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ONU : Guterres Dénonce la Fin de la Coopération Internationale

Alors que le monde s'enfonce dans des divisions géopolitiques profondes, le patron de l'ONU tire la sonnette d'alarme : certains cherchent activement à « sonner le glas » de la coopération internationale. Mais qui vise-t-il vraiment ?

Imaginez un instant : le dirigeant de l’organisation censée rassembler tous les peuples de la planète se tient devant l’assemblée la plus universelle qui soit et déclare, presque solennellement, que certains États semblent déterminés à mettre fin à la coopération internationale. Cette scène, qui pourrait sembler tirée d’un roman dystopique, s’est pourtant déroulée sous nos yeux en cette fin d’année.

Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a prononcé un discours d’une rare gravité devant l’Assemblée générale. À quelques semaines seulement de la fin de son second mandat, il a dressé un constat sans concession de l’état actuel du monde.

Un réquisitoire sans concession contre les forces qui déstabilisent le multilatéralisme

Le ton était donné dès les premières minutes. Le monde, selon le chef de l’ONU, se trouve aujourd’hui déchiré par des clivages géopolitiques qu’il qualifie de contre-productifs. Ces divisions profondes s’accompagnent, dans de nombreux cas, de violations particulièrement graves du droit international.

Mais Guterres n’a pas simplement constaté cette dégradation générale. Il est allé plus loin en pointant du doigt une tendance particulièrement inquiétante : certains acteurs semblent vouloir activement mettre fin à l’ère de la coopération internationale.

« Certains cherchent à sonner le glas de la coopération internationale. »

Cette formule forte, presque funèbre, résume à elle seule l’inquiétude profonde du secrétaire général. À l’heure où les défis mondiaux nécessitent plus que jamais une action collective, certains semblent préférer la confrontation à la coopération.

La résilience du multilatéralisme mise à rude épreuve

Le multilatéralisme, ce système patiemment construit depuis 1945, traverse aujourd’hui l’une des crises les plus sérieuses de son histoire. Les fondations mêmes de la coopération internationale semblent ébranlées par plusieurs phénomènes convergents.

Parmi ces menaces, le chef de l’ONU a particulièrement insisté sur les coupes budgétaires massives qui frappent l’aide au développement et l’aide humanitaire. Ces réductions drastiques de financement, initiées par certaines grandes puissances, fragilisent directement la capacité des agences onusiennes à répondre aux crises humanitaires qui se multiplient.

À cela s’ajoutent des violations répétées et flagrantes du droit international qui sapent la crédibilité même des règles communes que la communauté internationale s’était collectivement données.

L’Iran : une préoccupation majeure exprimée à plusieurs reprises

Quelques heures seulement avant une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, Antonio Guterres a tenu à réaffirmer sa profonde préoccupation concernant la situation en Iran. La répression violente qui y sévit inquiète particulièrement le secrétaire général.

Cette déclaration n’était pas isolée. Elle s’inscrit dans une série d’interventions répétées du chef de l’ONU sur ce sujet sensible, démontrant que la question des droits humains reste au cœur de ses préoccupations malgré les multiples crises qui secouent la planète.

Les trois conflits majeurs qui ont marqué le mandat

Le discours n’a pas manqué d’évoquer les trois conflits qui ont incontestablement dominé l’actualité internationale durant ces dernières années et qui ont particulièrement marqué le second mandat de Guterres.

Gaza : priorité absolue pour l’aide humanitaire

Concernant la situation à Gaza, le message était clair et sans ambiguïté. Il faut que l’aide humanitaire puisse circuler sans entrave aucune. Cette exigence, répétée à de multiples reprises par le secrétaire général, reflète l’ampleur de la catastrophe humanitaire dans l’enclave palestinienne.

Ukraine : ne ménager aucun effort pour la paix

Sur le conflit en Ukraine, l’appel a été tout aussi direct : il ne faut ménager aucun effort pour mettre fin aux combats. Cette formule traduit à la fois l’urgence de la situation et la conscience de la complexité extrême du dossier.

Soudan : reprendre les pourparlers pour un cessez-le-feu durable

Au Soudan enfin, Guterres a appelé à la reprise des pourparlers en vue d’aboutir à un cessez-le-feu durable. Là encore, l’insistance sur la notion de durabilité montre que le secrétaire général est parfaitement conscient que les cessez-le-feu temporaires ne suffisent plus face à l’ampleur des crises humanitaires.

Les obstacles institutionnels au fonctionnement du Conseil de sécurité

Derrière ces différents conflits, une réalité institutionnelle pèse lourdement : le Conseil de sécurité reste trop souvent paralysé par l’usage du droit de veto. Cette arme diplomatique, détenue par les cinq membres permanents, empêche fréquemment l’adoption de résolutions qui pourraient faire avancer la résolution des crises.

Cette situation crée un sentiment croissant d’impuissance chez de nombreux États qui se sentent exclus des véritables centres de décision.

Les nouveaux défis : IA, climat et inégalités

Le discours n’a pas seulement porté sur les crises en cours. Antonio Guterres a également tenu à alerter sur les grands défis à venir qui nécessiteront plus que jamais une coopération internationale renforcée.

L’intelligence artificielle figure en bonne place parmi ces nouveaux risques. Le secrétaire général a appelé à mettre en place des mesures préventives pour éviter que cette technologie ne devienne un facteur supplémentaire de déstabilisation mondiale.

L’urgence climatique n’a bien évidemment pas été oubliée. « Agir pour le climat » reste une priorité absolue, alors que les effets du réchauffement se font sentir partout sur la planète.

Enfin, la lutte contre « l’avidité et les inégalités » a été présentée comme une condition sine qua non pour espérer retrouver un minimum de cohésion internationale.

Un bilan amer mais lucide d’un mandat mouvementé

Ce discours constitue sans doute l’un des plus sombres bilans que l’on ait entendu de la bouche d’un secrétaire général des Nations Unies depuis de nombreuses années. Il reflète à la fois la gravité de la situation mondiale et la frustration croissante face à l’incapacité collective à y répondre efficacement.

Pourtant, malgré ce constat particulièrement sombre, Antonio Guterres n’a pas totalement renoncé à l’espoir. L’engagement « total » de l’ONU en faveur de la paix dans les différents conflits a été réaffirmé avec force.

Cet engagement, même dans les moments les plus sombres, reste peut-être la dernière lueur d’espoir pour un système multilatéral qui vacille mais refuse encore de s’effondrer.

Le monde observe aujourd’hui avec une attention particulière les prochains mois qui s’annoncent décisifs pour l’avenir de la coopération internationale. Le glas a-t-il déjà sonné ou reste-t-il encore une chance de sauver ce qui peut encore l’être ?

La réponse à cette question dépendra largement de la capacité des dirigeants mondiaux à entendre l’avertissement solennel lancé depuis la tribune de l’Assemblée générale par le dernier secrétaire général du multilatéralisme tel que nous l’avons connu.

Car derrière les mots parfois techniques et diplomatiques se cache une réalité implacable : soit le monde choisit de reconstruire patiemment les ponts de la coopération internationale, soit il assiste, impuissant, à leur effondrement définitif.

L’histoire retiendra peut-être ce discours comme le moment où l’ONU a tiré une dernière sonnette d’alarme avant que le système ne bascule définitivement dans une nouvelle ère de confrontation généralisée.

Ou alors, plus optimiste, comme le sursaut salutaire qui aura permis d’éviter le pire. L’avenir seul nous le dira.

Mais une chose est sûre : le temps presse, et les marges de manœuvre se réduisent de jour en jour.

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