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Gaza : Le Processus de Paix Entre en Phase Critique

Le processus de paix à Gaza vient d’entrer dans une phase décisive avec la mise en place d’un comité de gouvernance palestinien. Pourtant, désarmement du Hamas et retrait total des troupes israéliennes divisent encore profondément les parties. Jusqu’où ira cette fragile avancée ?

Alors que les ruines de Gaza fument encore chaque jour sous les tirs sporadiques, une nouvelle page semble s’ouvrir dans le long et douloureux chemin vers la paix. Mercredi, les États-Unis ont officialisé le passage à la deuxième phase d’un ambitieux plan de règlement du conflit. Pour beaucoup d’observateurs, c’est une lueur d’espoir fragile ; pour d’autres, une nouvelle occasion de constater à quel point les lignes rouges restent profondes et infranchissables.

Derrière l’annonce optimiste se cache une réalité beaucoup plus complexe : un cessez-le-feu qui vacille, des centaines de morts depuis son entrée en vigueur, des otages dont le sort continue de hanter les familles, et surtout deux questions centrales qui empoisonnent toute perspective d’accord durable : qui contrôlera réellement Gaza demain, et que deviendront les armes du Hamas ?

Une deuxième phase sous haute tension

La première étape du plan, lancée le 10 octobre dernier, reposait sur un cessez-le-feu censé permettre deux choses essentielles : l’acheminement massif d’aide humanitaire et la libération complète des otages capturés lors de l’attaque du 7 octobre 2023. Sur le papier, l’objectif des otages a été presque entièrement atteint.

Pourtant, une ombre persiste, celle de la dépouille d’un policier israélien, Ran Gvili. Sa famille a multiplié les appels à différer la suite du processus tant que son corps ne serait pas restitué. Malgré cela, Washington a décidé d’avancer, déclenchant immédiatement des réactions très contrastées des deux côtés.

Un cessez-le-feu sous surveillance permanente

Depuis le 10 octobre, la trêve est régulièrement mise à l’épreuve. Les chiffres sont éloquents : plus de 450 Palestiniens ont perdu la vie selon les autorités sanitaires locales, tandis que trois soldats israéliens ont été tués dans des incidents séparés. Chaque camp accuse l’autre de violations systématiques.

Du côté palestinien, on dénonce des frappes aériennes continues, des tirs sur des civils et surtout l’avancée progressive de ce que l’on nomme la « ligne jaune », cette démarcation mouvante qui repousse toujours un peu plus loin la zone théoriquement libérée de présence militaire israélienne.

« Nous constatons chaque jour que la situation humanitaire est catastrophique et que l’aide promise n’arrive pas à la hauteur des besoins. »

Un travailleur humanitaire basé à Gaza

Les organisations humanitaires présentes sur place décrivent des scènes quotidiennes de pénurie extrême : nourriture rare, eau potable presque inexistante dans de nombreux quartiers, médicaments épuisés, carburant introuvable. Les points de passage restent sous contrôle strict israélien, ce qui complique énormément la logistique.

La création d’un comité de gouvernance : avancée réelle ou écran de fumée ?

La deuxième phase marque un tournant politique majeur avec l’instauration d’un comité technocratique palestinien composé de quinze personnalités. Cet organe est censé administrer le territoire sous la supervision d’une structure plus large, le Conseil de la paix, présidé directement par l’ancien président américain Donald Trump.

Le nom du futur président du comité a été dévoilé : Ali Shaath, ancien haut responsable de l’Autorité palestinienne. Ce dernier a immédiatement tenu à préciser la philosophie qui guidera ses travaux :

« Nous voulons des cerveaux plutôt que des armes. Nous ne coordonnerons pas nos actions avec les groupes armés. »

Ali Shaath

Ces mots résonnent comme une volonté claire de rompre avec les logiques militaires qui ont prévalu ces dernières années. Pourtant, la réalité du terrain risque de compliquer très vite cette belle déclaration d’intention.

Le nœud gordien du désarmement

Le point le plus explosif concerne sans conteste le sort des armes du Hamas. Les Américains, par la voix de leur émissaire Steve Witkoff, exigent une démilitarisation complète de la bande de Gaza. Côté israélien, la position est encore plus tranchée : aucun compromis n’est envisageable tant que le mouvement islamiste conserve une capacité militaire significative.

Les dirigeants du Hamas ont multiplié les déclarations laissant entendre une certaine souplesse : remise partielle d’armes, gel temporaire de l’arsenal, stockage sous supervision internationale… Mais aucune de ces formules n’a jusqu’ici satisfait Tel-Aviv.

Pour les cadres du mouvement, toute discussion sur le désarmement doit s’inscrire dans un processus politique palestinien global. Sans perspective politique claire, ils considèrent que déposer les armes reviendrait à se rendre sans contrepartie tangible.

La question lancinante du retrait israélien

À l’inverse, du point de vue palestinien, la priorité absolue reste le retrait militaire total et définitif des forces israéliennes de l’ensemble du territoire. Le plan prévoit bien ce retrait… mais sans calendrier précis. Plusieurs responsables israéliens ont déjà fait savoir qu’ils jugeaient prématuré tout engagement ferme en l’absence d’avancées concrètes sur le désarmement.

Cette absence de calendrier constitue l’un des principaux points de blocage actuels. Sans visibilité sur la fin de la présence militaire, difficile d’imaginer une quelconque dynamique de confiance.

Vers une force internationale de stabilisation ?

Pour tenter de sortir de l’impasse sécuritaire, le plan américain propose la création d’une Force internationale de stabilisation (FIS). Cette force aurait pour double mission de sécuriser le territoire et d’accompagner la formation de nouvelles unités de police palestiniennes.

Si l’idée reçoit un certain soutien de plusieurs capitales européennes, les contours précis de cette force restent flous : qui la composera ? Sous quelle autorité sera-t-elle placée ? Quel sera son mandat exact ? Autant de questions qui devront trouver rapidement des réponses si l’on veut éviter que ce projet ne reste lettre morte.

Reconstruction : le chantier titanesque oublié

Derrière les grands titres diplomatiques, un autre drame se joue au quotidien : celui de la reconstruction. Après deux années de guerre d’une intensité exceptionnelle, la quasi-totalité des infrastructures civiles est gravement endommagée, quand elle n’a pas été totalement rasée.

Habitants, travailleurs humanitaires et même responsables du Hamas répètent le même constat amer : à ce jour, les moyens concrets pour lancer un véritable plan de reconstruction font cruellement défaut. Sans accès sécurisé, sans matériaux, sans financement massif et durable, le chantier reste pour l’instant hors de portée.

La communauté internationale devra donc, dans les prochains mois, répondre à une équation particulièrement difficile : comment financer et sécuriser la reconstruction tout en avançant parallèlement sur les dossiers les plus sensibles politiquement et militairement ?

Et maintenant ? Les prochains défis

Les médiateurs régionaux (Égypte, Qatar, Turquie notamment) se retrouvent donc face à une responsabilité écrasante : réussir là où tant d’autres initiatives ont échoué depuis des décennies. Ils devront convaincre les deux parties de dépasser leurs lignes rouges historiques.

Du côté palestinien, la priorité est claire : obtenir des garanties fermes sur le retrait israélien et sur l’avenir politique du territoire. Du côté israélien, la sécurité reste la condition sine qua non de tout progrès : démilitarisation effective et durable.

Entre ces deux exigences se trouve aujourd’hui le fragile comité technocratique fraîchement créé. Saura-t-il gagner la confiance des populations épuisées ? Pourra-t-il exister sans être perçu comme une simple façade par les forces les plus radicales des deux camps ?

Pour l’instant, personne ne peut répondre avec certitude. Mais une chose est sûre : les prochains mois seront déterminants. Soit cette deuxième phase permettra de poser les bases d’une stabilisation réelle, soit elle se transformera en énième parenthèse dans une tragédie qui dure depuis trop longtemps.

Dans les rues dévastées de Gaza, dans les familles endeuillées des deux côtés de la frontière, dans les chancelleries du monde entier, tout le monde retient son souffle.

Et pendant ce temps, les tirs continuent, sporadiques, presque routiniers. Comme un terrible rappel que la paix, même lorsqu’elle semble à portée de main, reste toujours plus fragile qu’on ne le voudrait.

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