Imaginez un instant : une immense île de glace, trois fois plus grande que la France, devient soudain l’épicentre d’une crise diplomatique majeure entre alliés historiques. Le Groenland, ce territoire autonome danois perdu au milieu de l’Arctique, se retrouve au cœur d’un bras de fer inédit. Au centre de la tempête ? Les déclarations répétées et de plus en plus pressantes d’un président américain prêt à tout pour s’en emparer.
Quand le Groenland devient un enjeu géopolitique brûlant
Depuis son retour à la présidence, l’actuel dirigeant des États-Unis n’a jamais caché son intérêt pour ce gigantesque territoire arctique. Sécurité nationale, lutte contre l’influence russe et chinoise grandissante dans la région, contrôle stratégique des routes maritimes qui s’ouvrent avec la fonte des glaces… Les arguments sont nombreux et régulièrement répétés.
Mais ce qui semblait jusqu’ici relever de la provocation verbale ou de l’effet d’annonce a brutalement changé de nature ces derniers jours. Les menaces sont devenues concrètes, et elles visent directement les alliés européens.
Un déploiement militaire européen qui dérange Washington
Tout a commencé à s’emballer lorsque plusieurs pays européens ont participé à des manœuvres militaires conjointes avec le Danemark sur le sol groenlandais. Des militaires français, allemands, britanniques, néerlandais, norvégiens, suédois et finlandais se sont ainsi retrouvés sur cette terre glacée dans le cadre d’exercices prévus de longue date.
Cette présence coordonnée, parfaitement transparente et organisée avec les autorités danoises, a pourtant provoqué une réaction extrêmement vive de l’autre côté de l’Atlantique. Sur les réseaux sociaux, le président américain n’a pas mâché ses mots, qualifiant cette opération de « jeu très dangereux » et accusant les pays participants d’avoir pris un « risque inacceptable ».
« Ces pays, qui se livrent à ce jeu très dangereux, ont pris un risque inacceptable »
La réponse ne s’est pas fait attendre : dans la foulée, Washington a brandi la menace de nouvelles surtaxes douanières visant spécifiquement les produits en provenance des pays ayant participé à ces manœuvres.
Des sanctions commerciales annoncées à marche forcée
Le calendrier annoncé est particulièrement agressif. Dès le 1er février, une surtaxe de 10 % frapperait les importations européennes concernées. Si aucune « solution » n’est trouvée d’ici là, ce taux bondirait à 25 % à compter du 1er juin. L’objectif affiché est limpide : faire plier les Européens jusqu’à obtenir « un accord pour la vente complète et intégrale du Groenland ».
Jamais, dans l’histoire récente de l’Alliance atlantique, un pays membre n’avait menacé ainsi ses partenaires d’une arme économique aussi lourde pour obtenir un changement territorial concernant un autre allié.
L’Europe refuse le chantage et sort les armes diplomatiques
La riposte européenne a été rapide et relativement coordonnée, malgré les divergences habituelles entre capitales.
Le président français a été le premier à dégainer une réponse institutionnelle forte. Il a annoncé son intention de demander l’activation de l’instrument anti-coercition de l’Union européenne en cas de mise en œuvre effective des menaces douanières américaines.
Cet outil, relativement récent, offre à Bruxelles plusieurs possibilités de rétorsion : gel de l’accès aux marchés publics européens, restrictions sur certains investissements, mesures commerciales ciblées… Sa mise en œuvre nécessite toutefois une majorité qualifiée au sein du Conseil.
Une condamnation quasi unanime des Européens
Les déclarations se sont multipliées au fil des heures, toutes plus critiques les unes que les autres :
- La Première ministre italienne a jugé ces menaces « une erreur » et aurait directement fait part de son désaccord au président américain ;
- Le chef de la diplomatie néerlandaise a parlé sans détour de « chantage » et qualifié l’approche américaine d’« incompréhensible » et « inappropriée » ;
- Sa collègue irlandaise a dénoncé des menaces « totalement inacceptables et profondément regrettables » ;
- La ministre britannique de la Culture a estimé que cette polémique douanière était « profondément inutile et contre-productive ».
Cette convergence des critiques, rare dans le climat politique européen actuel, traduit l’ampleur de la sidération provoquée par la méthode employée.
Le Danemark multiplie les consultations d’urgence
Le ministre danois des Affaires étrangères a immédiatement pris la route pour des consultations intensives. Direction d’abord Oslo, puis Londres, et enfin Stockholm. L’objectif : renforcer la coordination avec les alliés nordiques et le Royaume-Uni, mais surtout réaffirmer collectivement le rôle central de l’OTAN dans la sécurité de l’immense espace arctique.
Ces déplacements diplomatiques interviennent alors même qu’une réunion d’urgence des ambassadeurs des Vingt-Sept se tenait à Bruxelles pour évoquer les possibles réponses collectives face aux menaces commerciales.
Le Groenland dit massivement non à la vente
Pendant ce temps, sur place, la population groenlandaise ne reste pas silencieuse. Plusieurs milliers de personnes ont manifesté ces derniers jours, notamment à Nuuk et à Copenhague, pour réaffirmer un message clair et massif : le Groenland n’est pas à vendre.
Les chiffres sont sans appel. Selon la dernière grande enquête d’opinion réalisée en janvier 2025, 85 % des habitants du territoire sont fermement opposés à tout rattachement aux États-Unis. Seuls 6 % se disent favorables à une telle perspective.
Un précédent dangereux pour l’Alliance atlantique ?
Au-delà de la question groenlandaise elle-même, c’est toute la crédibilité et la cohésion de l’OTAN qui se retrouvent fragilisées par cette séquence. Comment maintenir une alliance militaire forte lorsque le principal contributeur financier et militaire menace ouvertement ses partenaires de sanctions économiques pour obtenir un territoire appartenant à l’un d’eux ?
Les observateurs les plus pessimistes commencent à évoquer un précédent potentiellement catastrophique. Si cette méthode devait porter ses fruits, quels autres territoires ou intérêts stratégiques pourraient devenir monnayables à l’avenir sous la pression économique ?
L’Arctique, nouveau théâtre de la rivalité mondiale
Cette crise survient alors que l’Arctique devient l’un des espaces géopolitiques les plus disputés de la planète. La fonte accélérée des glaces ouvre de nouvelles routes maritimes commerciales et militaires, rend accessibles d’immenses ressources naturelles et modifie profondément les équilibres stratégiques régionaux.
Russie et Chine y multiplient les investissements et les implantations scientifiques, militaires et économiques. Dans ce contexte, le contrôle du Groenland représente effectivement un atout stratégique majeur. Mais la question est de savoir si les méthodes employées pour tenter de l’obtenir servent ou au contraire fragilisent les intérêts occidentaux à long terme.
Vers une réponse européenne plus unifiée ?
Pour beaucoup d’analystes, cette nouvelle crise pourrait paradoxalement accélérer la prise de conscience européenne sur la nécessité de mieux protéger ses intérêts stratégiques et économiques face à la pression extérieure, même lorsqu’elle vient d’un allié historique.
L’instrument anti-coercition n’a encore jamais été utilisé à grande échelle. Son activation éventuelle constituerait un signal fort : l’Europe n’entend plus se laisser dicter sa politique étrangère et commerciale par la menace ou le chantage, quel qu’en soit l’auteur.
Reste à savoir si cette unité affichée tiendra dans la durée, et surtout si elle suffira à faire reculer une administration américaine qui semble pour l’instant déterminée à aller jusqu’au bout de sa logique transactionnelle.
Une chose est sûre : le Groenland, longtemps considéré comme une curiosité géographique lointaine, est définitivement entré dans la cour des grands enjeux géopolitiques du XXIe siècle.
Et cette entrée fracassante s’accompagne d’une question qui plane désormais sur l’ensemble de la relation transatlantique : jusqu’où les divergences d’intérêts et de méthodes peuvent-elles aller sans rompre le lien fondamental qui unit l’Europe et les États-Unis depuis plus de soixante-quinze ans ?









