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Hérat : L’Hôpital du Dernier Espoir pour Enfants Malnutris

Dans une salle d'hôpital à Hérat, Najiba veille sur son bébé Artiya, luttant contre la malnutrition. Près de 4 millions d'enfants afghans risquent de mourir cette année. Mais que se passe-t-il vraiment derrière ces murs ?
Dans une salle d’hôpital à Hérat, une jeune mère de 24 ans veille jour et nuit sur son bébé fragile, les yeux rivés sur ce petit être qui lutte pour survivre. Najiba, comme tant d’autres femmes afghanes, affronte une réalité déchirante : son enfant, Artiya, fait partie des millions menacés par la malnutrition aiguë dans un pays où la faim s’installe durablement. Cette histoire n’est pas isolée ; elle reflète une crise humanitaire qui s’aggrave, avec près de quatre millions d’enfants afghans risquant de mourir faute de soins et de nourriture adéquate cette année.

Hérat, l’hôpital où l’espoir vacille mais persiste

Dans l’ouest de l’Afghanistan, l’hôpital régional de Hérat est devenu un refuge ultime pour de nombreuses familles. Soutenu par des équipes médicales internationales, cet établissement accueille en urgence des enfants dans un état critique. Les salles sont remplies de lits où reposent des nourrissons émaciés, entourés de leurs mères épuisées. Sur les murs, des dessins joyeux de ballons et de fleurs contrastent avec la gravité des lieux, offrant un mince réconfort dans cet environnement médical austère.

Les mères arrivent souvent après des voyages épuisants, parfois depuis des provinces éloignées, ayant épuisé toutes leurs ressources. Elles ont vu leur enfant dépérir progressivement, sans pouvoir intervenir efficacement. Le centre nutritionnel thérapeutique, géré avec l’appui d’une ONG médicale, propose des traitements spécialisés : nourriture riche en calories, surveillance médicale intensive et accompagnement psychologique pour les parents.

Le témoignage poignant de Najiba

Najiba raconte comment tout a basculé. À la naissance d’Artiya, tout semblait normal : le bébé prenait du poids, dormait paisiblement. Mais une pneumonie a tout changé. Suivie d’une malformation cardiaque diagnostiquée, la santé du nourrisson s’est dégradée rapidement. Le couple, modeste commerçant d’articles électriques, a multiplié les consultations, dépensant leurs économies sans résultats durables.

La jeune mère explique avoir sacrifié son propre repos et sa nutrition pour tenter de maintenir l’allaitement. Mais le stress, la fatigue et la malnutrition personnelle ont tari son lait. « Je n’ai pas pu me reposer ni bien manger et je n’ai plus eu assez de lait maternel pour nourrir mon enfant », confie-t-elle avec émotion. Aujourd’hui, Artiya, âgé de sept mois, reprend lentement du poids grâce aux soins, mais une opération cardiaque coûteuse reste indispensable.

« Personne ne peut imaginer ce que je traverse »

Ce cri du cœur résume le désespoir de nombreuses mères dans cette unité. Elles se sentent impuissantes face à une situation qui dépasse leurs moyens.

Une hausse alarmante des cas de malnutrition

Les chiffres sont éloquents et terrifiants. En 2025, le pays a connu la plus forte augmentation de la malnutrition infantile depuis le début du siècle. Cette tendance se confirme en 2026, avec près de quatre millions d’enfants nécessitant un traitement urgent. Sans intervention rapide, beaucoup ne survivront pas.

Dans l’unité de Hérat, les admissions sont stables et élevées : entre 315 et 320 enfants malnutris par mois en moyenne ces dernières années. Cette augmentation constante sur cinq ans reflète une crise structurelle profonde. Les soignants observent des arrivées tardives, souvent trop tard pour certains petits patients venus de loin.

Les facteurs aggravants sont multiples : réduction de l’aide internationale depuis 2021, sécheresses récurrentes, retours massifs de réfugiés d’Iran et du Pakistan – environ cinq millions de personnes – qui pèsent sur les ressources limitées. Les familles modestes, déjà vulnérables, voient leurs moyens s’effondrer davantage.

Les mères au cœur du sacrifice

De nombreuses femmes afghanes se privent pour nourrir leurs enfants. Elles réduisent leurs repas, sacrifient leur santé pour tenter de maintenir une production de lait suffisante. Mais quand la malnutrition touche la mère, elle se transmet inévitablement à l’enfant. Les infirmières soulignent l’importance de l’allaitement exclusif et d’une bonne hydratation, souvent compromise par le travail épuisant ou le manque d’eau potable.

Dans l’unité, les équipes conseillent les mères sur les techniques d’allaitement, l’alimentation complémentaire et la gestion du stress. Certaines patientes sont des femmes seules, employées comme femmes de ménage ou dans l’agriculture, qui perdent le rythme des tétées. Le soutien psychologique aide à briser l’isolement et la culpabilité qui les rongent.

« Nous recevons des patients dans des états désespérés. Mais je suis fière car nous arrivons à sauver des vies. »

Une infirmière coordinatrice de 25 ans

Cette fierté professionnelle contraste avec la lourdeur des cas quotidiens. Les soignants voient défiler des histoires similaires : enfants affaiblis par des maladies associées, familles endettées, espoirs fragiles.

Le cas de Jamila et les craintes pour l’avenir

Jamila, 25 ans, enveloppée dans un tchador fleuri, incarne une autre facette de cette crise. Son mari travaille en Iran pour subvenir aux besoins familiaux, faute d’emploi à Hérat. Sa fillette de huit mois, atteinte de trisomie 21, reçoit des soins dans l’unité. Le traitement apporte un soulagement temporaire, mais l’avenir inquiète profondément.

« Si mon mari est renvoyé d’Iran, nous mourrons de faim », avoue-t-elle. Cette dépendance aux revenus extérieurs rend les familles extrêmement vulnérables aux expulsions et aux restrictions migratoires. La perspective d’un retour forcé amplifie la peur de la faim.

Les besoins financiers colossaux non couverts

Pour répondre à cette urgence, les organisations humanitaires lancent des appels massifs. Au premier semestre 2026, il faudrait 390 millions de dollars pour nourrir six millions de personnes en Afghanistan. Malheureusement, ces fonds manquent cruellement. Une partie des promesses internationales post-2021 n’ont pas été tenues, laissant des femmes et des enfants dans une situation dramatique.

Les conséquences sont visibles : des enfants meurent dans les bras de leurs mères, faute de nourriture thérapeutique ou de soins adaptés. La malnutrition aiguë sévère, si elle n’est pas traitée rapidement, entraîne des complications irréversibles, voire fatales.

Les racines profondes de la crise

Depuis le retour au pouvoir des talibans en 2021, l’Afghanistan traverse une période de bouleversements majeurs. La suspension ou la réduction drastique de l’aide internationale a plongé des millions de familles dans la précarité. Ajoutez à cela les effets du changement climatique : sécheresses prolongées qui détruisent les récoltes et le bétail.

Les retours forcés de migrants aggravent la pression démographique sur des régions déjà saturées. L’emploi rare, surtout pour les femmes limitées dans leurs activités, empêche de nombreuses familles de s’assurer un minimum vital. Dans ce contexte, la malnutrition devient une conséquence inévitable pour les plus vulnérables : les enfants de moins de cinq ans.

Les experts soulignent que la malnutrition infantile n’est pas seulement un problème de quantité alimentaire, mais aussi de qualité. Le manque de diversité nutritionnelle, combiné à des infections récurrentes, amplifie les dégâts. Les programmes de prévention, comme la promotion de l’allaitement et l’éducation sanitaire, sont essentiels mais insuffisants face à l’ampleur de la pauvreté.

L’engagement des équipes médicales sur place

Malgré les défis, les professionnels de santé à Hérat font preuve d’un dévouement remarquable. Infirmières, médecins et coordinateurs travaillent sans relâche pour stabiliser les enfants, les réalimenter progressivement et soutenir les mères. Ils distribuent des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, surveillent les signes vitaux et traitent les comorbidités comme les infections respiratoires ou digestives.

Leur objectif : non seulement sauver des vies immédiates, mais aussi transmettre des connaissances pour prévenir les rechutes une fois rentrées à domicile. Des sessions d’éducation sur l’hygiène, l’allaitement et la diversification alimentaire sont organisées quotidiennement.

Ces efforts portent leurs fruits : de nombreux enfants reprennent du poids et rentrent chez eux plus forts. Mais le système reste fragile, dépendant de financements extérieurs et de la stabilité relative de la région.

Vers un avenir incertain pour les enfants afghans

La crise de la malnutrition en Afghanistan n’est pas près de s’estomper sans une mobilisation internationale massive. Les projections pour 2026 indiquent une poursuite de la hausse, avec des millions d’enfants toujours exposés. Les histoires comme celles de Najiba et Jamila rappellent que derrière les statistiques se cachent des drames humains intenses.

Chaque enfant sauvé représente une victoire, mais combien d’autres attendent encore un lit dans cet hôpital du dernier espoir ? La communauté internationale doit honorer ses engagements pour briser ce cycle vicieux de faim et de maladie. Sans action concertée, le prix à payer sera mesuré en vies perdues trop tôt.

En attendant, à Hérat, les mères continuent de veiller, les soignants de lutter, et les enfants de se battre pour un avenir qu’ils méritent. Cette réalité afghane, loin des regards, mérite toute notre attention et notre solidarité.

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