InternationalSociété

Mère Guinéenne Expulsée Sans Son Bébé

Neuf mois sans voir sa fille. Mariam Soumah, expulsée du Bélarus, a laissé derrière elle sa petite Sabina, née à 600 grammes et placée en orphelinat. Comment une mère peut-elle survivre à une telle séparation ?

Imaginez un instant : vous tenez enfin votre nouveau-né dans vos bras après des semaines d’angoisse, et quelques jours plus tard, on vous l’arrache pour toujours. C’est la terrible réalité que vit depuis neuf mois une jeune femme guinéenne de 23 ans. Son histoire, aussi incroyable que révoltante, révèle les zones d’ombre les plus sombres des politiques migratoires contemporaines.

Le cri d’une mère séparée de son enfant

Mariam Soumah n’aurait jamais pensé que son rêve d’une vie meilleure tournerait au cauchemar absolu. Originaire de Conakry, elle fait partie de cette jeunesse africaine qui, face à un quotidien écrasé par la pauvreté, cherche désespérément une porte de sortie. Mais le chemin qu’elle a choisi l’a menée bien plus loin qu’elle ne l’imaginait.

Aujourd’hui, à des milliers de kilomètres de sa petite Sabina, Mariam ne cesse de répéter la même phrase, comme une litanie douloureuse : « Je les ai suppliés… » Suppliant pour quoi ? Pour le droit le plus élémentaire qui soit : celui de garder son enfant auprès d’elle.

Un parcours migratoire plein d’espoir

Comme des dizaines de milliers de jeunes Africains ces dernières années, Mariam a été séduite par une solution qui semblait plus sûre que les traversées périlleuses de la Méditerranée : passer par le Bélarus. Sur internet, les promesses étaient alléchantes : un visa relativement facile à obtenir, un pays frontalier de l’espace Schengen, la possibilité ensuite de rejoindre l’Union européenne.

La jeune femme, qui enchaînait les petits boulots précaires dans la capitale guinéenne, a sauté sur l’occasion. Elle a économisé sou après sou, a rassemblé les documents nécessaires et s’est envolée avec l’espoir chevillé au corps.

Ce qu’elle ignorait, c’est que ce trajet, devenu tristement célèbre, était activement encouragé par les autorités bélarusses dans un contexte de tensions géopolitiques très vives avec l’Union européenne. Minsk, allié indéfectible de Moscou, utilise en effet la migration comme une arme de pression contre les pays occidentaux.

La naissance dramatique de Sabina

Arrivée au Bélarus, Mariam tombe enceinte d’un compatriote parti lui aussi tenter sa chance vers l’Europe. Quelques mois plus tard, alors qu’elle tente de prolonger son séjour légal sur le territoire, tout bascule.

Deux mois avant le terme, elle accouche en urgence d’une petite fille de seulement 600 grammes. Sabina, prénommée ainsi, est immédiatement placée en soins intensifs néonataux. Contre toute attente, les médecins parviennent à la sauver. Un premier miracle.

« J’ai dit que je ne repartirais qu’avec mon bébé. Je les ai suppliés : laissez mon bébé se rétablir et je rentrerai chez moi avec elle. Ils ont refusé. »

Malheureusement, ce miracle médical s’est rapidement transformé en cauchemar administratif et humain.

Des obstacles médicaux et financiers insurmontables

Quelques jours après l’accouchement par césarienne d’urgence, Mariam se voit présenter une facture médicale astronomique : environ 28 000 euros. Une somme totalement hors de portée pour une jeune migrante sans ressources.

Le personnel hospitalier lui interdit alors tout contact avec son bébé tant que la facture n’est pas réglée. Commence alors une période d’errance terrible dans les couloirs froids des établissements de santé de Minsk.

Pendant dix jours, Mariam parcourt la ville à la recherche de l’hôpital où a été transférée sa fille. Elle finit par le trouver et peut rendre visite à Sabina chaque jour… jusqu’au transfert suivant.

À chaque fois, la même réponse : « Elle dort », « Elle est sortie avec les infirmières ». Des excuses qui sonnent faux et qui plongent la jeune mère dans une angoisse sans fond.

L’annonce terrible de l’orphelinat

L’été dernier, une employée de l’hôpital met fin au supplice de l’incertitude en révélant à Mariam la décision prise à son insu : sa fille sera placée dans un orphelinat de la capitale bélarusse.

Parallèlement, les tentatives de Mariam pour régulariser sa situation administrative échouent les unes après les autres. Elle ne parvient pas à s’inscrire dans un nouvel établissement scolaire pour renouveler son visa étudiant. La machine administrative s’emballe.

Emprisonnement et expulsion sans retour

En juillet 2025, Mariam est arrêtée et incarcérée pour séjour irrégulier. En prison, les agents d’immigration tentent de la convaincre de trouver quelqu’un en Guinée qui pourrait payer son billet de retour. Elle refuse catégoriquement de partir sans sa fille.

Un jour, sans préavis, on la menotte et on la conduit directement à l’aéroport. Destination : Istanbul, puis Conakry. Interdiction formelle de revenir au Bélarus. Sabina, elle, reste à Minsk, dans un orphelinat.

« J’arrive. Mais je n’ai rien, même pas mon enfant », a-t-elle dit en sanglotant au téléphone à la femme qui l’a élevée en Guinée.

Neuf mois de séparation et de combat

Depuis son retour forcé en août 2024, Mariam n’a été autorisée qu’à deux très courts appels vidéo pour apercevoir le visage de sa fille, qui a fêté son premier anniversaire en novembre dernier.

Chaque jour, elle fait défiler sur son téléphone les rares photos qu’elle possède de Sabina. Chaque jour, la même question tourne en boucle dans sa tête : « Comment va mon bébé ? »

Une affaire qui dépasse les frontières

Le cas de Mariam et Sabina a rapidement dépassé le cadre d’un simple drame familial pour devenir une affaire internationale.

Des experts indépendants de l’Organisation des Nations Unies ont qualifié cette séparation forcée d’« extrêmement préoccupante ». Plusieurs organisations de défense des droits humains, locales et internationales, suivent l’affaire de près et dénoncent une violation grave des droits fondamentaux.

L’ambassade de Guinée à Moscou, compétente pour le Bélarus, a officiellement demandé des explications aux autorités locales. Pour l’instant, aucune réponse n’a été donnée.

Une pratique dénoncée par les défenseurs des droits

Pour Enira Bronitskaïa, militante des droits des migrants en exil qui travaille avec une organisation bélarusse de défense des droits humains, la situation est limpide :

« Ils ont tout simplement séparé la mère et l’enfant. Menacer de ne pas lui rendre son enfant est bien sûr illégal sans décision officielle de lui retirer ses droits parentaux. »

Cette militante pointe du doigt une instrumentalisation particulièrement cruelle de la situation des migrants vulnérables dans le cadre des tensions géopolitiques actuelles.

Le calvaire des migrants dans cette route migratoire

Le parcours de Mariam n’est malheureusement pas isolé. Depuis plusieurs années, des milliers de personnes, principalement originaires du Moyen-Orient et d’Afrique subsaharienne, tentent cette voie migratoire dite « bélarusse ».

Beaucoup se retrouvent bloqués à la frontière polonaise, lituanienne ou lettonne, dans des conditions hivernales extrêmes. D’autres, comme Mariam, se retrouvent piégés dans les mailles du système administratif et sécuritaire bélarusse, parfois pendant de longs mois.

Les femmes enceintes et les familles avec jeunes enfants sont particulièrement vulnérables dans ce contexte. Les naissances sur le territoire bélarusse se multiplient, et plusieurs cas de séparation mère-enfant ont déjà été signalés ces dernières années.

Une question éthique et juridique majeure

Au-delà du cas individuel de Mariam Soumah, c’est toute une série de questions fondamentales qui se pose :

  • Dans quelle mesure un État peut-il instrumentaliser la migration pour des raisons géopolitiques ?
  • Quels sont les droits des enfants nés sur un territoire lorsqu’un parent est expulsé ?
  • La santé financière d’une mère peut-elle justifier la privation de son enfant ?
  • Les conventions internationales sur les droits de l’enfant et sur les droits des migrants sont-elles réellement appliquées dans ce type de situation ?

Ces interrogations dépassent largement les frontières du Bélarus et interrogent l’ensemble de la communauté internationale sur sa capacité à protéger les plus vulnérables dans les conflits géopolitiques actuels.

L’espoir ténu d’une réunion

Malgré la douleur immense et l’incertitude, Mariam n’a pas renoncé. Soutenue par des membres de sa famille et par des organisations de défense des droits humains, elle continue de se battre pour récupérer sa fille.

Chaque jour, elle répète le même rituel : regarder les photos, se remémorer les trop rares moments passés avec Sabina, et espérer qu’un jour, les autorités bélarusses accepteront de revenir sur cette décision incompréhensible.

L’histoire de Mariam et Sabina est bien plus qu’un simple fait divers migratoire. C’est le visage humain, terriblement douloureux, des grands enjeux géopolitiques de notre époque. C’est aussi un rappel brutal que derrière chaque « crise migratoire » se cachent des milliers d’histoires individuelles, souvent déchirantes.

Pour l’instant, une jeune mère guinéenne continue d’attendre, le cœur brisé, que le monde entende enfin son cri : « Rendez-moi mon bébé. »

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.