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Colombie : Guérillas unies face à la menace américaine

Le commandant de l'ELN annonce soutenir une union des guérillas colombiennes pour faire face à une possible offensive militaire américaine. Derrière ces déclarations, un contexte explosif mêlant narcotrafic, chute de Maduro et…

Imaginez un pays où des groupes armés historiques, nés il y a plus d’un demi-siècle dans les luttes idéologiques, se préparent aujourd’hui à affronter la première puissance mondiale. En ce début d’année 2026, la Colombie se retrouve au cœur d’une nouvelle tempête géopolitique. Des déclarations fortes viennent de secouer la région andine.

Le chef historique de l’ELN a clairement exprimé son soutien à une initiative d’union entre différentes guérillas colombiennes. L’objectif affiché est sans ambiguïté : faire front commun contre toute tentative d’intervention militaire directe menée par les États-Unis sur le sol colombien.

Une union contre « l’agresseur étranger »

Dans un échange direct avec une agence de presse internationale, Antonio Garcia, commandant de l’Armée de libération nationale (ELN), a employé des termes très forts. Selon lui, si l’initiative vise réellement à « défendre la Patrie contre l’agresseur étranger », son organisation sera présente sur le terrain.

Cette prise de position intervient seulement quelques jours après une proposition similaire émanant d’Ivan Mordisco. Ce dernier dirige la principale dissidence des anciennes FARC et figure parmi les hommes les plus recherchés du pays. Il avait appelé à un sommet des principaux chefs guérilleros pour élaborer une réponse coordonnée face à Washington.

Contexte régional très tendu

La situation s’est considérablement dégradée depuis le début du mois de janvier. L’arrestation spectaculaire du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines a provoqué une onde de choc dans toute la région. Caracas et Bogotá partagent une frontière de plus de 2 200 kilomètres, extrêmement poreuse.

Cette zone frontalière constitue depuis des décennies un espace de non-droit où se croisent trafiquants de drogue, mineurs illégaux et contrebandiers en tous genres. Plusieurs groupes armés y mènent une guerre sans merci pour le contrôle des routes et des ressources.

« Nous nous retrouverons dans la lutte »

Antonio Garcia, commandant de l’ELN

Les experts régionaux soulignent que l’ELN entretenait des relations très étroites avec le pouvoir vénézuélien avant les événements de janvier. La chute brutale de Maduro aurait donc potentiellement fragilisé les arrières de plusieurs organisations armées colombiennes.

Les menaces répétées de Donald Trump

Fin décembre dernier, l’ancien et futur président américain avait prononcé des paroles qui ont résonné jusqu’à Bogotá. Il avait clairement indiqué que certains pays producteurs de cocaïne pourraient devenir des cibles militaires, citant nommément la Colombie comme principal producteur mondial.

Ces déclarations n’étaient pas les premières. Depuis plusieurs mois, le discours américain s’est durci considérablement sur la question du narcotrafic en provenance d’Amérique latine. L’ELN et la dissidence d’Ivan Mordisco dénoncent publiquement ce qu’ils présentent comme une volonté américaine de s’approprier les ressources naturelles du pays.

Ensemble, ces deux formations représenteraient environ 9 400 combattants selon les estimations les plus récentes des forces armées colombiennes en 2025. Un chiffre qui, s’il est exact, donne une idée de la puissance de feu potentielle en cas de confrontation ouverte.

Du dialogue à la confrontation ?

Le président colombien Gustavo Petro avait fait de la « paix totale » l’un des axes majeurs de son mandat dès 2022. Des négociations avaient été ouvertes avec plusieurs groupes armés, dont l’ELN. Malheureusement, ces pourparlers ont connu de nombreux soubresauts.

En janvier 2025, une attaque particulièrement sanglante menée par l’ELN contre une faction rivale issue de l’ancienne guérilla des FARC avait fait plus d’une centaine de morts dans la région du Catatumbo. Cet événement avait conduit à la rupture définitive des discussions formelles.

Signes de désescalade diplomatique

Pourtant, malgré les déclarations guerrières des guérillas, les relations entre Bogotá et Washington semblent connaître un léger réchauffement ces derniers jours. Après des mois d’échanges très tendus, les présidents Petro et Trump ont eu leur premier véritable entretien téléphonique il y a une semaine.

Les deux dirigeants se sont mis d’accord pour « mener des actions conjointes » contre l’ELN et d’autres structures criminelles. Une rencontre en personne est même prévue début février aux États-Unis. Il s’agira du premier face-à-face entre les deux chefs d’État.

Cette rencontre devrait logiquement porter sur les stratégies militaires communes à mettre en œuvre contre les organisations impliquées dans le trafic de drogue. La Colombie reste en effet le premier producteur mondial de cocaïne, et les États-Unis demeurent le principal marché de consommation.

L’escalade militaire déjà en cours

Depuis septembre dernier, les forces américaines ont intensifié leurs opérations dans les Caraïbes et le Pacifique. Plusieurs navires soupçonnés de transporter de la drogue ont été coulés lors de bombardements ciblés. Ces actions ont causé la mort de plus d’une centaine de personnes.

Les autorités colombiennes estiment que les guérillas perçoivent désormais très clairement la menace d’actions létales directes contre leurs dirigeants. Le ministre de la Défense s’est récemment exprimé à Washington sur ce sujet, expliquant que la proposition d’union venait en partie de cette prise de conscience.

Le mystère de la localisation des chefs

Les services de renseignement colombiens soupçonnent depuis longtemps que plusieurs hauts responsables de l’ELN, dont potentiellement Antonio Garcia lui-même, utiliseraient le Venezuela comme base arrière et refuge. Cette hypothèse a été renforcée par la chute de Nicolás Maduro.

Certaines sources militaires affirment avoir observé un mouvement de repli de plusieurs commandants vers le territoire colombien après les événements de janvier. Des informations que dément formellement le commandant de l’ELN, qui insiste sur le fait que son organisation reste exclusivement centrée sur la Colombie.

« Il n’y a aucun exode » depuis le Venezuela

Antonio Garcia, commandant de l’ELN

Quel avenir pour la « paix totale » ?

Le projet de paix ambitieux porté par Gustavo Petro semble aujourd’hui plus fragile que jamais. Alors que le dialogue avec les différentes guérillas s’est arrêté, que les opérations militaires s’intensifient et que la rhétorique anti-américaine monte d’un cran chez les insurgés, la situation apparaît particulièrement volatile.

La rencontre prévue début février entre les présidents Petro et Trump constituera sans doute un moment décisif. Les deux dirigeants parviendront-ils à trouver un terrain d’entente suffisamment solide pour lancer une nouvelle phase de lutte coordonnée contre le narcotrafic ?

Ou bien les déclarations des chefs guérilleros annoncent-elles le début d’une nouvelle ère de confrontation ouverte sur le sol colombien ? Entre la volonté affichée de désescalade diplomatique et la réalité du terrain, la marge de manœuvre semble particulièrement étroite.

Dans ce contexte extrêmement tendu, les prochains jours et les prochaines semaines seront déterminants pour l’avenir de la Colombie, mais aussi pour l’ensemble de la région andine. Une chose est sûre : les regards du monde entier sont désormais tournés vers Bogotá, Caracas et Washington.

La suite des événements dira si les appels à l’union des guérillas resteront lettre morte ou s’ils marqueront le début d’un nouveau chapitre particulièrement sombre de l’histoire contemporaine colombienne.

Ce qui est certain, c’est que la combinaison explosive entre narcotrafic, géopolitique régionale et intérêts stratégiques internationaux continue de façonner le destin d’un pays qui rêve pourtant, depuis des décennies, de retrouver une paix durable.

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