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Syrie : L’Armée Reprend Deir Ezzor Après le Retrait Kurde

L'armée syrienne entre sans combats à Deir Ezzor après le retrait surprise des Kurdes. Habitants en liesse, clans arabes ralliés au pouvoir central… Un accord historique change la donne dans l'est syrien, mais à quel prix pour l'avenir ?

Imaginez un pont étroit jeté sur l’Euphrate, ce fleuve mythique qui a vu passer tant d’empires. Ce lundi matin, des dizaines de véhicules militaires syriens s’y engouffrent dans un grondement sourd, sans un seul coup de feu. De l’autre côté, une page se tourne. Après des années de division, les forces kurdes se retirent, laissant place à l’armée nationale. À Deir Ezzor, l’est de la Syrie respire à nouveau.

Ce mouvement n’est pas une victoire militaire classique. Il s’agit plutôt d’une conséquence directe d’un accord politique inattendu, signé la veille. Pour beaucoup d’habitants, c’est un mélange d’espoir et d’incertitude qui flotte dans l’air poussiéreux.

Un tournant historique dans l’est syrien

Dimanche, le président Ahmad al-Chareh officialisait une entente avec les forces kurdes syriennes. L’accord prévoit un cessez-le-feu immédiat et surtout l’intégration progressive des combattants kurdes au sein des institutions de l’État. Une promesse lourde de conséquences pour un pays fracturé depuis plus d’une décennie.

Quelques heures seulement après l’annonce, les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), coalition dominée par les Kurdes mais comportant une forte composante arabe, amorçaient leur retrait de plusieurs secteurs stratégiques. Parmi eux : la province de Deir Ezzor et celle de Raqqa, deux territoires majoritairement arabes.

Deir Ezzor : le jour d’après

Sur place, les images sont saisissantes. Des colonnes de camions militaires, de jeeps et même de motos civiles se pressent devant le petit pont qui relie désormais les deux rives de l’Euphrate. À l’ouest, le gouvernement avait conservé un contrôle relatif malgré les années de guerre. À l’est, jusqu’à lundi matin, régnaient les FDS.

Les habitants, longtemps coincés entre différents pouvoirs, assistent à la scène avec des sentiments mêlés. Certains pleurent de joie. D’autres observent en silence, le visage marqué par trop d’années d’incertitudes.

« Notre joie est indescriptible avec la libération. Nous espérons que les choses seront meilleures à l’avenir, il n’y avait pas de liberté sous les FDS. »

Un chauffeur de 50 ans

Cette phrase, prononcée par Mohammad Khalil, résume l’état d’esprit d’une partie significative de la population locale. Pour ces familles arabes, le contrôle kurde, même s’il a permis de chasser l’État islamique en 2019, a souvent été vécu comme une occupation étrangère.

Le rôle déterminant des tribus arabes

Avant même l’arrivée des colonnes militaires gouvernementales, des combattants issus des grandes tribus locales avaient déjà pris position dans plusieurs secteurs. Certains de ces groupes avaient autrefois collaboré avec les FDS. Aujourd’hui, ils choisissent de se ranger du côté de Damas.

Ce revirement tribal n’est pas anodin. Dans une région où les liens de sang et d’honneur priment souvent sur les idéologies, le ralliement des clans constitue un signal politique fort. Il montre que l’accord conclu dimanche dépasse le simple cadre militaire.

Les champs pétrolifères d’al-Omar – le plus important du pays – et d’al-Tanak ont également été remis aux autorités sans affrontement. Ces infrastructures représentent une manne économique colossale pour un État qui cherche à se reconstruire.

Une population fatiguée qui aspire à la normale

Derrière les images de véhicules militaires, il y a surtout des visages fatigués. Safia Keddo, institutrice de 49 ans, incarne cette lassitude accumulée :

« Les dernières années ont été très lourdes… Nous voulons que les enfants reprennent le chemin de l’école sans crainte, avoir de l’eau, de l’électricité et du pain. Nous ne demandons pas de miracle, juste la stabilité et une vie normale. »

Une institutrice de Deir Ezzor

Ces mots simples traduisent l’aspiration profonde de millions de Syriens : tourner la page. Après plus d’une décennie de conflit, la guerre ne fait plus rêver personne. Ce que les habitants réclament aujourd’hui, c’est le retour des services de base, la sécurité quotidienne, la possibilité d’envisager un lendemain sans peur.

Contexte : comment en est-on arrivé là ?

Pour comprendre l’importance de ce retrait, il faut remonter quelques années en arrière. En 2014-2015, l’État islamique avait conquis une large partie de l’est syrien, y compris Deir Ezzor et Raqqa. Les combats avaient été d’une violence extrême.

Les Forces Démocratiques Syriennes, avec un soutien aérien massif de la coalition internationale dirigée par les États-Unis, avaient progressivement repris ces territoires entre 2017 et 2019. La chute du « califat » avait été proclamée officiellement en mars 2019.

Depuis, une situation de statu quo s’était installée. Les Kurdes contrôlaient l’essentiel de la rive est de l’Euphrate tandis que le gouvernement gardait une présence à l’ouest. Les tensions étaient permanentes, mais les affrontements directs relativement rares.

Que prévoit exactement l’accord ?

L’entente signée dimanche marque une rupture avec cette situation gelée. Parmi les points principaux :

  • Remise immédiate des provinces de Deir Ezzor et Raqqa au gouvernement central
  • Cessez-le-feu total entre les deux parties
  • Processus d’intégration des combattants kurdes dans les institutions étatiques
  • Déploiement de l’armée nationale dans les zones évacuées

Ces engagements, s’ils sont respectés, pourraient redessiner la carte politique du nord-est syrien. Ils posent néanmoins de nombreuses questions sur la mise en œuvre pratique, notamment le sort des combattants étrangers, la gestion des ressources pétrolières et la représentation politique des populations kurdes.

Les défis à venir

Si la transition s’est déroulée sans violence jusqu’ici, rien ne garantit que la situation restera apaisée très longtemps. Plusieurs facteurs peuvent encore faire dérailler le processus :

  1. La capacité réelle de l’État à rétablir rapidement les services publics
  2. Le degré de confiance que les populations accorderont aux nouvelles autorités
  3. Les réactions des acteurs régionaux et internationaux
  4. La gestion des tensions internes au sein même des communautés arabes
  5. Le devenir des combattants kurdes qui refuseraient l’intégration

Chaque point représente un risque réel. Pourtant, pour la première fois depuis longtemps, une voie diplomatique semble privilégiée plutôt que la confrontation armée.

Un message d’espoir prudent

À Deir Ezzor, les enfants recommencent à jouer dans les rues. Les files d’attente devant les boulangeries sont toujours longues, mais les visages affichent parfois un sourire timide. Les coupures d’électricité persistent, l’eau reste rare, mais la guerre semble s’éloigner un peu.

Dans les conversations, on parle désormais d’école, de travail, de reconstruction. Des mots qui, il y a encore quelques mois, paraissaient presque incongrus.

Le chemin sera long. Très long. Mais ce lundi de janvier 2026, sur les rives de l’Euphrate, un pont a été franchi. Pas seulement par des blindés, mais surtout par une partie du peuple syrien qui ose espérer à nouveau.

Et dans un pays qui a tant souffert, même un petit pas vers la stabilité mérite d’être regardé avec attention.

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