Imaginez un monde où les actions d’une entreprise cotée ne transitent plus par des montagnes de paperasse, des chambres de compensation centralisées et des délais de règlement interminables. Un monde où vous pouvez posséder, échanger et même emprunter contre vos titres en quelques secondes, directement sur une blockchain publique, tout en restant parfaitement conforme à la réglementation. Ce futur que beaucoup annonçaient pour « dans dix ans » semble soudain beaucoup plus proche.
OPEN : Quand la blockchain rencontre vraiment les marchés actions
Le 14 janvier 2026, une étape importante vient d’être franchie dans la convergence entre finance traditionnelle et technologie distribuée. Une entreprise bien connue dans l’écosystème blockchain a officiellement dévoilé son réseau dédié à l’émission et à la circulation native d’actions publiques sur blockchain.
Ce projet porte un nom simple mais ambitieux : OPEN. Derrière ces quatre lettres se cache l’acronyme « On-chain Public Equity Network » qui annonce la couleur : ici, on ne parle plus de tokenisation d’actifs déjà existants, mais bien d’une émission originelle directement sur chaîne.
La grande différence : natif vs représentatif
Jusqu’à présent, la plupart des initiatives de tokenisation d’actions consistaient à créer des représentations numériques (souvent des tokens ERC-20 ou similaires) d’actions physiques détenues dans les livres du DTCC aux États-Unis. En cas de problème sur la blockchain, le titre « réel » continuait d’exister ailleurs.
Avec OPEN, la logique s’inverse totalement : l’action est enregistrée nativement sur la blockchain. Il n’y a plus de double réalité. Le titre numérique est le titre officiel. Cette approche change fondamentalement la donne en termes de coût, de rapidité et surtout de souveraineté technologique.
« Nous ne dupliquons pas les actions existantes. Nous créons une nouvelle classe d’actifs financiers qui naît directement sur la blockchain. »
Cette citation résume parfaitement la philosophie disruptive du projet.
Trading continu 24/7 sur un carnet d’ordres classique
Autre spécificité majeure : les actions émises sur OPEN ne seront pas échangées sur un simple DEX avec AMM. Elles transiteront par un carnet d’ordres limit (limit order book) classique, intégré à un système de trading alternatif agréé.
Cette décision est loin d’être anodine. Elle permet de conserver des comportements de marché familiers aux investisseurs institutionnels tout en bénéficiant de la transparence et de la disponibilité permanente de la blockchain.
- Trading continu 24 heures sur 24, 7 jours sur 7
- Exécution sur carnet d’ordres centralisé (mais sur blockchain)
- Self-custody possible pour les investisseurs qualifiés
- Règlement livraison contre paiement atomique
Une combinaison qui pourrait séduire à la fois les puristes de la décentralisation et les gérants traditionnels qui restent très attachés au carnet d’ordres.
DeFi appliqué aux actions : le protocole Democratized Prime
L’une des innovations les plus attendues concerne la possibilité d’utiliser ces actions on-chain comme collatéral dans des protocoles de prêt décentralisés, sans passer par les traditionnels prime brokers.
Le protocole maison, sobrement nommé Democratized Prime, permettrait donc :
- Emprunter des liquidités stables contre dépôt d’actions OPEN
- Prêter ses propres actions contre rémunération
- Bénéficier de la marge portfolio entre différentes classes d’actifs (crypto + equities)
Cette fonctionnalité pourrait créer un cercle vertueux : plus les actions OPEN sont utilisées en DeFi, plus leur utilité et leur liquidité augmentent, attirant davantage d’émetteurs.
Figure devient la première société à s’auto-lister sur son propre réseau
Dans une belle démonstration de « eat your own dog food », l’entreprise à l’origine du projet prévoit d’être la toute première à émettre des actions sur OPEN.
Une offre secondaire non-dilutive a été déposée fin 2025 auprès des régulateurs américains. Les nouvelles actions émises sur OPEN seront échangeables contre les titres déjà cotés sur une grande place de marché électronique américaine, créant ainsi un pont de liquidité entre les deux mondes.
Cette convertibilité bidirectionnelle représente probablement l’élément le plus rassurant pour les investisseurs institutionnels hésitants.
Qui est déjà prêt à accompagner le lancement ?
Le projet ne se lance pas dans le vide. Plusieurs acteurs majeurs ont déjà annoncé leur soutien ou leur intégration :
- Un grand acteur du trading haute-fréquence crypto commence à onboarder ses systèmes pour assurer le market-making
- Un fournisseur de garde institutionnelle reconnu propose ses services de custody qualifiée
- Des investisseurs institutionnels auraient déjà manifesté leur intérêt pour la première émission
Ces premiers soutiens montrent que le projet est pris au sérieux bien au-delà du petit cercle des crypto-enthousiastes.
Quels avantages concrets pour les différents acteurs ?
Pour les entreprises émettrices :
- Réduction drastique des coûts de conformité et d’infrastructure DTCC
- Accès à une base d’investisseurs mondiale 24/7
- Nouvelle source de financement via DeFi
Pour les investisseurs particuliers qualifiés :
- Self-custody réel de leurs actions
- Possibilité de générer du rendement en prêtant leurs titres
- Trading en dehors des horaires classiques
Pour les institutions :
- Règlement instantané → réduction du risque de contrepartie
- Marge portfolio crypto + actions
- Transparence totale de l’actionnariat
Les défis qui restent à relever
Malgré l’enthousiasme légitime, plusieurs obstacles importants demeurent :
- L’acceptation réglementaire dans les différents pays (notamment en Europe)
- La liquidité initiale : attirer suffisamment d’acheteurs et vendeurs
- La question fiscale : comment les différentes juridictions traiteront-elles les plus-values réalisées sur ces actifs natifs ?
- La scalabilité de la blockchain sous-jacente lorsque les volumes augmenteront
- L’éducation massive des intermédiaires financiers traditionnels
Chacun de ces points représente un chantier colossal. Le succès dépendra en grande partie de la capacité de l’équipe à résoudre ces problématiques les unes après les autres.
Un contexte favorable en 2026
Le timing semble malgré tout particulièrement bien choisi. Plusieurs éléments convergent :
- Une maturité technologique atteinte sur plusieurs blockchains
- Une appétence croissante des institutionnels pour les actifs numériques
- Une pression concurrentielle sur les marges des intermédiaires traditionnels
- Des avancées réglementaires significatives aux États-Unis sur les actifs numériques
Tous ces facteurs créent un environnement beaucoup plus accueillant qu’il y a seulement deux ou trois ans.
Vers une nouvelle génération de marchés financiers ?
Si OPEN parvient à démontrer sa viabilité technique, économique et réglementaire au cours des 18 prochains mois, nous pourrions assister à une accélération spectaculaire de l’adoption blockchain dans les marchés de capitaux.
Les implications sont potentiellement immenses : démocratisation de l’accès aux marchés, réduction massive des coûts, accélération du règlement, meilleure transparence, nouveaux produits financiers hybrides crypto/traditionnel…
Mais surtout, c’est peut-être la première fois qu’un projet propose une alternative crédible et concurrentielle à l’infrastructure DTCC qui domine le marché américain depuis des décennies.
Nous sommes probablement en train d’assister aux prémices d’un changement d’époque aussi important que le passage du télégraphe à Internet pour les communications.
Reste maintenant à suivre attentivement les prochains mois : volume de la première émission, évolution de la liquidité, premiers cas d’usage DeFi significatifs, réactions des régulateurs étrangers…
L’aventure OPEN ne fait que commencer. Et elle pourrait bien redéfinir les contours de la finance pour les décennies à venir.
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