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Nord : Récidive et OQTF, un Parcours Judiciaire Interroge

Un jeune de 20 ans sous OQTF multiplie les vols dans les trains et à Euralille. Malgré un lourd passé judiciaire et un discours qui rejette la faute sur le système, il écope de 8 mois ferme… mais sans interdiction de territoire. Pourquoi cette clémence apparente ?

Chaque année, des milliers d’affaires judiciaires passent devant les tribunaux français. Parmi elles, certaines saisissent davantage l’opinion : celles qui mettent en lumière les difficultés d’insertion, les limites du système pénal et les paradoxes de l’éloignement des étrangers en situation irrégulière. L’histoire récente d’un jeune homme de 20 ans jugé à Lille illustre tragiquement ces différents aspects.

Un enchaînement de délits qui interroge

Arrivé en France alors qu’il n’avait que douze ans, ce jeune Algérien a grandi sur le territoire national. Pourtant, aujourd’hui majeur, il se retrouve sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français. Cette situation administrative singulière ne l’a pas empêché de commettre plusieurs vols, notamment dans des trains et au sein d’un grand centre commercial lillois, entre la fin novembre et le début janvier.

Placé en comparution immédiate, il a dû répondre de faits répétés devant les juges. Son parcours judiciaire antérieur est déjà bien fourni : condamnations pour vols, tentatives de vol, port d’arme, sans oublier une affaire similaire dans les transports en commun survenue l’été précédent dans le sud de la France.

Le discours du prévenu : un système qui bloque ?

Face aux magistrats, le jeune homme explique vouloir s’insérer. Il dit chercher du travail mais se heurter constamment à un obstacle majeur : l’absence de papiers réguliers. Selon ses propres termes, dès qu’il tente d’accomplir la moindre démarche, on lui réclame des documents qu’il ne possède pas. Ce cercle vicieux, selon lui, l’empêche de sortir la tête de l’eau.

Cette argumentation, bien que compréhensible sur le papier, n’a pas convaincu la représentante du parquet. Celle-ci pointe au contraire un enchaînement de faits délictueux commis dans la même agglomération, sans véritable remise en question de la part du mis en cause.

« On sent un jeune homme qui ne parvient pas, ou ne veut pas, prendre conscience de la gravité de ses actes répétés. »

Cette phrase résume assez bien la perception du ministère public : derrière la difficulté administrative réelle se cache peut-être aussi une forme de refus d’assumer pleinement ses responsabilités.

La réponse pénale : prison ferme mais pas d’interdiction de territoire

Après délibéré, le tribunal a prononcé une peine de six mois d’emprisonnement ferme auxquels s’ajoutent deux mois correspondant à la révocation d’un précédent sursis. Le tout assorti d’un placement immédiat en détention.

Ce qui surprend nombre d’observateurs, c’est l’absence d’interdiction du territoire français. Dans de nombreux dossiers similaires impliquant des personnes sous OQTF, les juges assortissent souvent la peine d’une interdiction de séjour sur le territoire national pour une durée de plusieurs années. Ici, cette mesure complémentaire n’a pas été retenue.

Difficile de connaître les motivations précises des magistrats sans accès au délibéré. Plusieurs hypothèses peuvent toutefois être avancées : prise en compte de l’âge d’arrivée en France, liens familiaux maintenus (hébergement chez les grands-parents), jeune âge du condamné, ou encore volonté de ne pas surcharger la peine principale déjà ferme.

Le casse-tête permanent de l’exécution des OQTF

L’obligation de quitter le territoire français reste l’une des mesures les plus symboliques… et les plus difficiles à mettre en œuvre de notre droit des étrangers. Chaque année, environ 120 000 OQTF sont prononcées, mais moins de 10 % donneraient lieu à un éloignement effectif selon les statistiques officielles les plus fréquemment citées.

Plusieurs raisons expliquent ce faible taux d’exécution :

  • difficultés diplomatiques avec certains pays d’origine qui rechignent à délivrer les laissez-passer consulaires
  • recours multiples devant les juridictions administratives
  • état de santé du ressortissant étranger
  • risque de traitement inhumain ou dégradant en cas de retour
  • manque de places dans les centres de rétention administrative

Dans le cas présent, le jeune homme est arrivé très jeune en France. Il a grandi, fréquenté l’école, tissé des liens familiaux. Ces éléments rendent parfois l’éloignement plus complexe sur le plan humain et juridique.

Récidive et absence de remise en question : un cocktail explosif

Ce qui frappe dans ce dossier, au-delà de la question migratoire, c’est la répétition des faits. Vol dans les transports, vol en centre commercial, nouvelle série de vols quelques mois plus tard… Le schéma est classique et redoutablement efficace : petites infractions répétées, gains modestes mais réguliers, faible risque perçu par l’auteur.

Les spécialistes de la criminologie parlent souvent de « carrière déviante » lorsqu’un individu rentre dans un cycle où la délinquance devient une activité presque ordinaire. Sortir de ce cercle nécessite généralement plusieurs leviers simultanés :

  1. prise de conscience personnelle
  2. encadrement judiciaire ferme
  3. proposition d’alternatives concrètes (formation, emploi)
  4. stabilité du cadre de vie

Dans le cas étudié ici, le troisième levier semble particulièrement difficile à activer en raison de la situation administrative. Sans papiers, difficile d’accéder à une formation qualifiante reconnue ou à un emploi déclaré.

Et maintenant ? Quelles perspectives après la détention ?

À l’issue de sa peine, le jeune homme retrouvera théoriquement la même situation qu’avant son incarcération : obligation de quitter le territoire non exécutée, absence de titre de séjour, hébergement chez les grands-parents, recherche d’emploi entravée.

Plusieurs scénarios sont alors envisageables :

  • nouvelle commission de faits délictueux → nouvelle comparution
  • tentative réelle d’insertion clandestine (petits boulots non déclarés)
  • passage à une délinquance plus organisée ou plus violente
  • retour volontaire au pays (peu probable au vu du discours tenu)
  • nouvelle procédure d’éloignement plus contraignante

Aucun de ces scénarios n’est véritablement satisfaisant ni pour la société, ni pour l’intéressé lui-même.

Un miroir grossissant des failles françaises

Au-delà du cas individuel, cette affaire cristallise plusieurs débats de fond qui traversent la société française depuis de nombreuses années :

  • Comment gérer l’insertion des mineurs étrangers arrivés très jeunes sur le territoire ?
  • Faut-il systématiquement assortir les peines d’une interdiction de territoire lorsque l’individu est déjà sous OQTF ?
  • Comment concilier fermeté pénale et recherche d’une sortie de la délinquance ?
  • Le prononcé d’une peine ferme sans proposition d’accompagnement post-détention est-il suffisant ?

Chacune de ces questions mériterait un débat approfondi et dépassionné. Malheureusement, le sujet de l’immigration et de la délinquance des étrangers reste l’un des plus polarisants du paysage politique et médiatique français.

Conclusion : sortir du cercle vicieux, une urgence

L’histoire de ce jeune homme de vingt ans n’est ni exceptionnelle ni anecdotique. Elle est au contraire symptomatique d’un système qui peine à trouver l’équilibre entre sanction, protection de la société et offre réelle de réinsertion.

Tant que les OQTF resteront majoritairement lettre morte, tant que les parcours d’insertion pour les jeunes majeurs en situation irrégulière resteront quasi-inexistants, tant que la réponse pénale se limitera trop souvent à l’emprisonnement sans véritable projet de sortie, des affaires similaires continueront de se multiplier.

La question n’est plus seulement de savoir combien de mois ferme prononcer, mais surtout de comprendre comment empêcher que l’histoire ne se répète inlassablement.

Le chemin s’annonce long et semé d’embûches. Pourtant, l’enjeu est de taille : celui de la cohésion sociale et du respect de l’État de droit pour tous.

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