L’avancée militaire syrienne dans le nord du pays
Dans un contexte de tensions persistantes, l’armée syrienne a annoncé avoir repris le contrôle de nombreuses villes et villages dans la région est d’Alep. Cette opération suit des bombardements et des sommations adressées aux combattants kurdes pour qu’ils se retirent de ces zones stratégiques.
Les forces gouvernementales ont notamment pénétré dans la ville de Deir Hafer, située à environ cinquante kilomètres à l’est d’Alep. Des témoins sur place ont décrit le départ organisé de plus de deux cents combattants kurdes, tandis que de nombreux habitants, ayant fui les jours précédents, commençaient à regagner leurs foyers. Cette reprise s’accompagne d’un sentiment de soulagement chez une partie de la population locale.
Par la suite, les troupes se sont dirigées vers d’autres localités comme Maskana. Des affrontements limités ont été rapportés, avec des pertes des deux côtés, illustrant la fragilité de la situation malgré les retraits en cours.
Contexte des négociations bloquées entre Damas et les Kurdes
Depuis plusieurs mois, des discussions visent à intégrer les institutions civiles et militaires du nord-est syrien au sein de l’État central. Un accord de principe avait été conclu l’année précédente, mais son application rencontre de nombreux obstacles dus à des exigences divergentes.
Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, ont défendu pendant des années de vastes territoires contre le groupe État islamique, avec le soutien d’une coalition internationale. Ces zones incluent des ressources énergétiques essentielles pour l’économie syrienne.
Face à l’impasse, le pouvoir central a opté pour une approche plus ferme, combinant pression militaire et gestes politiques. Le retrait des combattants kurdes de la zone entre Deir Hafer et l’Euphrate a été présenté comme une décision prise « à l’appel de pays amis et de médiateurs ».
Le décret historique sur les droits des Kurdes
Dans un geste sans précédent, le président a signé un décret reconnaissant les droits nationaux de la minorité kurde. La langue kurde devient officiellement reconnue, marquant une rupture avec des décennies de marginalisation.
Ce texte affirme que les Kurdes forment une partie intégrante et authentique du peuple syrien. Il prévoit également la restauration de la citoyenneté pour ceux qui l’avaient perdue suite à des mesures administratives anciennes, ainsi que la protection de leur identité culturelle.
La fête de Nowruz, célébration traditionnelle du Nouvel An kurde, est déclarée jour férié national payé. Ces concessions culturelles visent à favoriser la confiance, tout en maintenant une ligne ferme sur l’unité territoriale.
Nous voulons que les droits du peuple kurde, l’apprentissage de la langue ainsi que la représentation politique et militaire soient reconnus dans la Constitution.
Un habitant kurde de Qamichli
Malgré ces avancées, certains estiment que le décret reste insuffisant. Il représente un premier pas, mais ne répond pas pleinement aux attentes d’autonomie et de partage du pouvoir.
Réactions et analyses sur le terrain
Du côté kurde, l’administration autonome a salué le décret comme un début, tout en soulignant qu’il ne satisfait pas les aspirations profondes de la population. La confiance reste fragile après des années d’oppression et les récents événements militaires.
Dans les zones reprises par l’armée, des scènes de joie ont été observées chez certains habitants arabes, qui ont acclamé les troupes gouvernementales. Cela reflète les divisions ethniques et tribales dans la région, où les Kurdes ne forment pas toujours la majorité.
Des observateurs extérieurs notent que cette stratégie combine concessions culturelles et consolidation militaire. L’objectif semble être de séparer les civils kurdes de leurs forces armées, tout en évitant une confrontation généralisée.
Enjeux régionaux et implications internationales
La Syrie reste un pays fracturé, avec des influences étrangères multiples. Les États-Unis, qui soutiennent à la fois les FDS et dialoguent avec Damas, jouent un rôle clé de médiateur.
Le chef des FDS s’est rendu à Erbil, dans le Kurdistan irakien, pour rencontrer un émissaire américain. Ces discussions visent à désamorcer les tensions et à relancer le processus d’intégration.
Les Kurdes, répartis entre plusieurs pays de la région, restent vigilants. Toute avancée doit s’accompagner de garanties solides pour éviter un retour à la marginalisation.
Perspectives d’avenir pour une Syrie unifiée
La situation actuelle illustre les défis de la transition syrienne. Le nouveau pouvoir, issu d’une coalition islamiste ayant renversé le régime précédent en décembre 2024, affirme sa détermination à réunifier le pays.
Les gestes envers les Kurdes, combinés à la reprise de territoires, pourraient ouvrir la voie à une intégration progressive. Cependant, la réussite dépendra de la capacité à transformer les décrets en réalité constitutionnelle et à bâtir une confiance durable.
Les prochains jours et semaines seront cruciaux. Les médiations internationales et les négociations internes détermineront si la Syrie parvient à tourner la page des divisions ou si de nouvelles fractures émergent.
La population, épuisée par plus d’une décennie de conflit, aspire avant tout à la stabilité et à la reconnaissance de ses diversités. Les événements récents montrent que le chemin reste long, mais aussi que des ouvertures existent.
Dans ce contexte sensible, chaque mouvement militaire ou politique est scruté avec attention. L’équilibre entre unité nationale et respect des identités minoritaires définira l’avenir du pays.









