Dans la nuit du 3 janvier, des explosions ont déchiré le silence de Caracas. Au milieu du chaos, un jeune cadet de 18 ans a pris son téléphone pour envoyer un dernier message à sa mère : « Je t’aime. Ça a commencé. » Ces mots simples résonnent encore aujourd’hui comme un cri déchirant, marquant le début d’un deuil interminable pour une famille ordinaire plongée dans l’histoire tumultueuse du Venezuela.
Quelques heures plus tard, ce jeune homme, Saul Pereira Martinez, perdait la vie lors d’une opération militaire d’envergure menée par les États-Unis. Son histoire n’est pas seulement celle d’un soldat tombé au combat ; elle incarne le visage humain d’un conflit qui a secoué le pays tout entier, révélant des fractures profondes et des souffrances partagées.
Un jeune vie fauchée au cœur de la nuit
La base de Fort Tiuna, principal bastion du pouvoir à Caracas, est devenue la cible privilégiée cette nuit-là. Saul venait tout juste de terminer sa garde. Pourtant, fidèle à son devoir, il se trouvait encore sur place lorsque les assauts ont débuté. À seulement 18 ans, il avait achevé sa formation initiale au sein de la Garde d’honneur et poursuivait ses études à l’académie militaire. Son engagement récent dans l’armée contrastait avec son passé de jeune millénial insouciant.
Sa mère, Natividad Martinez, âgée de 38 ans, se souvient d’un fils qui aimait faire la fête, sortir sans cesse et négliger les tâches domestiques. Mais l’armée l’avait transformé. Il s’était mis à étudier sérieusement, à ranger la maison lors de ses visites, à cultiver une discipline nouvelle. Cette évolution avait rempli sa mère de fierté, même si elle n’avait pas craint pour sa sécurité au départ.
Le dernier appel d’un fils à sa mère
Vers 2 heures du matin, les premières détonations ont réveillé Natividad. Peu après, son téléphone a sonné. C’était Saul. D’une voix calme mais chargée d’émotion, il lui a répété son amour : « Maman, je t’aime. » Il a aussi pensé à ses deux frères cadets, demandant à sa mère de veiller sur eux. Ces mots, prononcés au milieu du tumulte, restent gravés dans la mémoire de cette femme brisée.
Le lendemain, elle s’est rendue comme chaque semaine à Fort Tiuna, les bras chargés de nourriture pour son fils. Mais elle n’a trouvé que le silence oppressant d’une base en état de choc. Lorsque les listes de victimes ont commencé à circuler, elle s’est approchée des soldats pour exiger la vérité. C’est ainsi qu’on lui a annoncé la nouvelle fatale.
« Ils ont dû me le dire », confie-t-elle aujourd’hui, les yeux fixés sur la tombe où le nom de son fils est tracé avec des pétales jaunes, bleus et blancs, couleurs du drapeau vénézuélien.
Le gouvernement a honoré Saul et les autres militaires tombés en les promouvant à titre posthume. Pour Natividad, cet hommage officiel ne suffit pas à apaiser la douleur, mais il confirme ce qu’elle ressent au plus profond d’elle-même : son fils est mort en défendant sa patrie.
Un hommage émouvant au cimetière de Caracas
Dimanche, la famille et les proches se sont réunis au cimetière général du sud de Caracas. Le père biologique de Saul, sa petite amie, des camarades d’armes et des amis étaient présents. Ils ont déposé des fleurs, partagé des anecdotes sur ce jeune homme décrit comme « courageux », et pleuré au rythme d’une vieille salsa, mélange poignant de tristesse et de nostalgie.
Saul avait rejoint l’armée sur les traces d’un ami d’enfance. Ce dernier, affecté à la base aérienne La Carlota, a été blessé à la jambe lors de la même opération. Ces deux destins croisés illustrent comment un simple choix d’adolescent a pu entraîner des conséquences dramatiques pour plusieurs vies.
Le bilan humain d’une opération controversée
L’intervention américaine a causé la mort de dizaines de personnes. Le ministère de la Défense vénézuélien a révisé le bilan à 83 victimes, dont 47 militaires nationaux et 32 officiers de sécurité cubains. Ces chiffres, bien que contestés dans leur précision, soulignent l’ampleur du drame vécu par de nombreuses familles.
Parmi les soldats tombés, beaucoup étaient de jeunes recrues comme Saul, engagés par patriotisme ou par besoin de structure dans un pays en crise. Leurs décès ont ravivé les divisions qui minent la société vénézuélienne depuis plus de deux décennies.
Humanité au-delà des clivages politiques
Natividad Martinez refuse de laisser la politique effacer l’humanité des victimes. Elle reconnaît que des personnes sont mortes par le passé en raison de leurs affinités idéologiques, mais insiste sur un point essentiel : toutes ces pertes sont des drames humains.
« Des personnes sont-elles mortes pour leurs affinités politiques dans le passé ? Oui, et ce sont des êtres humains aussi. Mais ceux qui sont morts lors de l’attaque sont également des êtres humains. Ce sont tous des Vénézuéliens. D’un côté ou de l’autre, tous sont des êtres humains, tous ont des proches qui les pleurent. »
Cette réflexion dépasse les camps opposés. Elle rappelle que derrière chaque uniforme, chaque position politique, se cache une famille, des rêves, une vie interrompue brutalement.
Fierté d’une mère face à l’injustice
Malgré la douleur, Natividad reste ferme. Elle dénonce fermement l’intervention étrangère : « Tu ne peux pas venir dans mon pays et tuer des gens comme ça. » Elle rejette l’idée d’une opération « propre », soulignant le nombre de vies perdues.
Pour elle, le sacrifice de son fils transcende les discours officiels. « Indépendamment de ce qu’ils disent, pour moi, mon fils a été un patriote, et c’est cela qui m’importe. » Ces mots portent une force tranquille, celle d’une mère qui transforme sa peine en hommage éternel.
Les répercussions d’un événement qui marque l’histoire
Cet épisode personnel s’inscrit dans un contexte plus large de tensions internationales et de crise interne au Venezuela. L’opération a non seulement capturé le président en exercice, mais elle a aussi exacerbé les souffrances d’un peuple épuisé par des années de difficultés économiques et sociales.
Les familles comme celle de Natividad se retrouvent à porter le poids d’un conflit dont elles ne sont pas responsables. Leur deuil devient un témoignage silencieux contre la violence et pour la reconnaissance de chaque vie perdue.
Dans les rues de Caracas, au cimetière où repose Saul, ou dans les cœurs des mères endeuillées, persiste une quête de sens. Comment honorer les disparus sans raviver les haines ? Comment reconstruire un pays divisé ? Ces questions restent ouvertes, mais le courage d’une mère rappelle que l’humanité persiste même au cœur des tragédies les plus sombres.
Le Venezuela continue de panser ses plaies. Chaque histoire comme celle de Saul Pereira Martinez nous invite à ne pas oublier que derrière les grands titres géopolitiques se cachent des vies brisées, des mères en larmes et des patriotes anonymes dont le sacrifice mérite d’être reconnu avec respect et compassion.
À travers ce témoignage, on mesure l’impact profond d’un événement sur une nation entière. La douleur de Natividad n’est pas isolée ; elle fait écho à celle de nombreuses autres familles touchées par les événements de cette nuit fatidique. Leur résilience force l’admiration et appelle à une réflexion collective sur la valeur de la paix et du dialogue face à la confrontation.
En fin de compte, c’est peut-être dans ces moments de recueillement familial que se trouve la véritable force d’un peuple. Une mère qui affirme avec conviction que son fils est mort pour sa patrie offre une leçon d’humanité qui transcende les frontières et les idéologies. Elle nous rappelle que, malgré tout, l’amour et la fierté peuvent survivre aux pires épreuves.
Le chemin vers la guérison sera long, mais des voix comme celle de Natividad Martinez contribuent à maintenir allumée la flamme de l’espoir et de la dignité humaine au Venezuela.









