Un pays coupé du monde face à une contestation inédite
Depuis la fin décembre, l’Iran traverse l’une des crises les plus graves depuis la révolution de 1979. Tout a commencé par la colère des commerçants face à l’explosion du coût de la vie, avant que le mouvement ne prenne une dimension nationale, défiant ouvertement le pouvoir en place.
Le 8 janvier marque un tournant dramatique : les autorités imposent un blackout internet quasi total, une mesure inédite destinée, selon les observateurs des droits humains, à masquer les opérations de répression. Pendant plus de dix jours, le pays est plongé dans le silence numérique, isolant les citoyens du reste du monde et compliquant toute vérification indépendante des événements.
Le blackout : une arme pour étouffer la contestation
La coupure des communications n’est pas un incident technique. Elle s’inscrit dans une stratégie délibérée pour empêcher la coordination des manifestations et limiter la diffusion d’images ou de témoignages. Les appels internationaux ont été bloqués pendant plusieurs jours, les SMS rétablis seulement récemment, et même les applications étrangères comme Instagram ou Facebook restent inaccessibles sans outils de contournement.
Malgré ces restrictions, des informations ont continué de filtrer, notamment grâce à des connexions satellites alternatives. Des vidéos et des récits ont montré des scènes de violence extrême : tirs nourris dans les rues, positions surélevées utilisées pour viser les manifestants, hôpitaux submergés par les blessés par balles.
Toutes les dix minutes, on entendait une série de coups de feu.
Un témoin d’une manifestation à Téhéran le 9 janvier
Ce blackout a duré suffisamment longtemps pour que les forces de sécurité mènent des opérations massives sans surveillance extérieure immédiate. Aujourd’hui, les autorités annoncent un rétablissement progressif, commençant par l’internet national et les messageries locales, signe que le contrôle de la situation est, selon elles, rétabli.
Réouverture des écoles et retour apparent à la normale
Dimanche, les établissements scolaires et universitaires ont rouvert leurs portes après une semaine de fermeture. Cette décision intervient alors que le pouvoir affirme avoir repris la main sur le pays. Les magasins rouvrent également, et certains accès limités à l’internet mondial ont été constatés dans la capitale.
Ces mesures visent à projeter une image de stabilité retrouvée. Pourtant, la population reste marquée par les événements récents. La peur, la colère et le deuil dominent encore de nombreux foyers.
Un bilan humain terrifiant
Pour la première fois, le guide suprême a évoqué publiquement la mort de milliers de personnes lors des troubles. Il a imputé ces pertes aux « séditieux » manipulés par des puissances étrangères, notamment les États-Unis et Israël. Auparavant, les autorités se limitaient à annoncer des pertes parmi les forces de sécurité.
Les organisations de défense des droits humains livrent des estimations bien plus élevées et précises. L’une d’elles, basée en Norvège, recense au moins 3 428 manifestants tués. D’autres sources parlent de plus de 5 000 décès, voire jusqu’à 20 000 selon certains rapports citant des informations internes. Ces chiffres restent difficiles à confirmer en raison des restrictions imposées aux communications et à la presse.
Les arrestations se comptent par dizaines de milliers, avec des procès rapides annoncés et des accusations graves, allant jusqu’au crime de « guerre contre Dieu », passible de la peine capitale. Le pouvoir judiciaire promet de ne pas épargner ceux qu’il considère comme instigateurs de violence.
La répression décrite comme un massacre
Des ONG ont vérifié de nombreuses vidéos et témoignages montrant des tirs continus sur des foules désarmées. Les forces de sécurité ont utilisé des armes létales depuis les rues et des toits, selon ces sources. Les hôpitaux ont été débordés par un afflux massif de blessés graves.
Les forces de sécurité tiraient sans relâche sur les manifestants dans les rues et depuis des positions en hauteur.
Une chercheuse sur l’Iran pour une grande organisation de droits humains
Cette violence a été qualifiée de « massacre » par plusieurs observateurs. Elle intervient dans un contexte où le régime cherche à écraser toute forme de contestation ouverte, en utilisant la peur comme outil de contrôle.
Contexte économique et social à l’origine du soulèvement
Les manifestations ont éclaté fin décembre à Téhéran, portées par des commerçants exaspérés par l’inflation galopante et la dégradation des conditions de vie. Très vite, le mouvement a dépassé les revendications économiques pour devenir un défi politique direct contre la République islamique.
Des slogans hostiles au régime ont résonné dans de nombreuses villes, reflétant un ras-le-bol profond accumulé depuis des années. La jeunesse, les classes moyennes urbaines et même certains secteurs traditionnellement loyaux ont exprimé leur désespoir face à la situation.
Le blackout et la répression ont temporairement réduit l’ampleur des rassemblements, mais la tension reste palpable. Les autorités surveillent de près les dates symboliques qui pourraient relancer la mobilisation.
Réactions internationales et menaces de sanctions
À l’étranger, la communauté internationale suit avec inquiétude ces développements. Des appels à la retenue et à la protection des droits fondamentaux ont été lancés. Certains dirigeants ont publiquement commenté les événements, notamment en exprimant des doutes sur les promesses d’absence d’exécutions massives.
Des analystes soulignent que le régime considère les exécutions comme un moyen efficace pour dissuader toute future contestation, malgré les coûts diplomatiques à court terme. Cette approche vise à consolider le pouvoir intérieur au prix d’une isolation accrue.
Perspectives : vers un apaisement durable ou une reprise des tensions ?
Le rétablissement progressif d’internet et la réouverture des écoles pourraient marquer le début d’une phase de stabilisation. Cependant, les blessures profondes laissées par la répression risquent de perdurer. La population garde en mémoire les pertes humaines et les images de violence.
Les autorités promettent des procès rapides pour les personnes impliquées dans ce qu’elles qualifient de troubles graves. Des milliers de détenus attendent leur sort, dans un climat de forte incertitude.
Le pays reste sous haute surveillance. Toute nouvelle étincelle pourrait raviver la contestation, surtout si les conditions économiques ne s’améliorent pas rapidement. L’avenir dépendra largement de la capacité du pouvoir à répondre aux frustrations profondes de la société.
Pour l’instant, l’Iran oscille entre retour forcé à l’ordre et souvenir douloureux d’une révolte qui a révélé les fractures béantes au sein de la nation. Les prochains jours et semaines seront déterminants pour savoir si ce calme apparent est durable ou simplement provisoire.
La situation évolue rapidement, et les informations continuent d’être fragmentées en raison des restrictions persistantes. Ce qui est certain, c’est que l’Iran traverse un moment historique dont les conséquences se feront sentir pendant de longues années.









