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Groenland : l’ONU dénonce la vision coloniale de Trump

Donald Trump veut à nouveau acheter ou contrôler le Groenland. Des experts de l’ONU parlent ouvertement de « logique de domination coloniale ». Que risque vraiment l’ordre international si ce discours se concrétise ?

Et si le plus grand territoire autonome au monde devenait soudain l’objet d’un bras de fer diplomatique digne des grandes heures de la guerre froide ? En ce début d’année 2026, alors que le monde observe avec inquiétude les déclarations répétées d’un président américain bien décidé à faire du Groenland une priorité stratégique, des voix autorisées s’élèvent depuis Genève pour tirer la sonnette d’alarme.

Le sujet n’est pas nouveau, mais la tonalité, elle, a considérablement changé. Ce qui passait autrefois pour une lubie excentrique semble désormais prendre les allures d’une véritable doctrine assumée. Et cette fois, ce sont des experts indépendants mandatés par les Nations Unies qui emploient des termes rares dans leur bouche : logique coloniale, menace à l’ordre démocratique, violation potentielle du droit international.

Une déclaration inhabituelle venue de l’ONU

Mercredi, sept experts indépendants du Conseil des droits de l’homme ont publié un communiqué d’une rare fermeté. Leur message est limpide : considérer qu’un territoire puisse être acquis, contrôlé ou possédé par un État plus puissant au nom d’intérêts sécuritaires ou économiques relève d’une pensée héritée des pages les plus sombres de l’histoire coloniale.

Les mots choisis ne sont pas anodins. Parler de « domination coloniale » dans un document officiel de l’ONU constitue un signal fort, presque une accusation directe. Les experts ne se contentent pas de critiquer une simple proposition d’achat : ils dénoncent une rhétorique, une vision du monde.

La souveraineté du Groenland remise en question

Depuis plusieurs mois, le président américain multiplie les déclarations sans détour sur le statut du Groenland. Il remet ouvertement en cause la légitimité de la souveraineté danoise sur ce vaste territoire arctique. Pour les experts onusiens, cette posture constitue déjà en soi une atteinte grave au principe fondamental de l’intégrité territoriale des États.

Mais le cœur du problème, selon eux, réside surtout dans l’absence totale de considération pour la volonté des habitants. Car le Groenland n’est pas un simple bout de terre gelée : c’est avant tout le foyer d’un peuple dont le droit à l’autodétermination est reconnu par le droit international.

« Le peuple du Groenland a le droit de déterminer librement son statut politique et de poursuivre son développement économique, social et culturel, sans contrainte ni ingérence extérieure. »

Cette phrase, extraite du communiqué, résume à elle seule la philosophie défendue par les experts. Aucune négociation, aucun accord, aucune transaction ne peut se faire sans le consentement libre et éclairé des Groenlandais eux-mêmes.

Les ressources et la position stratégique au cœur des tensions

Pourquoi un tel intérêt soudain pour ce territoire immense et peu peuplé ? Les raisons invoquées sont doubles et elles sont parfaitement assumées : la richesse minérale exceptionnelle du sous-sol groenlandais d’une part, et sa position géostratégique unique d’autre part.

Les terres gelées du Groenland regorgent de terres rares, de lithium, de graphite, d’uranium et de nombreux autres minerais stratégiques devenus indispensables à la transition énergétique et aux technologies de pointe. Parallèlement, la fonte accélérée des glaces ouvre de nouvelles routes maritimes arctiques et renforce l’importance militaire de la région.

Dans un monde où la compétition pour les ressources et les routes commerciales devient chaque année plus intense, le contrôle – même indirect – du Groenland représente un avantage géopolitique considérable. C’est précisément cet argument de « sécurité nationale » que les experts de l’ONU qualifient de prétexte colonial.

Le dangereux précédent d’une diplomatie de la menace

Le communiqué va encore plus loin. Les experts mettent en garde contre une possible normalisation de comportements jusqu’ici considérés comme inacceptables dans les relations internationales contemporaines : menaces de recours à la force, instrumentalisation des droits de douane, attaques contre la souveraineté d’États tiers, diplomatie ouvertement coercitive.

Ils dressent un tableau inquiétant : si ces pratiques étaient tolérées, elles risqueraient de faire basculer le monde dans une forme d’anarchie où la loi du plus fort remplacerait définitivement les normes multilatérales patiemment construites depuis 1945.

« Si elles étaient tolérées, de telles actions normaliseraient l’anarchie dans les relations internationales et risqueraient de saper irrémédiablement l’ordre mondial. »

La formulation est lourde de conséquences. Elle suggère que nous serions peut-être en train d’assister aux prémices d’un changement de paradigme dans les relations internationales.

Le droit à l’autodétermination : un principe non négociable

Au centre de la démonstration des experts se trouve un principe cardinal du droit international contemporain : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Ce principe, inscrit dans la Charte des Nations Unies et réaffirmé dans de nombreux traités et résolutions, constitue l’un des piliers de la décolonisation. Il s’applique aussi aux peuples qui, tout en faisant partie d’un État indépendant, disposent d’un degré important d’autonomie politique, comme c’est le cas du Groenland vis-à-vis du Danemark.

Toute évolution du statut politique ou constitutionnel du territoire ne peut donc résulter que d’une décision librement exprimée par la population groenlandaise. Aucune pression extérieure, qu’elle prenne la forme de menaces militaires, économiques ou diplomatiques, ne saurait être considérée comme légitime.

Un risque de déstabilisation régionale majeure

L’Arctique n’est plus seulement une zone polaire lointaine. C’est un espace stratégique majeur où se croisent déjà les intérêts de plusieurs grandes puissances : États-Unis, Russie, Chine, Canada, Norvège, Danemark…

Une tentative unilatérale de modifier le statut du Groenland pourrait créer un précédent dangereux. Elle risquerait d’ouvrir la boîte de Pandore des revendications territoriales gelées depuis des décennies dans d’autres régions du monde.

Les experts insistent particulièrement sur ce point : fragiliser le respect des normes multilatérales dans l’Arctique pourrait avoir des répercussions très concrètes sur la stabilité régionale, voire mondiale.

Vers un appel solennel au respect de la Charte

Le communiqué se termine par un appel solennel adressé directement aux États-Unis : réaffirmer sans ambiguïté leur attachement aux principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies, privilégier le règlement pacifique des différends et s’abstenir de tout langage pouvant être interprété comme une menace de recours à la force.

Derrière la formulation diplomatique, le message est clair : le monde observe. Et il attend des actes, pas seulement des mots.

Un enjeu qui dépasse largement le Groenland

Bien sûr, il serait réducteur de limiter l’importance de cette affaire au seul sort du Groenland. Ce qui se joue actuellement dépasse largement les frontières d’un territoire arctique.

C’est toute la question du maintien – ou de l’effondrement – de l’ordre international fondé sur le droit qui est posée. Dans un monde où la puissance brute semble parfois reprendre le dessus sur les règles communes, le discours tenu ces derniers mois par l’administration américaine constitue un test grandeur nature.

Si la communauté internationale laisse passer sans réaction forte des déclarations répétées remettant en cause la souveraineté d’un État et les droits d’un peuple, quel message sera envoyé aux autres puissances tentées par des aventures similaires ailleurs sur la planète ?

Le silence assourdissant des capitales européennes

Pour l’instant, hormis quelques déclarations protocolaires du Danemark et des rappels à l’ordre assez timides de Bruxelles, le vieux continent reste étonnamment discret sur le sujet. Cette retenue interroge.

Est-ce le fruit d’une prudence tactique face à un allié encombrant mais indispensable ? Ou signe d’une forme de résignation face à un rapport de force devenu trop déséquilibré ?

Dans tous les cas, le contraste est saisissant entre la fermeté du langage employé par les experts indépendants de l’ONU et la prudence observée par la plupart des capitales occidentales.

Et maintenant ?

La balle est dans le camp de Washington. Continuera-t-on à entendre des déclarations provocatrices ou assistera-t-on à un retour à une diplomatie plus classique ?

Du côté groenlandais, la position reste claire : aucune négociation sur l’avenir du territoire ne peut se faire sans les Groenlandais au centre de la table. C’est non seulement une question de droit, mais aussi une question de dignité.

Le Groenland n’est pas à vendre. Il n’est pas non plus un pion sur l’échiquier géopolitique des grandes puissances. C’est avant tout une terre habitée par un peuple qui aspire, comme tous les autres, à écrire lui-même son avenir.

Dans un monde qui change à une vitesse vertigineuse, certains principes semblent plus que jamais indispensables. Parmi eux : le respect de la souveraineté des États et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Deux principes que le communiqué des experts de l’ONU vient opportunément rappeler à la mémoire collective.

À suivre de très près.

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