Imaginez un instant : les marchés plongent brutalement, les actions dévissent de 20 à 30 %, votre portefeuille tremble… et pourtant, une petite partie de vos avoirs continue de sourire, voire de progresser. Pendant ce temps, un autre actif, beaucoup plus jeune et turbulent, attend patiemment son heure pour exploser à la hausse lors de la reprise. Cette dualité fascinante entre stabilité ancestrale et disruption moderne est au cœur d’un débat qui passionne de plus en plus d’investisseurs avertis.
Depuis plusieurs années, une question taraude les gérants de patrimoine et les investisseurs particuliers : faut-il vraiment choisir entre l’or, valeur refuge millénaire, et Bitcoin, l’actif numérique le plus explosif de l’histoire financière ? Ou peut-on – et surtout doit-on – les associer intelligemment ?
Quand la sagesse millénaire rencontre la révolution numérique
Longtemps opposés dans les esprits, l’or et Bitcoin semblent aujourd’hui se compléter bien plus qu’ils ne se concurrencent. Une étude récente poussée, menée par une société spécialisée dans les actifs numériques, apporte des éléments de réponse très concrets en analysant le comportement de ces deux classes d’actifs lors des grandes crises et reprises des dix dernières années.
Le constat est sans appel : chacun joue une partition différente dans la symphonie parfois chaotique des marchés.
L’or : le gardien silencieux des tempêtes financières
Lorsque la panique s’empare des marchés, l’or a tendance à tenir bon… voire à tirer son épingle du jeu. Regardons les faits marquants de la dernière décennie :
- Fin 2018 : les actions chutent de plus de 19 %, Bitcoin perd plus de 40 % → l’or gagne environ 6 %
- Mars 2020 – krach Covid : actions -34 %, Bitcoin -38 % → l’or limite la casse à -3,6 %
- 2022 – resserrement monétaire brutal : actions -24 %, Bitcoin -60 % → l’or recule de moins de 9 %
- 2025 – tensions commerciales majeures : actions -17 %, Bitcoin -24 % → l’or progresse encore d’environ 6 %
Le message est clair : dans les moments où la plupart des investisseurs veulent juste survivre, l’or agit comme une bouée de sauvetage relativement fiable.
Bitcoin : l’accélérateur explosif des phases de reprise
Inversement, dès que les nuages se dissipent et que la confiance revient, Bitcoin change radicalement de visage. L’actif passe alors en mode turbo :
- Après le creux de fin 2018 → +79 % en quelques mois
- Après le plus bas du Covid 2020 → +775 % en l’espace d’un an
- Rebond 2023 post-inflation → +40 % malgré un environnement encore incertain
Ces chiffres sont impressionnants. Ils montrent que Bitcoin ne se contente pas de récupérer : il surperforme massivement les actifs traditionnels lors des phases d’euphorie et de réallocation massive vers le risque.
La proposition qui fait débat : 15 % combinés
C’est dans ce contexte qu’a émergé une recommandation qui, au départ, a surpris beaucoup de monde : allouer environ 15 % d’un portefeuille global à une combinaison d’or et de Bitcoin. L’idée n’est pas nouvelle, mais elle a été récemment remise sur le devant de la scène par un investisseur légendaire connu pour sa gestion macro très défensive.
« Dans un monde où la dette publique explose et où les déficits deviennent structurels, il devient rationnel de détenir une petite partie de ses actifs dans des réserves de valeur non directement contrôlées par un gouvernement unique. »
La répartition exacte entre or et Bitcoin peut varier selon les profils, mais l’étude la plus commentée teste un panier équilibré des deux.
Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : le ratio de Sharpe explose
Le ratio de Sharpe mesure la performance ajustée au risque. Plus il est élevé, plus vous gagnez beaucoup par unité de risque prise. Voici les résultats observés sur un horizon complet intégrant crises et reprises :
| Portefeuille | Ratio Sharpe approximatif |
| Classique 60/40 (actions/obligations) | 0,23 |
| 60/40 + or seul | ~0,38 |
| 60/40 + Bitcoin seul | ~0,55 à 0,62 (selon période) |
| 60/40 + 15 % (or + Bitcoin combinés) | 0,679 |
Le gain est spectaculaire : on passe d’un ratio médiocre à un ratio considéré comme excellent dans le monde de la gestion professionnelle. Et cela avec seulement 15 % du capital total réalloué.
Pourquoi cette complémentarité fonctionne-t-elle si bien ?
La clé réside dans la faible corrélation – parfois même la corrélation négative – entre ces deux actifs lors des grandes phases de stress. Lorsque les investisseurs institutionnels doivent déboucler des positions risquées, ils vendent d’abord ce qui est liquide : actions, obligations high-yield, cryptos. L’or, lui, reste souvent épargné, voire recherché.
Puis, lorsque la machine à risque repart, Bitcoin capte une part disproportionnée des flux entrants grâce à son profil de croissance asymétrique et à l’effet réseau croissant.
Les limites et les précautions à prendre
Bien sûr, cette stratégie n’est pas magique. Bitcoin reste extrêmement volatil. Il peut perdre 50 à 80 % lors des phases baissières les plus violentes. L’or, s’il protège relativement bien, n’offre généralement pas de rendements spectaculaires sur longue période.
De plus, la fiscalité, les frais de garde, la liquidité en situation extrême, et la maturité réglementaire diffèrent énormément entre les deux actifs. Tout cela doit être pris en compte selon votre pays de résidence et votre profil d’investisseur.
Vers une nouvelle norme d’allocation patrimoniale ?
Ce qui est fascinant, c’est que cette approche commence à sortir du cercle très fermé des early-adopters crypto pour intéresser des family offices, des fonds souverains et même certaines caisses de retraite qui, il y a encore cinq ans, n’auraient jamais considéré Bitcoin comme un actif sérieux.
La question n’est donc plus vraiment de savoir si l’or et Bitcoin ont leur place dans un portefeuille moderne, mais plutôt dans quelle proportion et avec quelle discipline.
Comment mettre en œuvre concrètement cette allocation ?
Plusieurs chemins s’offrent à l’investisseur particulier :
- Approche la plus simple : 7-8 % or physique ou ETF or + 7-8 % Bitcoin via ETF spot ou plateformes régulées
- Approche intermédiaire : utiliser des produits structurés ou des fonds mixtes or/crypto (encore rares en 2026)
- Approche dynamique : rééquilibrage trimestriel ou semestriel pour garder le ratio cible
- Approche conservatrice : commencer avec 5 % puis augmenter progressivement selon conviction et tolérance au stress
Quel que soit le chemin choisi, la discipline reste la variable la plus importante. Les gros écarts de performance se font rarement sur le choix de l’actif… mais presque toujours sur la capacité à tenir la stratégie quand tout le monde panique ou quand tout le monde s’emballe.
Conclusion : une assurance asymétrique pour l’avenir incertain
Dans un monde marqué par des dettes publiques records, des tensions géopolitiques persistantes, une inflation structurellement plus élevée qu’entre 1990 et 2020, et l’émergence d’une nouvelle classe d’actifs numériques, la combinaison modeste d’or et de Bitcoin apparaît de plus en plus comme une forme d’assurance asymétrique particulièrement intelligente.
Pas une martingale, pas une solution miracle, mais une brique supplémentaire dans la construction d’un patrimoine résilient. Une brique dont le coût (volatilité) semble de plus en plus raisonnable au regard des bénéfices potentiels en termes de protection ET de puissance de feu lors des reprises.
Et vous, avez-vous déjà intégré ne serait-ce qu’une petite part de ces deux « outsiders » millénaire et millennial dans votre allocation ?
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