ÉconomieInternational

City de Londres : Partenaire Clé du Réarmement Européen

Six ans après le Brexit, la City de Londres veut devenir le partenaire financier incontournable du gigantesque plan de réarmement européen à 800 milliards d’euros. Mais comment Londres compte-t-elle reconquérir sa place auprès de l’UE ?

Imaginez un instant : nous sommes en 2026, le monde traverse l’une de ses périodes les plus incertaines depuis des décennies, et deux anciens partenaires, séparés par un divorce politique retentissant, se regardent à nouveau avec un mélange de méfiance et d’intérêt commun. D’un côté, une Union européenne qui accélère son réarmement à une vitesse inédite. De l’autre, la City de Londres, ce cœur battant de la finance mondiale, qui refuse de rester sur le banc de touche. Et si la véritable réconciliation passait… par l’argent ?

Un contexte géopolitique qui bouscule les anciennes querelles

Le paysage sécuritaire mondial a radicalement changé ces dernières années. Conflits multiples, tensions accrues sur plusieurs continents, remise en question de certaines alliances historiques : l’Europe ne peut plus se permettre de tergiverser. Face à cette nouvelle donne, l’Union européenne a pris une décision lourde de conséquences : investir massivement dans sa défense.

Le chiffre donne le vertige : 800 milliards d’euros. C’est le montant global estimé nécessaire pour permettre à l’Europe de renforcer significativement ses capacités militaires dans les années à venir. Une telle enveloppe ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval… ni même dans les caisses nationales de la plupart des États membres.

La City de Londres sort du silence

Dans ce contexte de réarmement express, une voix inattendue s’est élevée outre-Manche. Le responsable politique de la City of London Corporation, l’entité qui administre le célèbre carré financier londonien, a clairement fait savoir que Londres souhaitait jouer un rôle central dans cette vaste opération de levée de fonds.

« L’Europe et le Royaume-Uni sont confrontés aux mêmes défis », explique-t-il. Pour lui, il est devenu indispensable de coopérer « là où nos intérêts sont communs ». Et la défense fait incontestablement partie de ces domaines stratégiques où la divergence post-Brexit semble aujourd’hui bien secondaire face à l’urgence du moment.

« De mon vivant, le monde n’a jamais été aussi dangereux, et nous devons absolument investir dans notre défense. Et nous devons le faire avec nos alliés européens. »

Cette phrase résume à elle seule le changement de ton. Là où certains discours post-Brexit pouvaient encore sentir la poudre et la défiance, on sent aujourd’hui poindre une forme de pragmatisme assumé.

Pourquoi Londres reste incontournable pour financer la défense européenne ?

La réponse tient en quelques mots : profondeur de marché, expertise, infrastructures financières matures et relations historiques avec les grands investisseurs mondiaux. Même après la sortie de l’Union européenne, la City conserve des atouts structurels que peu de places financières européennes peuvent égaler à ce jour.

Les marchés obligataires, les opérations de syndication de prêts géants, les émissions d’euro-obligations, les mécanismes de couverture des risques… autant de domaines dans lesquels Londres reste l’une des capitales mondiales incontestées. Et quand il s’agit de lever plusieurs centaines de milliards en un temps relativement court, ces compétences deviennent stratégiques.

Les banques britanniques, malgré le Brexit, gardent des filiales et des relations commerciales très fortes sur le continent. Elles connaissent parfaitement les besoins des industriels de la défense européens et savent comment structurer les financements les plus complexes.

Une dépendance américaine remise en question

Autre élément clé évoqué : l’évolution de la relation transatlantique au sein de l’OTAN. Pendant des décennies, les Européens ont pu compter sur un engagement financier et militaire très lourd des États-Unis. Cette époque semble révolue.

« Au sein de l’OTAN, nous ne pouvons plus nous reposer autant qu’avant sur les États-Unis pour financer notre défense », constate sans détour le représentant de la City. Cette prise de conscience collective pousse l’Europe à chercher des solutions internes… et à regarder parfois au-delà de ses frontières actuelles.

Keir Starmer et le réchauffement diplomatique

Ce nouveau discours de Londres ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans un contexte politique plus large. Depuis son arrivée au pouvoir, le Premier ministre britannique multiplie les gestes en direction de Bruxelles.

Il a notamment plaidé publiquement pour « un alignement encore plus étroit avec le marché unique ». Un langage qui aurait été impensable il y a encore quelques années au sein du Parti conservateur. Ce changement de ton est perçu avec satisfaction dans les cercles financiers londoniens.

« Je salue personnellement la relance de cette relation effectuée par le gouvernement. Nous ne suggérons en aucun cas qu’il faudrait revenir dans l’UE. Mais là où nos intérêts sont alignés, nous voulons renforcer cette relation. »

Cette phrase résume parfaitement la nouvelle doctrine : pas de retour en arrière, mais une coopération renforcée sur les sujets stratégiques.

Au-delà de la défense : climat, croissance et innovation

Le réarmement n’est pas le seul terrain sur lequel Londres entend se rendre utile. Le représentant de la City évoque également la lutte contre le réchauffement climatique, domaine dans lequel la finance durable londonienne a pris une avance considérable ces dernières années.

Les labels verts, les obligations climat, les fonds dédiés à la transition énergétique… Londres reste une place de référence mondiale sur ces sujets. Or l’Europe a fait de la transition écologique l’un des piliers de sa relance économique. Là encore, les intérêts convergent.

Autre point commun : la faiblesse persistante de la croissance économique des deux côtés de la Manche. Relancer l’investissement privé, soutenir l’innovation, accompagner les start-ups européennes… autant de chantiers sur lesquels la City estime pouvoir apporter une réelle valeur ajoutée.

Quelles limites à cette nouvelle lune de miel financière ?

Bien entendu, tout n’est pas aussi simple. Des obstacles réglementaires subsistent. L’accès complet au marché unique reste conditionné à des équivalences et des accords qui n’ont pas tous été renouvelés ou conclus depuis le Brexit.

De plus, certains pays européens restent très attachés à l’idée de développer leurs propres places financières et de réduire leur dépendance vis-à-vis de Londres. La concurrence entre Francfort, Paris, Amsterdam et la City n’a pas disparu.

Pourtant, quand il s’agit de financer un effort de défense massif dans un délai contraint, le pragmatisme l’emporte souvent sur les querelles de clocher. Et c’est précisément ce pragmatisme que la City cherche aujourd’hui à incarner.

Vers une coopération à géométrie variable ?

Ce qui se dessine, c’est une forme nouvelle de relation post-Brexit : plus sectorielle, plus pragmatique, moins idéologique. Sur la défense, sur le climat, sur l’innovation technologique, Londres et Bruxelles semblent prêtes à mettre de côté certaines divergences pour avancer ensemble sur des sujets considérés comme existentiels.

La City ne demande pas à revenir dans l’Union. Elle demande simplement qu’on reconnaisse que, sur certains terrains, elle reste l’un des meilleurs partenaires possibles. Et dans le climat actuel, il serait difficile de lui donner totalement tort.

Le message est clair : l’Europe a besoin d’argent, de beaucoup d’argent, et très vite. Londres dit : nous savons faire. Reste maintenant à voir si Bruxelles et les capitales européennes seront prêtes à ouvrir suffisamment grand la porte pour que la City puisse réellement mettre ses compétences au service de la sécurité collective européenne.

Une chose est sûre : dans le monde de 2026, les vieux réflexes post-Brexit semblent de moins en moins adaptés aux défis du moment. Et c’est peut-être dans cette prise de conscience que réside la plus grande transformation en cours des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

À suivre donc… de très près.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.