Les puissances mondiales se préparent à une guerre économique sans précédent
Le rapport annuel sur les risques mondiaux, publié récemment, place la confrontation géoéconomique en tête des menaces les plus pressantes pour les deux prochaines années. Cette notion englobe l’utilisation stratégique d’outils économiques – tarifs, restrictions d’investissement, contrôle des ressources critiques – comme armes dans les rivalités entre États. Près d’un cinquième des experts interrogés y voient le risque le plus susceptible de déclencher une crise globale dès cette année.
Ce basculement n’est pas anodin. Pendant des décennies, la coopération multilatérale a servi de socle à la stabilité mondiale. Aujourd’hui, ce système vacille sous les coups de boutoir d’un nouvel âge de compétition. Les grandes nations redessinent leurs alliances, protègent leurs industries stratégiques et weaponisent leurs politiques économiques. Le résultat ? Un monde plus fragmenté, où la confiance s’effrite et où les chocs se propagent à vitesse grand V. Les experts soulignent que cette évolution marque un tournant profond dans la perception collective des dangers qui guettent l’humanité.
Les réponses des acteurs économiques et politiques varient. Certains États renforcent leurs capacités domestiques, investissent dans la relocalisation industrielle, tandis que d’autres cherchent des alliances alternatives pour contourner les blocages. Mais tous s’accordent sur un point : l’ère de la coopération inconditionnelle touche à sa fin, remplacée par une logique de puissance où l’économie devient un instrument de domination.
Pourquoi la confrontation géoéconomique domine-t-elle les classements ?
Les raisons sont multiples et s’entremêlent étroitement. Premièrement, les rivalités entre superpuissances se cristallisent autour de secteurs considérés comme vitaux : semi-conducteurs, batteries électriques, minéraux stratégiques comme le lithium ou les terres rares. Les restrictions à l’exportation de ces composants ne sont plus des mesures temporaires ; elles deviennent des outils permanents de pression géopolitique. Deuxièmement, la montée en puissance du protectionnisme généralisé accentue les fractures commerciales. Des hausses de droits de douane généralisées perturbent les flux et renchérissent les coûts pour tous les acteurs.
Troisièmement, les chaînes d’approvisionnement mondialisées révèlent leur vulnérabilité extrême. Une décision unilatérale peut bloquer un détroit maritime clé, annuler des contrats massifs ou geler des avoirs étrangers. Ces instruments, autrefois utilisés avec parcimonie lors de crises majeures, sont désormais déployés de manière quasi systématique. Le danger principal réside dans une possible contraction massive du commerce international, avec des effets domino sur la croissance économique mondiale, l’emploi et la stabilité financière des nations.
Nous assistons à une ère où la compétition intense amplifie les risques existants, transformant des outils économiques en armes stratégiques et modifiant profondément notre capacité collective à répondre aux crises.
Cette observation met en lumière l’urgence de la situation tout en rappelant que les trajectoires futures dépendent encore de nos choix collectifs. Ignorer ces signaux reviendrait à laisser les dynamiques actuelles s’emballer sans garde-fous.
Les autres menaces qui talonnent de près la confrontation économique
Le conflit armé entre États arrive juste derrière, occupant la deuxième marche pour l’horizon immédiat. Conflits prolongés, trêves précaires et budgets militaires gonflés témoignent d’un climat international tendu. Pourtant, sur deux ans, ce risque recule sensiblement, signe que les préoccupations purement économiques gagnent du terrain dans les esprits.
Les événements météorologiques extrêmes se hissent à la troisième place pour 2026, mais écrasent littéralement les projections à dix ans. Inondations record, vagues de chaleur meurtrières, ouragans d’une intensité inédite : les coûts humains et matériels s’accumulent. Les pertes assurées dépassent régulièrement les 100 milliards de dollars par an, un seuil symbolique franchi depuis plusieurs exercices. Pourtant, dans le court terme, ces menaces semblent passer au second plan, occultées par les urgences géopolitiques immédiates.
La polarisation sociétale et la prolifération de désinformation complètent le quinté de tête. Fractures idéologiques profondes, bulles informationnelles renforcées par les algorithmes, perte de confiance généralisée dans les institutions : ces phénomènes minent la cohésion nationale et internationale, rendant toute réponse coordonnée aux crises encore plus ardue.
L’intelligence artificielle : une bombe à retardement technologique
L’IA fait une percée spectaculaire dans les classements à long terme. La convergence entre apprentissage profond et calcul quantique crée un paysage technologique exponentiel. Les craintes portent sur plusieurs fronts : destruction créatrice massive d’emplois, accentuation des inégalités, utilisation militaire accrue, et même perte de contrôle humain sur des systèmes ultra-complexes.
Ce risque a connu l’une des progressions les plus rapides jamais observées, passant d’une position marginale à la cinquième place sur dix ans. D’un côté, des gains de productivité historiques ; de l’autre, des cycles vicieux de contraction de la demande, de mécontentement social et d’instabilité politique. Sans cadre réglementaire robuste et partagé, ces technologies risquent d’amplifier les tensions existantes plutôt que de les apaiser.
- Déplacement accéléré de millions d’emplois dans tous les secteurs
- Creusement exponentiel des écarts de richesse et d’accès aux opportunités
- Intégration croissante dans les systèmes d’armes autonomes
- Risque réel de scénarios où les humains perdent la maîtrise
Ces éléments soulignent l’impératif d’une gouvernance mondiale, même si les divisions actuelles rendent cet objectif particulièrement ambitieux.
Un ordre multipolaire sans filet multilatéral
La quasi-totalité des observateurs anticipent un monde multipolaire ou carrément fragmenté dans la décennie à venir. Sphères d’influence concurrentes, alliances opportunistes, recul marqué des institutions multilatérales : ce nouveau paysage complique énormément la gestion des défis transnationaux. Que ce soit le climat, les pandémies futures ou la cybersécurité, tout exige une coordination que la logique actuelle de compétition rend presque impossible.
La dette publique abyssale de nombreuses économies, combinée à des bulles potentielles sur les actifs et à un ralentissement économique généralisé, crée un environnement particulièrement instable. Les États disposent de marges de manœuvre budgétaire réduites, limitant leur capacité à amortir les chocs externes ou internes.
Impacts concrets sur l’économie et la société
Une escalade ouverte de la confrontation géoéconomique pourrait provoquer une chute brutale des échanges internationaux. Les entreprises, déjà sous pression inflationniste, verraient leurs coûts logistiques exploser et leurs approvisionnements devenir imprévisibles. Les consommateurs subiraient de plein fouet une inflation importée et une croissance molle, voire négative dans certains cas.
Les économies émergentes, souvent dépendantes des exportations et des IDE, seraient les plus exposées. Les capitaux risquent de se retirer vers des havres perçus comme plus sûrs, accentuant les déséquilibres mondiaux et les inégalités entre nations.
Vers plus de résilience ou vers l’abîme ?
Malgré le pessimisme ambiant, des initiatives positives émergent. Diversification des fournisseurs, investissements dans les technologies souveraines, partenariats public-privé renforcés : les acteurs économiques cherchent activement à bâtir une résilience accrue. La clé réside dans la capacité à reconstruire des ponts de confiance, même limités, entre blocs rivaux.
Sans formes renouvelées de coopération, les risques interconnectés deviennent exponentiels. Les mois et années à venir seront déterminants : soit nous parvenons à canaliser cette énergie compétitive vers des progrès partagés, soit nous glissons vers un monde de crises permanentes et cumulatives.
Les puissances se préparent activement à ce nouvel environnement. Stratégies nationales revues de fond en comble, entreprises en quête d’autonomie stratégique, citoyens confrontés à des prix plus élevés et à une incertitude accrue. La guerre économique est déjà là, discrète mais implacable dans ses effets quotidiens.
La question cruciale reste en suspens : le dialogue pourra-t-il reprendre ses droits face à ces forces centrifuges ? L’histoire récente montre que les périodes de grande compétition ont parfois accouché d’innovations et de réformes majeures. Espérons que 2026 marquera le début d’une telle réinvention plutôt que l’entrée dans une spirale destructrice.









