Une crise alimentaire qui s’aggrave sous le poids des violences et des coupes budgétaires
La région traverse une période particulièrement sombre sur le plan alimentaire. Les violences persistantes, combinées à un net recul des financements humanitaires, créent un cocktail explosif qui pousse des populations entières vers des niveaux critiques de faim. Les experts soulignent que cette détérioration n’est pas principalement liée aux aléas climatiques cette année, mais bien aux conflits armés et à l’insécurité qui règnent dans plusieurs zones.
Les chiffres sont éloquents et glaçants. Entre juin et août 2026, ce sont 55 millions de personnes qui se retrouveront confrontées à une insécurité alimentaire grave, classée dans les phases les plus alarmantes : crise, urgence et catastrophe. Ces classifications, utilisées internationalement, indiquent des situations où la malnutrition aiguë menace directement la survie des individus.
L’explosion des cas d’urgence alimentaire depuis 2020
Depuis plusieurs années, la tendance est à la hausse préoccupante. Le nombre de personnes en phase d’urgence a doublé depuis 2020, pour atteindre aujourd’hui trois millions d’individus. Cette augmentation reflète une dégradation continue des conditions de vie dans les zones les plus touchées par les violences.
Parmi les cas les plus extrêmes, certaines localités enregistrent des situations de catastrophe alimentaire, le niveau le plus grave. C’est le cas dans des zones précises de l’État de Borno, au nord-est du Nigeria, où environ 15 000 personnes se trouvent au bord de la famine. Pour la première fois en une décennie, ce seuil catastrophique est franchi à nouveau, signifiant que des vies sont directement menacées.
Cela signifie que des gens meurent, que des gens souffrent de la faim.
Cette déclaration illustre la gravité absolue de la situation sur le terrain. Les populations concernées vivent dans un état de vulnérabilité extrême, où chaque jour devient un combat pour la survie.
L’État de Borno : un épicentre de la crise depuis plus de quinze ans
L’État de Borno reste au cœur de cette tragédie. Depuis 2009, une insurrection jihadiste y sévit sans relâche, provoquant plus de 40 000 décès et forçant environ deux millions de personnes à fuir leurs foyers. Ce conflit ne se limite pas aux frontières nigérianes ; il s’est propagé vers les pays voisins, aggravant l’instabilité régionale.
Les déplacements massifs de populations perturbent les systèmes agricoles traditionnels. Les champs sont abandonnés, les marchés locaux perturbés, et l’accès à la nourriture devient de plus en plus aléatoire. Les communautés déplacées dépendent largement de l’aide extérieure, mais celle-ci se raréfie dangereusement.
Les violences comme principal moteur de la faim
Contrairement à d’autres crises alimentaires liées à la sécheresse ou aux inondations, la situation actuelle en Afrique de l’Ouest et centrale est largement attribuable à la violence. La saison des pluies récente s’est révélée relativement favorable aux cultures, mais cela n’a pas suffi à compenser les impacts des conflits armés.
Les attaques régulières empêchent les agriculteurs de cultiver leurs terres en sécurité. Les routes sont bloquées, les convois humanitaires attaqués, et les communautés isolées. Ce climat d’insécurité permanente crée un cercle vicieux : moins de production locale, plus de dépendance à l’aide, et quand celle-ci diminue, la faim s’installe durablement.
Les experts insistent sur ce point : les vulnérabilités observées aujourd’hui découlent directement de la violence, et non des conditions météorologiques exceptionnelles. Cette précision est cruciale pour comprendre les racines profondes de la crise.
Le rôle dramatique des réductions d’aide humanitaire
La crise s’amplifie encore avec la chute brutale des financements internationaux. Plusieurs grands donateurs ont réduit leurs contributions, créant un vide humanitaire dans de nombreuses zones. Les organisations sur le terrain doivent faire des choix douloureux, en priorisant les cas les plus urgents au détriment d’autres populations vulnérables.
Au Nigeria, par exemple, l’aide alimentaire mensuelle a chuté de manière spectaculaire. Alors qu’environ 1,3 million de personnes bénéficiaient d’assistance en 2025, ce chiffre pourrait tomber à seulement 72 000 personnes dans les mois prochains. Cette réduction drastique laisse des centaines de milliers d’enfants et de familles sans filet de sécurité.
Des coupes similaires menacent d’autres pays de la région. Au Cameroun, jusqu’à 500 000 personnes risquent de perdre leur soutien alimentaire. Ces décisions, imposées par le manque de fonds, accélèrent la détérioration des indicateurs nutritionnels au sein des ménages.
Les conséquences sur les populations les plus fragiles
Les enfants paient le prix le plus lourd. La malnutrition aiguë touche particulièrement les plus jeunes, avec des risques irréversibles sur leur développement physique et cognitif. Les femmes enceintes et allaitantes sont également en première ligne, confrontées à des carences qui compromettent leur santé et celle de leurs bébés.
Dans les zones de conflit, les familles déplacées vivent souvent dans des camps surpeuplés, où l’accès à l’eau potable, aux soins médicaux et à une alimentation diversifiée reste limité. La faim chronique affaiblit les défenses immunitaires, augmentant la vulnérabilité aux maladies infectieuses.
À long terme, cette crise alimentaire menace la stabilité sociale et économique de toute la région. Des populations affamées sont plus susceptibles de migrer massivement, exacerbant les tensions dans les zones d’accueil déjà fragiles.
Les besoins financiers colossaux pour inverser la tendance
Pour maintenir des programmes vitaux dans les six prochains mois, les organisations humanitaires estiment avoir besoin de 453 millions de dollars. Sans ce financement urgent, la baisse des rations alimentaires et des distributions va s’accélérer, avec des conséquences immédiates sur la santé des populations.
Les indicateurs de consommation alimentaire des ménages risquent de se dégrader très rapidement en l’absence de soutien. Cela signifie moins de repas par jour, des portions réduites, et un recours accru à des stratégies de survie destructrices, comme la vente d’actifs ou le travail des enfants.
La communauté internationale est appelée à réagir vite. Les donateurs doivent comprendre que chaque dollar investi aujourd’hui peut prévenir des milliers de décès et stabiliser des communautés entières.
Vers une réponse plus coordonnée et durable ?
Face à cette urgence, il devient impératif de combiner aide immédiate et solutions à plus long terme. Renforcer la résilience des communautés passe par la sécurisation des zones agricoles, la reconstruction des marchés locaux et le soutien aux agriculteurs pour qu’ils puissent reprendre leurs activités.
Les efforts diplomatiques pour apaiser les conflits sont tout aussi cruciaux. Sans une réduction significative des violences, les gains obtenus par l’aide humanitaire risquent d’être balayés rapidement.
La situation en Afrique de l’Ouest et centrale nous rappelle cruellement que la faim n’est pas seulement une question de ressources naturelles : elle est souvent le résultat direct de choix politiques, de conflits prolongés et de priorités budgétaires internationales. Agir maintenant, c’est empêcher que des millions de vies ne basculent dans l’irréparable.
La crise alimentaire dans cette région ne date pas d’aujourd’hui, mais elle atteint aujourd’hui des niveaux qui exigent une mobilisation exceptionnelle. Chaque jour compte pour éviter le pire, et les alertes lancées doivent servir d’électrochoc pour relancer les financements et les actions concrètes sur le terrain.
En attendant, des familles continuent de compter les jours avant le prochain repas, espérant que le monde n’oubliera pas leur détresse silencieuse au milieu des conflits oubliés.









