La nuit du 14 janvier 2026 restera sans doute gravée dans les mémoires des amateurs de football africain, mais aussi dans celles des habitants de plusieurs villes françaises. La qualification in extremis du Maroc pour les phases finales de la CAN 2025 a déclenché une explosion de joie… et parfois de débordements. Entre scènes de liesse communicative et incidents parfois violents, le contraste a été saisissant.
Dans une ambiance électrique, des milliers de supporters ont investi les rues pour célébrer ce qui représente bien plus qu’une simple qualification sportive pour beaucoup. Pourtant, derrière les drapeaux verts et rouges agités avec ferveur, plusieurs situations ont nécessité l’intervention rapide et parfois musclée des forces de l’ordre.
Une qualification qui enflamme les passions en France
Le Maroc n’est pas seulement une équipe de football : c’est un symbole puissant pour des centaines de milliers de personnes installées en France. Chaque grande rencontre devient l’occasion de réaffirmer une identité, une fierté, un lien avec le pays des origines. La victoire arrachée dans les dernières minutes a donc provoqué une réaction à la hauteur de l’enjeu.
Mais quand la joie collective rencontre l’espace public, l’équilibre est toujours fragile. Et cette nuit-là, dans neuf villes différentes, cet équilibre a parfois vacillé.
Paris : les Champs-Élysées sous tension
La célèbre avenue parisienne reste un point de convergence incontournable pour toutes les grandes célébrations footballistiques. Dès l’annonce du score final, plusieurs centaines de personnes ont convergé vers l’Arc de Triomphe.
Face à l’ampleur du rassemblement et au risque évident de débordements, les autorités avaient pris la décision d’interdire tout rassemblement sur cet axe stratégique. Malgré cette interdiction, la foule s’est formée. Les forces de l’ordre, très mobilisées, ont effectué un important travail de canalisation et de dialogue pour éviter que la situation ne dégénère complètement.
Si quelques fumigènes et pétards ont été allumés, la tension globale est restée maîtrisée, ce qui constitue déjà une forme de succès dans un tel contexte.
Les Mureaux : blocage et mortiers contre la police
En région parisienne, la commune des Mureaux a connu des scènes plus préoccupantes. Une trentaine d’individus a décidé de bloquer un rond-point stratégique, provoquant rapidement des perturbations importantes sur la circulation.
Plus grave encore : un véhicule de police a été directement visé par plusieurs tirs de mortiers d’artifice. Ce type d’acte, qui peut causer des blessures très graves, marque une escalade significative dans la confrontation.
Heureusement, l’intervention rapide des forces de l’ordre a permis de rétablir le calme sans faire de blessés. La tension est toutefois montée très haut pendant de longues minutes.
Bordeaux : 150 personnes et pluie de mortiers
Dans la capitale girondine, environ 150 supporters se sont rassemblés pour fêter la qualification. Si la majorité des personnes présentes semblaient simplement vouloir exprimer leur joie, une partie du groupe a tiré pas moins de seize mortiers d’artifice en pleine ville.
Ces engins très puissants, lancés à la verticale, peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres de haut et retomber n’importe où. Malgré la dangerosité de la pratique, aucun blessé ni dégât important n’a été à déplorer cette fois-ci.
Maubeuge et Montpellier : jets de projectiles
Plus au nord, à Maubeuge, les forces de l’ordre ont été prises pour cible par des jets de projectiles divers alors qu’elles sécurisaient les abords d’un rassemblement.
Situation comparable à Montpellier où, en marge des célébrations, plusieurs personnes ont lancé divers objets sur les policiers. Dans les deux cas, les bilans restent relativement légers : aucun blessé grave ni dégâts matériels importants.
Avignon : la situation la plus tendue
C’est sans doute à Avignon que les événements ont pris la tournure la plus sérieuse. Près d’un millier de personnes s’étaient rassemblées dans le secteur des remparts et de la rue Pierre-Sémard.
Si la grande majorité célébrait dans la bonne humeur, environ une centaine d’individus ont adopté une attitude beaucoup plus agressive, lançant des projectiles directement sur les forces de l’ordre venues encadrer le rassemblement.
Face à cette dégradation très nette de la situation, CRS et BAC ont procédé à une intervention ferme avec usage de moyens de dispersion. Deux personnes majeures ont été interpellées pour jets de projectiles.
Miramas, Alès, Toulouse : des points chauds supplémentaires
À Miramas, les forces de l’ordre ont également été visées par des jets de projectiles, sans conséquences graves heureusement.
À Alès, un individu particulièrement imprudent a décidé de tirer des mortiers d’artifice depuis son véhicule en circulation. L’un des engins a frôlé un policier, ce qui a valu à son auteur une garde à vue immédiate.
Enfin à Toulouse, comme dans plusieurs autres villes, des jets de projectiles ont visé les forces de l’ordre sans faire de dégâts majeurs.
Que retenir de cette nuit mouvementée ?
Cette soirée de qualification restera comme un moment fort pour la communauté marocaine de France. La passion, la ferveur, l’émotion étaient bien présentes. Mais elle pose aussi plusieurs questions importantes :
- Comment concilier l’expression légitime d’une joie collective avec la sécurité publique ?
- Pourquoi certains jeunes choisissent-ils de transformer la célébration en confrontation directe avec les forces de l’ordre ?
- Comment mieux anticiper et encadrer ce type d’événements prévisibles ?
- Les mortiers d’artifice, toujours plus puissants et nombreux, constituent-ils une menace sous-estimée ?
Il est important de souligner que la très grande majorité des supporters présents dans les rues hier soir n’a commis aucun débordement. Beaucoup ont simplement voulu partager un moment de bonheur collectif, chanter, danser, agiter des drapeaux. Ce sont pourtant les images des incidents qui dominent souvent les réseaux et les médias.
La difficulté réside dans cette polarisation : d’un côté ceux qui dénoncent immédiatement tout rassemblement comme dangereux, de l’autre ceux qui minimisent systématiquement les actes violents au nom de la joie légitime.
La réalité se situe probablement entre ces deux extrêmes. Oui, la passion peut déborder. Oui, une minorité active peut faire basculer une soirée. Oui aussi, la majorité aspire simplement à vivre un moment fort sans nuire à quiconque.
Vers une meilleure gestion des grandes célébrations sportives ?
Ce type d’événements sportifs internationaux à forte résonance communautaire va se répéter. La CAN 2025 elle-même promet encore plusieurs soirées à très fort potentiel émotionnel.
Plusieurs pistes pourraient être explorées pour mieux accompagner ces moments :
- Dialogue en amont avec les associations et représentants communautaires
- Zones dédiées et sécurisées pour les célébrations
- Communication massive sur les règles et les conséquences pénales
- Présence visible mais aussi apaisante des forces de l’ordre
- Sanctions systématiques et rapides pour les auteurs de violences
Ces quelques pistes ne constituent évidemment pas une solution miracle. Elles demandent du temps, des moyens, et surtout une réelle volonté politique et communautaire conjointe.
Car au final, ce qui est en jeu dépasse largement le cadre du football. C’est toute la question du vivre-ensemble dans des moments d’intense émotion collective qui se trouve posée.
La qualification du Maroc en CAN 2025 a rappelé, s’il en était besoin, que le sport reste l’un des plus puissants révélateurs des dynamiques sociales contemporaines en France.
Et que la frontière entre liesse populaire et dérapage incontrôlé est parfois plus fine qu’on ne le croit.
À suivre donc, avec attention, les prochains grands matchs des Lions de l’Atlas… et la façon dont notre pays saura, ou non, accompagner ces moments forts sans qu’ils ne deviennent des moments de fracture.









