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Groenland : L’OTAN Face au Silence de son Chef sur Trump

Donald Trump veut annexer le Groenland et l'OTAN tremble. Mark Rutte choisit le silence total pour ne pas froisser Washington. Mais jusqu'où tiendra cette stratégie avant l'explosion ? La Première ministre danoise parle déjà de la "fin de tout"…

Imaginez un instant : un immense territoire glacé, perdu au sommet du monde, devient soudain l’épicentre d’une crise capable de faire vaciller l’Alliance la plus puissante de la planète. Le Groenland, cette île immense sous souveraineté danoise, se retrouve au cœur d’un bras de fer inédit entre les États-Unis et le Danemark, deux alliés historiques de l’OTAN. Et au milieu de ce cyclone diplomatique, le secrétaire général de l’organisation, Mark Rutte, choisit… le silence.

Ce mutisme apparent n’est pas anodin. Il révèle à quel point la situation est explosive. Depuis que Donald Trump a réaffirmé son intérêt pour une annexion ou un contrôle renforcé du Groenland, les capitales européennes retiennent leur souffle. Car derrière les déclarations parfois provocatrices se cache une menace réelle pour la cohésion de l’OTAN, 77 ans après sa fondation.

Un silence stratégique qui interroge

Mark Rutte n’est pas homme à parler pour ne rien dire. Ancien Premier ministre néerlandais, il a été désigné en 2024 précisément parce qu’il était perçu comme capable de dialoguer avec Donald Trump. Leur relation de confiance, patiemment construite, est aujourd’hui son principal atout… et son plus lourd fardeau.

Lors d’un récent débat avec des eurodéputés à Bruxelles, l’ancienne ministre danoise et actuelle eurodéputée Stine Bosse l’a interpellé directement : « Les habitants du Groenland sont terrifiés. S’il vous plaît, donnez-nous une indication de ce que cette alliance peut faire si deux pays en son sein ne peuvent tomber d’accord. »

« En tant que secrétaire général, c’est très clair, je ne fais jamais aucun commentaire lorsqu’il y a des discussions au sein de l’Alliance. On travaille en coulisses. »

Mark Rutte

Cette réponse laconique en a surpris plus d’un. Elle traduit pourtant une ligne rouge que Rutte refuse de franchir publiquement : ne jamais exposer les divisions internes de l’OTAN, surtout quand l’un des protagonistes est le pays qui fournit la plus grande partie de ses capacités militaires.

Pourquoi le Groenland fascine Washington

Le Groenland n’est pas seulement un bout de glace au milieu de nulle part. Sa position stratégique est unique. Situé entre l’Amérique du Nord et l’Europe, il domine l’Atlantique Nord et surveille l’accès à l’Arctique. Avec le réchauffement climatique, les routes maritimes du Grand Nord s’ouvrent progressivement, et les ressources minières enfouies sous la calotte glaciaire deviennent accessibles.

Pour les États-Unis, contrôler ou du moins sécuriser fortement cette zone revient à verrouiller leur flanc nord. Donald Trump l’avait déjà exprimé lors de son premier mandat. Aujourd’hui, il réitère ses ambitions avec encore plus de force, affirmant que le Groenland est indispensable à la sécurité nationale américaine.

Côté danois, la réponse est sans appel : le Groenland n’est pas à vendre. La Première ministre Mette Frederiksen a été très claire début janvier : une action unilatérale américaine serait « la fin de tout », et en particulier la fin de l’OTAN telle que nous la connaissons.

La stratégie Rutte : convaincre sans confronter

Face à ce mur, Mark Rutte adopte une posture très particulière. Plutôt que de condamner ou de minimiser les déclarations de Trump, il préfère insister sur les points d’accord existants au sein de l’Alliance.

Il répète à l’envi que tous les membres de l’OTAN sont conscients de l’importance stratégique de l’Arctique et travaillent déjà ensemble pour le protéger. Selon lui, il n’est pas nécessaire d’envisager une annexion pour garantir la sécurité des États-Unis dans cette région.

« Nous sommes tous d’accord au sein de l’OTAN, sur le fait que, pour protéger l’Arctique, nous devons travailler ensemble, et c’est exactement ce que nous faisons. »

Mark Rutte

Cette rhétorique vise un objectif clair : déminer le sujet en montrant que des solutions multilatérales existent déjà. Rutte mise sur la raison plutôt que sur la confrontation directe.

Que se passe-t-il réellement en coulisses ?

Plusieurs experts et anciens responsables de l’OTAN estiment que Rutte est déjà très actif, mais en mode discret. Jamie Shea, chercheur au sein d’un think tank britannique renommé, explique que le secrétaire général doit jouer les « bons offices » : agir rapidement mais sans faire de vagues médiatiques.

Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l’Alliance, va plus loin. Selon lui, Rutte possède la légitimité nécessaire pour proposer des solutions concrètes : « On va trouver une solution, je comprends bien l’inquiétude américaine sur cette région, et nous à l’OTAN on a des propositions. »

Cette approche de médiateur discret pourrait porter ses fruits… à condition que Donald Trump accepte de discuter. Car pour l’instant, le président américain campe sur ses positions.

Des initiatives militaires déjà lancées

Pendant que les diplomates dialoguent, les militaires bougent. Cette semaine, des soldats provenant de plusieurs pays européens sont arrivés au Groenland. Leur mission officielle : évaluer les conditions d’un éventuel futur déploiement dans le cadre de l’OTAN.

Parallèlement, l’Alliance réfléchit à créer une nouvelle mission en Arctique, inspirée de ce qui existe déjà en mer Baltique pour contrer les actions russes. L’idée est de renforcer la présence alliée de manière visible sans pour autant provoquer une escalade.

Ces mouvements sur le terrain montrent que l’OTAN ne reste pas les bras croisés. Même si Mark Rutte refuse de commenter publiquement, les préparatifs avancent.

La dernière cartouche de Rutte

Mais que se passera-t-il si toutes ces discussions en coulisses échouent ? Plusieurs diplomates estiment que Rutte garde une carte maîtresse : utiliser le capital de confiance qu’il a accumulé auprès de Donald Trump pour lui dire clairement « là, ça n’est pas possible ».

Cette « silver bullet », comme l’appellent certains, est extrêmement précieuse. Elle ne peut être utilisée qu’une seule fois. Plusieurs sources confient que Rutte envisageait de la sortir pour le dossier ukrainien. Finalement, c’est peut-être sur le Groenland qu’il devra la jouer.

Le risque est immense : s’il échoue, il perdra définitivement son influence sur Trump. Et l’OTAN se retrouvera alors face à une crise existentielle sans personne capable de parler aux deux camps.

Davos comme possible tournant

Le Forum économique mondial de Davos, qui se tient la semaine prochaine en Suisse, pourrait constituer un moment clé. Donald Trump est attendu. Mark Rutte pourrait également y participer. Ce type de rendez-vous informel, loin des caméras, est souvent propice aux discussions franches.

Beaucoup espèrent qu’une rencontre discrète permettra de débloquer la situation. Mais personne n’ose parier sur l’issue. Trop d’intérêts contradictoires sont en jeu.

Une alliance à l’épreuve du réel

L’affaire Groenland dépasse largement le sort d’une île arctique. Elle pose la question fondamentale de la viabilité de l’OTAN dans un monde où les grandes puissances sont prêtes à remettre en cause les règles établies, même entre alliés.

Mark Rutte marche sur un fil. Trop de fermeté et il perd Trump. Trop de faiblesse et il perd la crédibilité de l’Alliance aux yeux des Européens. Son silence actuel n’est donc pas de la lâcheté, mais un calcul risqué.

Jusqu’à présent, cette stratégie lui a permis de gagner du temps. Mais le temps joue-t-il encore en sa faveur ? Les habitants du Groenland, les Danois, et tous ceux qui croient encore en une Alliance atlantique unie attendent une réponse. Une vraie.

Car si l’OTAN ne parvient pas à gérer une crise entre deux de ses membres fondateurs, que reste-t-il de sa capacité à dissuader des adversaires bien plus menaçants ? La question est posée. Et pour l’instant, elle reste sans réponse claire.

Dans les couloirs de Bruxelles, on murmure que les prochaines semaines seront décisives. L’histoire retiendra peut-être que c’est sur un iceberg danois que l’Alliance atlantique a failli se briser… ou qu’elle a su, une fois de plus, surmonter ses divisions internes.

Pour le savoir, il faudra attendre. Et observer. Très attentivement.

À retenir :

  • Le Groenland est au cœur d’une grave tension entre États-Unis et Danemark
  • Mark Rutte refuse tout commentaire public pour préserver l’unité de l’OTAN
  • Des initiatives militaires européennes sont déjà en cours sur place
  • La confiance Rutte-Trump pourrait être la clé… ou la dernière cartouche
  • Davos pourrait être le moment du dénouement

La suite appartient désormais aux acteurs de l’ombre. Et au silence, qui pour l’instant, parle plus fort que n’importe quelle déclaration.

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