insécurité persistent, notamment à l’est, près de la frontière avec les deux Soudans, ainsi qu’au nord-ouest du pays.

Le rôle déterminant des acteurs extérieurs

Depuis plusieurs années, la Centrafrique est devenue l’un des principaux théâtres d’influence géopolitique en Afrique centrale. La présence russe, initialement incarnée par le groupe Wagner, constitue sans doute l’élément le plus visible et le plus commenté de cette nouvelle donne.

Déployés à la demande expresse du président Touadéra, ces combattants ont apporté un appui militaire décisif à l’armée nationale centrafricaine (FACA), longtemps désorganisée et sous-équipée. En échange, les sociétés liées à ces groupes ont obtenu des contrats d’exploitation minière particulièrement lucratifs, notamment dans l’or et le diamant.

Après la disparition d’Evguéni Prigojine en 2023, Moscou a entrepris de restructurer sa présence paramilitaire sur le continent africain. Le groupe Wagner a progressivement cédé la place à une nouvelle entité plus directement contrôlée par le ministère russe de la Défense : l’Africa Corps.

Un pays riche… mais désespérément pauvre

Paradoxe centrafricain par excellence : le pays dispose d’un sous-sol parmi les plus riches du continent (uranium, lithium, or, diamant, bois précieux…) mais reste classé parmi les nations les plus pauvres de la planète.

Quelques chiffres éloquents :

<table style= »width:100%; border-collapse: collapse; margin: 20px 0; »> <tr style= »background:#f5f5f5; »> <th style= »padding:12px; border:1px solid #ddd; »>Indicateur</th> <th style= »padding:12px; border:1px solid #ddd; »>Situation</th> </tr> <tr> <td style= »padding:12px; border:1px solid #ddd; »>Population vivant sous le seuil de pauvreté</td> <td style= »padding:12px; border:1px solid #ddd; »>71 %</td> </tr> <tr> <td style= »padding:12px; border:1px solid #ddd; »>Dépendance à l’aide internationale</td> <td style= »padding:12px; border:1px solid #ddd; »>Très forte</td> </tr> <tr> <td style= »padding:12px; border:1px solid #ddd; »>Accès aux services de base (eau, électricité, santé)</td> <td style= »padding:12px; border:1px solid #ddd; »>Très limité</td> </tr> <tr> <td style= »padding:12px; border:1px solid #ddd; »>Taux de chômage des jeunes</td> <td style= »padding:12px; border:1px solid #ddd; »>Extrêmement élevé</td> </tr> </table>

Ces données montrent l’immense défi qui attend le nouveau gouvernement : transformer la richesse potentielle du sous-sol en amélioration concrète du quotidien des citoyens.

Quelles perspectives pour les cinq prochaines années ?

Le président Touadéra a fait de la stabilisation du pays le principal axe de son troisième mandat. Cela passera nécessairement par plusieurs chantiers majeurs :

<div style= »background:#f8f9fa; padding:20px; border-left:4px solid #0066cc; margin:25px 0; »> <strong>Les grands chantiers annoncés</strong><br><br> <strong>1.</strong> Renforcer et professionnaliser davantage les Forces armées centrafricaines<br> <strong>2.</strong> Poursuivre le désarmement, la démobilisation et la réinsertion des ex-combattants<br> <strong>3.</strong> Améliorer la gouvernance des ressources naturelles<br> <strong>4.</strong> Réhabiliter les infrastructures de base (routes, écoles, centres de santé)<br> <strong>5.</strong> Réduire la dépendance à l’aide extérieure<br> </div>

La réussite ou l’échec de ces différents chantiers conditionnera largement la capacité du pays à sortir durablement de la spirale de la pauvreté et de l’instabilité.

L’opposition face à un pouvoir consolidé

Malgré le score très élevé du président sortant, l’opposition n’a pas totalement disparu de la scène politique. Anicet George Dologuélé reste en lice pour un siège de député au second tour des législatives. Cette élection partielle pourrait constituer un baromètre intéressant de la vitalité de l’opposition dans les mois à venir.

La question centrale reste cependant la suivante : dans un contexte où le pouvoir exécutif semble solidement installé pour plusieurs années, quelle place restera-t-il réellement pour une opposition politique structurée et audible ?

La réponse à cette interrogation influencera profondément l’évolution politique de la Centrafrique dans les années qui viennent.

Le troisième mandat de Faustin-Archange Touadéra s’ouvre donc sur un mélange d’espoir prudent et de très nombreuses incertitudes. Entre consolidation autoritaire assumée et volonté affichée de développement, le chemin s’annonce particulièrement étroit pour ce pays qui aspire, plus que tout, à retrouver une paix durable et une prospérité partagée.

Les prochains mois seront déterminants pour savoir si la Centrafrique parvient enfin à transformer ses immenses potentialités en progrès tangibles pour sa population, ou si elle reste prisonnière d’un cercle vicieux fait de richesses pillées et de pauvreté endémique.

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