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Les Français et les Médias : Une Défiance Record en 2026

61% des Français déclarent qu'il faut se méfier de ce que racontent les médias sur les grands sujets d'actualité. Ce chiffre quasi stable cache pourtant des écarts considérables selon les sensibilités politiques... et une paradoxale montée en puissance de nouvelles sources jugées encore moins fiables.

Imaginez un instant : vous allumez votre télévision, ouvrez votre application d’actualités préférée ou faites défiler votre fil d’actualité… et une petite voix intérieure vous murmure immédiatement : « Et si tout cela n’était pas totalement vrai ? ». Cette petite voix, aujourd’hui, près de deux Français sur trois l’entendent très clairement lorsqu’il s’agit des grands sujets qui font l’actualité. Une défiance qui ne faiblit pas, qui s’installe durablement et qui interroge profondément notre rapport collectif à l’information.

Une méfiance massive et profondément ancrée

Les chiffres sont éloquents et presque effrayants par leur stabilité. Selon la dernière grande étude nationale sur la confiance dans les médias, 61 % des personnes interrogées estiment qu’il est nécessaire de se méfier de ce que racontent les médias lorsqu’ils abordent les sujets majeurs de société. Un pourcentage qui ne bouge quasiment pas depuis plusieurs années, preuve que nous ne sommes plus face à une crise passagère mais bien à un nouveau paradigme informationnel.

Cette défiance ne touche pas tout le monde de la même manière. Elle dessine une véritable cartographie politique de la suspicion. Les personnes se reconnaissant dans la mouvance nationale affichent le niveau de méfiance le plus élevé, talonnées de très près par celles qui n’affichent aucune préférence partisane claire. À l’inverse, les cercles plus centristes manifestent une suspicion moindre, même si elle reste majoritaire. Ce clivage est loin d’être anodin.

Quand la couleur politique colore le regard sur l’information

La polarisation politique agit comme un puissant révélateur de la défiance médiatique. Là où certains voient un traitement équilibré, d’autres perçoivent un biais systématique. Cette perception subjective est devenue l’un des marqueurs les plus forts de l’identité politique contemporaine. On ne vote plus seulement pour un programme, on vote aussi contre un certain récit médiatique jugé dominant.

Ce phénomène n’est pas propre à la France, mais il y prend une acuité particulière. La multiplicité des chaînes d’information en continu, la concurrence acharnée pour l’audience et les accusations récurrentes de parti pris ont considérablement fragilisé le statut de « quatrième pouvoir » autrefois presque intouchable.

Les sources qui inspirent encore confiance… et celles qui la perdent définitivement

Face à cette suspicion généralisée envers les grands médias nationaux, les Français opèrent un repli vers des sources perçues comme plus proches, plus authentiques ou moins « institutionnelles ». Le cercle familial et amical arrive largement en tête des sources jugées dignes de confiance.

  • Les discussions avec l’entourage proche : 67 % de confiance
  • Les journaux télévisés du soir : 65 %
  • La presse quotidienne régionale : 63 %

Ces chiffres montrent une nette préférence pour l’information de proximité et l’information télévisuelle traditionnelle, celle qui bénéficie encore d’une forme de légitimité historique. À l’opposé, plusieurs sources nouvelles subissent une véritable défiance record :

  1. Les influenceurs et créateurs de contenus (72 % de méfiance)
  2. Les réseaux sociaux en général (65 %)
  3. Les outils d’intelligence artificielle (60 %)

Et pourtant… paradoxe saisissant de notre époque : alors même qu’elles sont les plus critiquées, ces sources nouvelles sont de plus en plus utilisées.

Le paradoxe moderne : je me méfie mais je consomme quand même

42 % des Français déclarent aujourd’hui suivre l’actualité grâce aux influenceurs et créateurs de contenus, soit cinq points de plus qu’il y a un an. Dans le même temps, 41 % ont déjà eu recours à un service d’intelligence artificielle pour s’informer. Nous assistons donc à une forme de schizophrénie informationnelle collective : on se méfie énormément, mais on consomme quand même massivement ces nouvelles sources.

Pourquoi un tel comportement ? Plusieurs hypothèses peuvent être avancées :

  • La recherche permanente de points de vue alternatifs, même lorsqu’on les juge peu fiables
  • La rapidité et l’immédiateté de ces nouvelles sources
  • Le sentiment de proximité et d’authenticité dégagé par certains créateurs
  • La lassitude face au formatage des médias traditionnels
  • Le besoin de confirmation de ses propres intuitions et croyances

Fatigue informationnelle : quand l’actualité épuise

47 % des Français ressentent fréquemment de la fatigue ou même du rejet face au flux incessant d’informations. Ce sentiment, même s’il a légèrement diminué par rapport à l’année précédente, reste très majoritaire. Les deux causes principales invoquées sont particulièrement révélatrices :

« La répétition permanente des mêmes sujets »

Un Français sur deux environ

« Le sentiment d’impuissance et d’angoisse face aux mauvaises nouvelles »

Une large partie des sondés

Cette fatigue informationnelle n’est pas anodine. Elle conduit à plusieurs comportements observables :

  1. Le zapping informationnel compulsif
  2. La mise en sourdine volontaire des notifications
  3. Des périodes plus ou moins longues de « jeûne médiatique »
  4. Une consommation de plus en plus sélective et ciblée
  5. Une montée des théories du complot comme forme de réassurance cognitive

Vers une recomposition profonde du paysage informationnel ?

Face à cette crise de confiance profonde et durable, plusieurs évolutions semblent se dessiner pour les années à venir. Les médias traditionnels tentent, souvent maladroitement, de retrouver une forme de proximité avec leur public. Certains misent sur la transparence accrue (coulisses, making-of, fact-checking systématique), d’autres sur l’hybridation information-divertissement.

Parallèlement, une nouvelle génération de créateurs tente de s’imposer en cultivant une image d’indépendance revendiquée et de franchise brutale. Entre ces deux extrêmes, une multitude d’initiatives locales, associatives, citoyennes ou professionnelles tentent de réinventer les formes du journalisme de confiance.

Et demain ? Les scénarios possibles

Plusieurs trajectoires sont envisageables pour les prochaines années :

Scénario 1 – La fragmentation continue

La société se divise en bulles informationnelles de plus en plus étanches, chacun trouvant son média ou son influenceur qui lui ressemble et lui confirme ses intuitions. La cohésion nationale s’en trouve encore davantage fragilisée.

Scénario 2 – La renaissance par la proximité

Les médias locaux et régionaux, ainsi que les formats longs et fouillés, connaissent un regain d’intérêt. Les citoyens redécouvrent l’intérêt d’une information ancrée dans le réel et moins dans le commentaire permanent.

Scénario 3 – L’hybridation réussie

Certaines rédactions parviennent à combiner avec succès les codes du numérique (direct, interactivité, transparence) et les fondamentaux du journalisme classique (vérification, hiérarchisation, déontologie). Ces médias deviennent alors des références dans un paysage morcelé.

Quelle que soit la trajectoire qui l’emportera, une chose semble certaine : le modèle médiatique des années 1990-2010 appartient définitivement au passé. Nous entrons dans une ère où la confiance ne va plus de soi, où elle doit se conquérir chaque jour, sujet après sujet, et où l’information citoyenne devient plus que jamais une responsabilité partagée entre professionnels, plateformes et récepteurs.

Dans ce contexte mouvant, la seule certitude réside peut-être dans cette question que chacun devrait se poser régulièrement : d’où vient exactement l’information que j’accepte de croire ? Et pourquoi celle-là plutôt qu’une autre ?

La réponse à ces deux questions simples dessine déjà, en creux, la démocratie de demain.

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