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Iran : Erfan Soltani Épargné de la Peine de Mort

Alors que le monde retenait son souffle face au possible exécution d’Erfan Soltani, Téhéran vient d’annoncer qu’il ne sera pas pendu. Mais derrière cette annonce, la répression continue et les menaces militaires planent…

Dans les rues d’Iran, la colère gronde depuis plusieurs semaines. Ce qui avait commencé comme une révolte contre la vie chère s’est rapidement transformé en l’un des plus grands défis lancés au pouvoir depuis la naissance de la République islamique. Au cœur de toutes les attentions internationales ces derniers jours : le sort d’un jeune homme de 26 ans, Erfan Soltani.

Arrêté récemment en pleine vague de contestation, son nom circulait avec effroi parmi les défenseurs des droits humains et jusqu’aux plus hautes sphères de Washington. La crainte d’une exécution imminente semblait bien réelle dans un pays qui n’hésite pas à appliquer la peine capitale de manière massive. Puis, jeudi, un communiqué officiel est venu changer la donne.

Un soulagement relatif pour Erfan Soltani

Les autorités judiciaires iraniennes ont formellement démenti toute condamnation à mort concernant Erfan Soltani. Selon leurs déclarations, les accusations retenues contre lui — participation à des rassemblements jugés contraires à la sécurité nationale et propagande contre le régime — ne sont pas passibles de la peine capitale.

Le jeune homme, détenu dans la prison de Karaj à l’ouest de la capitale, devrait donc, en cas de condamnation, écoper d’une peine d’emprisonnement. Une annonce qui, sans effacer les inquiétudes, permet d’écarter le scénario le plus redouté par les organisations internationales.

Un revirement sous haute pression internationale

Ce changement de position intervient alors que la communauté internationale multipliait les alertes. Depuis plusieurs jours, les appels à la retenue se faisaient de plus en plus pressants, notamment de la part des États-Unis où l’affaire Soltani était devenue un symbole de la répression en cours.

Le président américain n’a d’ailleurs pas hésité à employer un langage très direct, laissant planer la menace d’une intervention militaire si les exécutions se poursuivaient. Mercredi encore, il affirmait avoir reçu des informations selon lesquelles « les tueries ont pris fin » et que les pendaisons annoncées n’auraient finalement pas lieu.

« On observera ça et on verra quelle est la suite. »

Déclaration rapportée du président américain

Ce ton belliqueux a sans doute pesé dans la balance. L’Iran, conscient de l’escalade possible, a préféré désamorcer ce point particulièrement sensible sur la scène diplomatique.

Une répression d’une ampleur exceptionnelle

Malgré ce geste d’apaisement sur le cas Soltani, le tableau général reste extrêmement sombre. Depuis le début du mouvement de contestation fin décembre, la contestation n’a cessé de s’étendre, touchant des dizaines de villes et réunissant des catégories sociales très diverses.

Une organisation indépendante de défense des droits humains, basée en Norvège, avance un bilan provisoire particulièrement lourd : au moins 3 428 manifestants tués depuis le déclenchement des protestations. Ce chiffre, qualifié de « minimum absolu » par l’ONG, s’accompagne d’un autre indicateur alarmant : plus de 10 000 arrestations recensées.

Depuis le 8 janvier, l’accès à internet a été presque totalement coupé dans le pays, isolant encore davantage la population et compliquant terriblement le travail des observateurs extérieurs.

Les autorités reprennent la main… en apparence

Mercredi, le pouvoir a organisé à Téhéran une imposante « marche de résistance nationale ». Des dizaines de milliers de personnes ont défilé, brandissant des portraits du guide suprême et scandant des slogans hostiles aux États-Unis. Les funérailles de membres des forces de sécurité tués lors des troubles ont également servi de démonstration de force.

Des images frappantes ont circulé : une grande photo de Donald Trump, visage ensanglanté, accompagnée d’une légende menaçante rappelant la tentative d’assassinat dont il a été victime en 2024. Le message est clair : l’Iran affirme ne pas craindre l’escalade.

Discours contradictoires au sein du pouvoir

Le ministre des Affaires étrangères a assuré mercredi soir qu’il n’y aurait « pas de pendaison » dans les jours à venir. Dans le même temps, le ministre de la Justice martelait une position beaucoup plus dure :

« Tout individu présent dans les rues depuis le 8 janvier est sans aucun doute considéré comme un criminel. »

Cette dualité entre discours de fermeté et gestes d’apaisement tactique illustre la complexité de la situation pour les autorités iraniennes, coincées entre la nécessité de restaurer l’ordre intérieur et la volonté d’éviter un conflit régional majeur.

Le spectre d’une intervention militaire américaine

Les menaces répétées de Washington ont créé une tension palpable dans toute la région. Le chef des Gardiens de la Révolution a prévenu que l’Iran riposterait de « manière décisive » à toute agression. Cette rhétorique guerrière n’est pas nouvelle, mais elle prend un relief particulier dans le contexte actuel.

Plusieurs pays ont déjà pris des mesures préventives. Le Qatar a commencé à évacuer une partie du personnel civil de la gigantesque base américaine d’Al-Udeid. Le Royaume-Uni a fermé temporairement son ambassade à Téhéran, tandis que l’Espagne et l’Inde ont recommandé à leurs ressortissants de quitter le pays au plus vite.

Le Conseil de sécurité de l’ONU entre en scène

À New York, la machine onusienne s’est également mise en mouvement. À la demande des États-Unis, le Conseil de sécurité doit tenir jeudi une réunion consacrée à la situation en Iran. Les discussions devraient porter sur la répression, les coupures d’internet et les violations présumées des droits humains.

Cette session intervient dans un climat de grande méfiance mutuelle entre Téhéran et Washington, rendant improbable l’adoption d’une résolution forte à court terme. Elle n’en constitue pas moins un signal politique important.

Vers des procès expéditifs ?

Le pouvoir judiciaire iranien promet des procès « rapides » et « publics » pour les personnes arrêtées. Les autorités insistent sur le fait qu’elles ne tolèrent aucune violence, tout en affirmant que le calme est revenu depuis lundi et qu’aucune nouvelle « émeute » n’a été signalée.

Ces annonces contrastent fortement avec les témoignages recueillis par les organisations indépendantes, qui continuent de faire état de violences policières et de mauvais traitements en détention.

Un pays coupé du monde, une population sous tension

Avec près de 86 millions d’habitants, l’Iran constitue l’un des pays les plus peuplés de la région. La coupure quasi-totale d’internet depuis une semaine a plongé la société dans un isolement numérique sans précédent depuis l’instauration du régime actuel.

Les réseaux sociaux, habituellement vecteurs principaux de mobilisation, sont devenus inaccessibles pour la très grande majorité de la population. Cette stratégie, courante lors des précédentes vagues de contestation, vise à empêcher la coordination des mouvements et à limiter la diffusion des images de répression.

Quel avenir pour le mouvement de contestation ?

Après un pic de mobilisation en fin de semaine dernière, la contestation semble avoir perdu de son intensité dans la rue. Les autorités parlent de « contrôle total » de la situation et affichent une confiance retrouvée.

Cependant, l’histoire récente du pays montre que les mouvements de contestation peuvent connaître de longues périodes de latence avant de ressurgir, parfois avec encore plus de force. La colère accumulée, les difficultés économiques persistantes et le sentiment d’injustice pourraient constituer un terreau favorable à de nouvelles mobilisations dans les mois à venir.

L’annonce concernant Erfan Soltani constitue indéniablement un point marqué par la diplomatie internationale et les défenseurs des droits humains. Elle ne règle cependant en rien la question de fond : comment un pouvoir peut-il répondre aux aspirations profondes d’une partie significative de sa jeunesse sans recourir systématiquement à la force ?

Pour l’instant, la réponse des autorités reste claire : l’ordre avant tout. Mais dans un pays où la jeunesse représente plus de 60 % de la population, cette équation pourrait s’avérer de plus en plus difficile à tenir au fil des années.

La suite des événements, tant sur le plan intérieur que régional, reste donc très incertaine. Une chose est sûre : l’Iran est entré dans une nouvelle phase critique de son histoire contemporaine, dont les répercussions pourraient se faire sentir bien au-delà de ses frontières.

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