Que se passe-t-il réellement au Venezuela en ce début d’année 2026 ? Alors que le pays semblait plongé dans une impasse politique depuis des années, une série d’événements spectaculaires vient de bouleverser la donne en quelques semaines seulement. Au cœur de cette tempête : la chute brutale d’un fidèle parmi les fidèles, et l’émergence d’une nouvelle figure aux commandes, sous le regard très attentif de Washington.
En moins d’un mois, le paysage politique vénézuélien a connu des secousses que peu d’observateurs avaient anticipées avec une telle rapidité. Entre arrestations internationales, négociations de haut niveau et limogeages retentissants, Caracas semble être entrée dans une phase radicalement nouvelle.
Un limogeage qui vaut plus qu’un simple remaniement
Vendredi, la présidente par intérim Delcy Rodríguez a annoncé une décision lourde de sens : Alex Saab, considéré depuis longtemps comme l’un des piliers économiques du système chaviste, ne fait plus partie du gouvernement. L’homme d’affaires, nommé ministre de l’Industrie seulement en décembre 2024, voit donc son portefeuille disparaître, purement et simplement fusionné avec le ministère du Commerce national.
Dans un message publié sur Telegram, Delcy Rodríguez a tenu à remercier « son camarade Alex Saab pour son travail au service de la patrie », précisant qu’il allait désormais « assumer de nouvelles responsabilités ». Une formule diplomatique qui ne parvient pas à masquer la brutalité de l’éviction.
Qui est vraiment Alex Saab ?
Âgé de 54 ans, d’origine colombienne, Alex Saab s’était imposé comme une figure centrale des réseaux internationaux du chavisme. Intermédiaire clé dans plusieurs dossiers sensibles, il avait notamment joué un rôle majeur dans le renforcement des relations pétrolières entre le Venezuela et l’Iran, permettant ainsi de contourner en partie les lourdes sanctions imposées par les États-Unis.
Mais son parcours avait basculé en 2020 avec son arrestation spectaculaire au Cap-Vert, à la demande de la justice américaine. Accusé d’avoir orchestré un vaste système de corruption autour de l’aide alimentaire destinée à la population vénézuélienne, il avait été extradé vers les États-Unis en 2021. Il y restera détenu jusqu’à un échange de prisonniers retentissant en décembre 2023 : dix Américains libérés en échange de sa liberté.
Ce jour marque un triomphe pour la diplomatie bolivarienne.
Ancien dirigeant vénézuélien à propos de l’échange de décembre 2023
De retour au Venezuela, Alex Saab avait été rapidement nommé à un poste ministériel stratégique. Son éviction, moins de deux semaines après un événement encore plus marquant, prend donc une tout autre dimension.
La capture de Nicolas Maduro à Caracas
Le 3 janvier 2026, les forces spéciales américaines ont procédé à l’arrestation de Nicolas Maduro dans la capitale vénézuélienne. Une opération qualifiée d’historique par plusieurs analystes, tant elle marque une ingérence directe et assumée sur le sol vénézuélien. Depuis, l’ancien président est détenu aux États-Unis, dans l’attente de poursuites judiciaires.
Cette arrestation a créé un vide institutionnel immédiat. Dans les heures qui ont suivi, Delcy Rodríguez a été désignée présidente par intérim, dans un contexte où la légitimité des institutions était déjà fortement contestée à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
Washington resserre son étreinte
Les jours suivants ont été marqués par une série de contacts directs entre les plus hautes autorités américaines et la nouvelle dirigeante vénézuélienne. Jeudi, le directeur de la CIA s’est rendu à Caracas pour une rencontre avec Delcy Rodríguez. Selon une source américaine anonyme, l’objectif était clair : transmettre le message que Washington souhaitait « construire une meilleure relation de travail » avec le nouveau pouvoir en place.
Dans le même temps, le président américain a multiplié les échanges avec Delcy Rodríguez, allant jusqu’à la qualifier publiquement de « personne formidable ». Des déclarations qui contrastent fortement avec les années de confrontation ouverte entre les deux capitales.
« Des ordres de Washington » selon l’opposition
De son côté, l’opposition vénézuélienne observe ces développements avec un mélange d’espoir et de méfiance. Maria Corina Machado, figure emblématique de la contestation et récente lauréate du prix Nobel de la paix, n’a pas mâché ses mots.
La présidente par intérim exécute désormais des ordres venus de Washington.
Maria Corina Machado
Reçue à la Maison Blanche quelques jours plus tôt, elle a offert au président américain la médaille de son prix Nobel, dans un geste hautement symbolique. Elle a également affirmé que le Venezuela entamait selon elle « une véritable transition vers la démocratie » et qu’il serait bientôt « libre », grâce au soutien de Washington.
Pourtant, interrogé peu après la capture de Nicolas Maduro, Donald Trump avait estimé que Maria Corina Machado n’était « pas qualifiée » pour diriger le pays. Une déclaration qui laisse planer le doute sur les véritables intentions à long terme de la nouvelle administration américaine vis-à-vis de l’opposition historique.
Retour des vols de rapatriement
Autre signe que les choses bougent rapidement : vendredi, un avion transportant 231 migrants vénézuéliens expulsés des États-Unis s’est posé à Caracas. Il s’agit de la première opération de ce type depuis la capture de Nicolas Maduro. Ce retour massif de compatriotes illustre à la fois la volonté américaine de durcir sa politique migratoire et la capacité nouvelle des autorités vénézuéliennes à organiser leur accueil.
Le pétrole : l’enjeu stratégique numéro un
Malgré tous ces bouleversements politiques, un élément demeure constant : l’immense richesse pétrolière du Venezuela. Avec plus de 303 milliards de barils de réserves prouvées selon l’OPEP, le pays détient le premier stock mondial, devant l’Arabie saoudite et l’Iran.
Malheureusement, des années de mauvaise gestion, de corruption et de sous-investissement ont fait plonger la production. D’un pic historique supérieur à 3 millions de barils par jour, elle était tombée à environ 350 000 barils quotidiens en 2020. Elle se situe aujourd’hui autour de 1,2 million de barils par jour selon les chiffres officiels.
Les multinationales pétrolières observent la situation avec la plus grande prudence. Si l’appétit de Washington pour le pétrole vénézuélien est évident, le risque politique et juridique reste jugé trop élevé pour justifier des investissements massifs dans les infrastructures à court terme.
Vers une élection ou une tutelle prolongée ?
Maria Corina Machado, empêchée de se présenter à la présidentielle de 2024, assure aujourd’hui qu’elle sera « élue présidente du Venezuela le moment venu ». Une ambition affichée sans détour, mais qui se heurte encore à de nombreuses incertitudes institutionnelles et géopolitiques.
En attendant, le président américain a clairement indiqué qu’il comptait « dicter » les principales décisions prises à Caracas, en particulier dans le domaine pétrolier, « jusqu’à nouvel ordre ». Une formulation qui laisse peu de place à l’ambiguïté sur le degré de contrôle que Washington entend exercer dans les prochains mois.
Un pays à la croisée des chemins
Le Venezuela se trouve aujourd’hui dans une situation paradoxale. D’un côté, la fin de l’ère Maduro ouvre potentiellement la voie à une normalisation politique et économique. De l’autre, l’influence américaine directe soulève de nombreuses questions sur la souveraineté réelle du pays.
Entre les déclarations d’intention, les gestes symboliques et les décisions concrètes comme l’éviction d’Alex Saab, une chose semble certaine : le Venezuela de 2026 n’a plus grand-chose à voir avec celui des années précédentes. Reste à savoir si cette transition mènera à une véritable démocratie ou à une nouvelle forme de dépendance géopolitique.
Les prochains jours et semaines seront déterminants pour comprendre la direction que prendra réellement le pays. Une chose est sûre : l’histoire vénézuélienne est en train de s’écrire sous nos yeux, à un rythme que personne n’avait anticipé.
À suivre de très près.









