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L’Éolien Offshore Triomphe Face à Trump aux États-Unis

Trois fois en une semaine, la justice fédérale américaine a donné raison aux promoteurs d'éolien offshore face aux suspensions décidées par l'administration Trump. Le redémarrage du projet Coastal Virginia marque un tournant majeur… mais l'issue finale reste incertaine.

Imaginez des géants d’acier et de fibre de verre plantés au milieu de l’océan, défiant à la fois les vagues et les décisions politiques les plus puissantes du pays. C’est exactement ce qui est en train de se jouer actuellement sur les côtes Est des États-Unis, où l’avenir de l’éolien offshore vient de connaître un spectaculaire retournement de situation.

En l’espace de quelques jours seulement, trois projets majeurs d’énergie éolienne marine ont obtenu gain de cause devant les tribunaux fédéraux, brisant ainsi la vague de suspensions décrétée par l’administration actuelle. Une série de décisions qui redessine les contours de la transition énergétique américaine.

Une semaine historique pour l’éolien en mer américain

Ce qui semblait être un coup d’arrêt brutal pour toute une filière industrielle s’est transformé en une succession de revers pour le pouvoir exécutif. Les juges fédéraux, les uns après les autres, ont considéré que les mesures de suspension manquaient de fondement suffisant et relevaient davantage d’une décision arbitraire que d’une analyse raisonnée.

Le projet Coastal Virginia obtient son feu vert

Vendredi, c’est le projet Coastal Virginia Offshore Wind qui a obtenu la décision la plus récente et sans doute la plus symbolique. Un juge fédéral de Virginie a autorisé la reprise immédiate des travaux, en attendant l’examen plus approfondi de l’affaire sur le fond.

Le promoteur de ce chantier ambitieux a immédiatement réagi en affirmant que ses équipes allaient désormais se concentrer sur le redémarrage des opérations. L’objectif affiché reste le même : commencer à produire une énergie propre et essentielle pour des centaines de milliers de foyers dans un délai très court.

Ce projet représente un investissement colossal. Pas moins de 11,2 milliards de dollars sont prévus au total, dont déjà 8,2 milliards ont été engagés depuis le lancement des travaux en 2024. Il s’agit de déployer 176 éoliennes en mer capables, une fois le parc achevé, d’alimenter environ 660 000 foyers américains.

« Notre équipe va maintenant se concentrer sur le redémarrage du travail pour s’assurer que le champ commence à fournir une énergie essentielle dans quelques semaines seulement. »

Cette citation illustre parfaitement l’état d’esprit actuel des acteurs de la filière : malgré les obstacles politiques, l’élan industriel est bien présent et la détermination intacte.

Empire Wind : l’espoir renaît pour New York

La veille, c’est un autre dossier stratégique qui avait obtenu gain de cause. Le projet Empire Wind, porté par un acteur norvégien de premier plan, a vu sa suspension levée par un juge fédéral basé à Washington.

Particularité de ce parc : il sera le premier à fournir directement de l’électricité à la mégapole new-yorkaise. Une première historique qui permettra d’alimenter environ 500 000 foyers de la ville la plus peuplée des États-Unis.

L’achèvement complet du projet est prévu pour fin 2027. Cette échéance reste maintenue malgré les mois de blocage, signe que les retards accumulés pourront être en grande partie rattrapés.

Revolution Wind ouvre la voie dès lundi

La série de décisions favorables avait en réalité commencé dès le lundi précédent. Un autre juge fédéral, toujours à Washington, avait déjà annulé la suspension frappant le projet Revolution Wind.

Porté par un géant danois du secteur, ce parc éolien en mer doit alimenter plus de 350 000 foyers situés dans deux États voisins : le Rhode Island et le Connecticut. Cette décision a constitué le premier signal fort que les tribunaux n’entendaient pas laisser passer des mesures jugées excessives.

Les arguments du pouvoir exécutif jugés insuffisants

Pour justifier ces suspensions brutales décidées fin décembre, l’administration avait invoqué des « risques pour la sécurité nationale » et mentionné l’existence de rapports confidentiels. Aucune précision supplémentaire n’avait été fournie.

Cette argumentation très générale n’a pas convaincu les magistrats. Les termes « arbitraire et capricieux » reviennent dans plusieurs décisions pour qualifier les mesures prises par le gouvernement. Les juges ont notamment relevé l’absence de base rationnelle démontrée pour bloquer des projets déjà très avancés.

Un cinquième projet déjà très avancé échappe au couperet

Parmi les cinq grands programmes concernés par la vague de suspensions, l’un d’eux se trouvait déjà dans une situation très particulière : Vineyard Wind, situé au large des célèbres îles de Martha’s Vineyard et Nantucket, était achevé à 95 % et déjà opérationnel.

Ce projet fait figure de pionnier de l’éolien offshore commercial à grande échelle sur la côte Est américaine. Son état d’avancement très poussé explique sans doute pourquoi il n’a pas subi le même sort que les autres chantiers encore en construction.

Deux projets toujours dans l’attente

Malgré ces trois victoires judiciaires rapides, deux dossiers importants restent pour l’instant dans l’incertitude. Le projet Sunrise Wind, également porté par l’opérateur danois, est prévu pour alimenter 600 000 foyers dès 2027 au large de Long Island.

Ce parc représente l’un des plus grands projets en cours de développement sur la côte Est. Son sort reste suspendu à l’issue des procédures judiciaires en cours.

Un contexte politique très clivant

Le président américain n’a jamais caché son hostilité viscérale envers les éoliennes, qu’il considère comme des structures disgracieuses et inutiles. Il les a qualifiées à de multiples reprises de « désastre économique et environnemental ».

Cette position tranchée contraste fortement avec les conclusions de nombreuses études indépendantes. Celles-ci montrent que, en moyenne, l’électricité produite par le vent coûte aujourd’hui moins cher que celle issue du charbon, même sans prendre en compte les aides publiques.

Ce paradoxe entre discours politique et réalités économiques constitue l’un des éléments centraux du débat actuel autour de l’avenir énergétique des États-Unis.

Des investissements massifs déjà engagés

Les sommes en jeu sont considérables. Des milliards de dollars ont déjà été investis dans la chaîne d’approvisionnement, les navires spécialisés, les fondations, les câbles sous-marins et les turbines elles-mêmes.

Stopper ou retarder fortement ces projets aurait des conséquences économiques importantes : licenciements potentiels, pertes pour les fournisseurs, dévalorisation d’actifs déjà construits, et renchérissement global du coût de l’énergie pour les consommateurs.

L’éolien offshore américain à la croisée des chemins

La filière américaine de l’éolien en mer se trouve aujourd’hui à un moment charnière de son développement. Après des années de lente maturation et de nombreux obstacles réglementaires, administratifs et judiciaires, elle semblait enfin prête à passer à la vitesse supérieure.

Les trois décisions judiciaires récentes constituent un signal extrêmement positif pour les investisseurs et les industriels du secteur. Elles montrent que l’État de droit reste une réalité aux États-Unis, même face à des décisions politiques très fortes.

Mais la bataille est loin d’être terminée. Les procédures sur le fond doivent encore se dérouler, et l’administration conserve plusieurs leviers d’action pour ralentir ou compliquer les projets.

Quelles perspectives pour la transition énergétique ?

Au-delà des enjeux industriels et financiers, c’est bien l’avenir du mix énergétique américain qui se joue en partie sur ces côtes atlantiques. L’éolien offshore représente l’une des sources d’énergie renouvelable les plus prometteuses pour décarboner rapidement les États les plus densément peuplés de la côte Est.

Les capacités de production potentielles sont considérables. Si tous les projets actuellement en développement venaient à aboutir, plusieurs millions de foyers pourraient être alimentés par une énergie propre, locale et prévisible sur le long terme.

Cette perspective contraste avec la volonté affichée de maintenir ou même de relancer la production de combustibles fossiles. Le bras de fer entre ces deux visions de l’avenir énergétique américain est donc loin d’être terminé.

Un symbole plus large de la lutte climatique

Ces affrontements judiciaires autour de l’éolien offshore dépassent largement le cadre technique ou économique. Ils incarnent une forme de lutte symbolique entre deux conceptions du progrès et de l’avenir.

D’un côté, une vision qui mise sur la technologie, l’innovation et la décarbonation rapide. De l’autre, une approche plus conservatrice qui privilégie les énergies traditionnelles et considère les infrastructures renouvelables comme une menace pour le paysage et l’économie.

Les prochaines semaines et les prochains mois seront déterminants pour savoir quelle vision l’emportera dans les faits, au-delà des discours et des promesses électorales.

Une chose est sûre : l’éolien offshore américain n’a pas dit son dernier mot. Malgré les vents contraires – politiques cette fois – il continue de tourner, lentement mais sûrement, vers un avenir plus vert.

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