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Portugal : L’Extrême Droite au Bord du Second Tour Présidentiel

Ce dimanche, les Portugais votent pour élire leur président. Pour la première fois, l’extrême droite de Chega pourrait se hisser au second tour. André Ventura arrivera-t-il à transformer l’essai ? La réponse ce soir…

Dimanche matin, les rues de Lisbonne, Porto, Faro et des centaines d’autres villes portugaises se remplissent doucement d’électeurs. Dans les bureaux de vote, l’atmosphère est à la fois calme et électrique. Pour beaucoup, cette élection présidentielle n’est pas une simple formalité : elle pourrait marquer un tournant majeur dans l’histoire politique récente du pays.

À quelques heures de la fermeture des bureaux, les regards se tournent tous vers un même nom : André Ventura. Le leader charismatique de Chega, ce parti d’extrême droite qui n’existait quasiment pas il y a cinq ans, est aujourd’hui au cœur de toutes les conversations. Peut-il vraiment créer l’exploit et se qualifier pour le second tour ?

Un scrutin sous haute tension

Onze candidats. Un record absolu depuis la Révolution des Œillets. Onze personnalités, onze visions différentes pour l’avenir du Portugal. Pourtant, très rapidement, les sondages ont réduit le suspense à une poignée de noms. Au centre de l’attention : l’ascension fulgurante de l’extrême droite et la bataille acharnée pour décrocher la deuxième place qualificative.

Le président sortant, très populaire, laisse un vide institutionnel important. Lui qui avait remporté les deux précédentes élections dès le premier tour ne pourra pas se représenter. Cette fois, rien n’est joué d’avance.

André Ventura, l’homme qui défie les pronostics

En 2021, André Ventura n’était qu’un outsider. Avec un peu moins de 12 % des voix, il terminait troisième, derrière une candidate socialiste dissidente. À l’époque, beaucoup pensaient que ce score resterait une anomalie. Cinq ans plus tard, la donne a radicalement changé.

Le parti Chega, créé en 2019, est devenu la deuxième force politique du pays aux législatives de mai dernier. Avec près de 23 % des suffrages et 60 députés, il a dépassé le Parti socialiste et s’est imposé comme la principale force d’opposition au gouvernement de centre-droit actuel.

J’espère qu’il passera. Et pas seulement au premier tour. Au deuxième aussi.

Une électrice de 62 ans, chômeuse, lors du dernier meeting de campagne

Cette phrase résume parfaitement le sentiment d’une partie croissante de l’électorat portugais : ras-le-bol des partis traditionnels, envie de changement radical, volonté de « mettre de l’ordre » comme le répète inlassablement Ventura.

Le discours du « candidat du peuple »

André Ventura, 43 ans, sait parler aux frustrations quotidiennes. Il dénonce la corruption, l’insécurité, l’immigration incontrôlée selon lui, la bureaucratie étouffante. Son style est direct, parfois brutal. Il refuse de « plaire à tout le monde » et assume pleinement sa posture clivante.

Dans son dernier grand meeting, vendredi soir, il a martelé qu’il ne chercherait pas à faire des compromis avec les autres forces de droite s’il devait affronter un candidat socialiste au second tour. Un message clair : Chega ne veut plus être le petit frère turbulent de la droite traditionnelle.

Les challengers du centre et de la gauche

Face à cette poussée, plusieurs candidats tentent de barrer la route à l’extrême droite.

Antonio José Seguro, 63 ans, incarne la ligne modérée du camp socialiste. Ancré au centre-gauche, il multiplie les appels au rassemblement des « démocrates, progressistes et humanistes ». Son discours est celui de la reconstruction : santé, éducation, services publics malmenés ces dernières années.

De son côté, Joao Cotrim Figueiredo, eurodéputé libéral, tente de séduire l’électorat centriste et libéral. Il représente une droite pro-européenne, réformatrice, mais sans les accents populistes de Chega.

Enfin, deux autres candidats gardent une chance réelle de surprise : Luis Marques Mendes, issu du camp gouvernemental actuel, et l’amiral à la retraite Henrique Gouveia e Melo, qui se présente comme indépendant et bénéficie d’une image d’homme intègre et au-dessus des partis.

Un rôle présidentiel plus important qu’il n’y paraît

Au Portugal, le président de la République est élu au suffrage universel direct, mais il ne dispose pas du pouvoir exécutif. Pourtant, son rôle n’est pas décoratif.

En cas de crise politique majeure, il peut dissoudre l’Assemblée de la République et convoquer de nouvelles élections législatives. Il joue également un rôle d’arbitre et de garant des institutions. Depuis le retour de la démocratie, une seule élection s’est jouée au second tour : celle de 1986.

Cette année, avec un Parlement très fragmenté et des relations déjà tendues entre le gouvernement de droite et l’opposition, le prochain chef de l’État pourrait être amené à intervenir plus activement que ses prédécesseurs récents.

Une bataille interne à la droite portugaise

Si André Ventura parvient à se qualifier pour le second tour, cela signifiera bien plus qu’un simple score électoral élevé. Ce sera la confirmation que l’extrême droite est désormais solidement installée au cœur du paysage politique portugais.

Les analystes parlent déjà d’une « bataille en cours au sein de la droite » : d’un côté le centre-droit traditionnel, modéré, atlantiste et pro-européen ; de l’autre une extrême droite populiste, nationaliste, anti-système. Cette fracture pourrait durablement redessiner les équilibres politiques dans le pays.

Les préoccupations des électeurs au quotidien

Derrière les grandes déclarations et les joutes verbales, les préoccupations des Portugais restent très concrètes.

Une vendeuse de fruits et légumes de 55 ans, interrogée dans un marché de la banlieue sud de Lisbonne, résume bien le sentiment général :

Nous avons besoin d’un président qui améliore ce pays, parce que la santé, l’éducation, tout… tout est à reconstruire.

Une électrice socialiste

Salaires toujours parmi les plus bas d’Europe occidentale, système de santé sous tension permanente, prix de l’immobilier inaccessibles pour les jeunes, sentiment d’abandon dans certaines régions de l’intérieur… Les sujets de mécontentement ne manquent pas.

C’est sur ce terreau que prospère le discours de rupture porté par Chega. Mais c’est aussi sur ces mêmes sujets que les candidats modérés espèrent convaincre les électeurs de ne pas céder à la tentation populiste.

Et après le premier tour ?

Les bureaux de vote ferment à 20 heures. Les premières projections sortie des urnes tomberont immédiatement après. Elles donneront une première indication précieuse sur la qualification – ou non – d’André Ventura pour le second tour prévu le 8 février.

Dans l’hypothèse la plus probable selon les sondages, le duel se jouerait entre un candidat socialiste modéré et le leader de Chega. Un scénario qui serait totalement inédit dans l’histoire démocratique portugaise.

Quelle que soit l’issue du premier tour, une chose est déjà certaine : le Portugal est entré dans une nouvelle ère politique. L’extrême droite n’est plus une force marginale. Elle est devenue un acteur central, incontournable, avec lequel tous les partis devront désormais compter.

Ce scrutin présidentiel, même s’il ne confère pas de pouvoirs exécutifs directs, pourrait bien devenir le baromètre de la santé démocratique du pays et de son rapport à la radicalité politique.

Ce dimanche, les Portugais ne choisissent pas seulement leur futur président. Ils dessinent aussi, à leur façon, les contours du paysage politique des années à venir.

Et dans ce pays où la démocratie a toujours été fièrement défendue depuis 1974, le message envoyé aujourd’hui pourrait résonner bien au-delà des frontières portugaises.

À suivre donc, avec la plus grande attention.

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