Imaginez un instant : des dunes immenses, d’un blanc presque irréel, qui s’étendent à perte de vue sous un soleil écrasant. Au milieu de ce décor lunaire, un pilote fend le sable à pleine vitesse, le cœur battant, tandis qu’à quelques kilomètres de là, le grand favori de l’épreuve gît au sol, l’épaule en sang, ses rêves de victoire qui s’effritent comme la poudreuse sous ses roues. C’est exactement la scène qui s’est jouée ce mercredi lors de la 10e étape du Dakar 2026. Un renversement de situation brutal, digne des plus grands drames sportifs.
Un jour qui va marquer l’histoire du Dakar motos
La journée avait pourtant commencé comme les précédentes : Daniel Sanders, l’Australien dominateur depuis le début de la compétition, tenait fermement les rênes du général. Mais le désert saoudien réserve parfois des surprises cruelles. Et cette 10e étape, disputée en format marathon, allait tout bouleverser.
Avec 420 kilomètres au total dont 368 chronométrés, le tracé emmenait les concurrents vers Bisha à travers des portions infinies de dunes. Un terrain que certains pilotes adorent, d’autres redoutent. Adrien Van Beveren fait clairement partie de la première catégorie.
Adrien Van Beveren : l’homme des dunes
Le Français n’avait pas vraiment brillé depuis le départ de Yanbu. Quelques places d’honneur, une troisième position remarquée dans la septième étape, mais rien qui ne laissait présager l’exploit qu’il allait réaliser. Et pourtant, dès les premiers hectomètres dans le sable blanc, on sentait que quelque chose était différent.
Il a attendu le kilomètre 163 pour véritablement prendre les commandes. À partir de là, plus personne ne l’a revu. Sur son terrain de prédilection, il a déroulé un pilotage d’anthologie : précis, rapide, engagé. Les sables mouvants, ces pièges si redoutés, semblaient au contraire le porter. Il a littéralement volé au-dessus des crêtes.
À l’arrivée, son temps de 4 heures et 15 minutes lui offre un septième scratch en carrière sur le Dakar. Mais surtout, une victoire qui va bien au-delà des chiffres. Elle redonne confiance, redonne le sourire, et surtout, rappelle à tout le monde que Van Beveren reste l’un des meilleurs spécialistes mondiaux du sable.
« Ça fait du bien car c’est un Dakar particulièrement difficile. Cette victoire est importante pour moi. J’ai roulé très vite sur mon terrain de jeu favori, je me suis régalé dans ces dunes et ces sables mouvants où ça demande un pilotage très technique. »
Ces mots traduisent parfaitement le soulagement et la satisfaction d’un pilote qui, malgré les galères du début de rallye, n’a jamais baissé les bras. Car dans cette épreuve, le mental compte presque autant que la mécanique.
Le choc Sanders : une chute aux conséquences lourdes
Pendant que Van Beveren s’envolait, un coup de tonnerre éclatait ailleurs dans le désert. Au kilomètre 138, Daniel Sanders perdait le contrôle de sa moto. Une chute violente, l’épaule gauche touchée. L’Australien, tenant du titre et grandissime favori, voyait ses espoirs s’envoler en quelques secondes.
Touché physiquement, il perdait surtout un temps précieux. Les minutes s’accumulaient, le classement général s’effondrait. De leader incontesté, il glissait brutalement à la quatrième place provisoire, avec déjà plus de seize minutes de retard sur la tête de course. Un gouffre dans une épreuve où chaque seconde compte.
Certains observateurs estimaient déjà que ses chances de victoire finale venaient de s’envoler. D’autres, plus prudents, rappelaient que le Dakar est loin d’être terminé et que Sanders a déjà prouvé par le passé qu’il savait revenir de très loin. Mais une chose est sûre : cette chute marque un tournant majeur dans l’édition 2026.
Luciano Benavides nouveau patron… provisoirement
Dans le sillage de Van Beveren, Luciano Benavides n’a jamais lâché prise. L’Argentin, régulier depuis le début, termine deuxième de l’étape à seulement 4 minutes et 2 secondes. Suffisamment proche pour prendre, au moins temporairement, la tête du classement général.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Ricky Brabec, troisième de l’étape à 5’26”, aurait perdu du temps pour porter assistance à Sanders après sa chute. Selon le règlement, ce geste de solidarité pourrait lui valoir un temps additionnel… ou plutôt une déduction de pénalité. Si cela se confirme, l’Américain deviendrait le nouveau leader devant Benavides. Suspense total donc au bivouac.
Van Beveren, lui, profite de cette belle opération pour remonter à la sixième place du général, à 57 minutes et 29 secondes. Une place honorable, mais qui montre aussi qu’il reste encore du chemin à parcourir pour jouer la gagne au classement scratch.
Les autres acteurs du jour
Skyler Howes complète le podium de l’étape à 4’51” de Van Beveren. Une performance solide pour le pilote Honda qui confirme sa montée en puissance au fil des jours. Derrière, on retrouve donc Brabec, puis d’autres pilotes qui tenteront de profiter du coup de massue reçu par Sanders.
Le top 5 de l’étape résume bien la hiérarchie du moment :
- 1. Adrien Van Beveren (Honda)
- 2. Luciano Benavides (KTM) + 4’02”
- 3. Skyler Howes (Honda) + 4’51”
- 4. Ricky Brabec (Honda) + 5’26”
- 5. (autres concurrents plus distancés)
Cette étape a donc redistribué les cartes de façon spectaculaire. Mais le Dakar réserve encore de nombreuses surprises.
Pourquoi cette étape était si particulière ?
Format marathon oblige, les pilotes n’ont pas pu bénéficier de l’assistance mécanique complète entre deux journées. Réparations sommaires, gestion de la fatigue, usure mécanique : tous ces paramètres rendent l’étape encore plus exigeante. Ajoutez à cela un terrain 100 % dunette, technique et piégeux, et vous obtenez une journée sélective par excellence.
Les portions de sable blanc demandent une lecture parfaite du terrain, un dosage subtil des gaz, un équilibre permanent. Une erreur se paye cash : ensablement, chute, perte de temps. Van Beveren a parfaitement négocié tous ces pièges. Sanders, lui, a payé le prix fort.
Le mental, clé de la réussite
Derrière les performances sportives se cache souvent une bataille intérieure. Van Beveren l’exprime clairement : « Comme quoi, il ne faut jamais lâcher. »
Après des jours compliqués, il a su se remobiliser, se recentrer sur ses points forts. Cette victoire agit comme une bouffée d’oxygène psychologique. À l’inverse, Sanders doit maintenant gérer douleur physique et frustration mentale. Deux paramètres qui pèsent lourd sur la deuxième moitié de rallye.
Et maintenant ?
Avec encore plusieurs étapes à disputer, rien n’est joué. Le Dakar est connu pour ses retournements de situation incessants. Sanders peut-il revenir ? Benavides saura-t-il conserver son rang ? Brabec profitera-t-il de son geste altruiste ? Van Beveren enchaînera-t-il sur sa lancée ?
Chaque kilomètre restant sera scruté, analysé, commenté. Les pilotes le savent : dans cette épreuve, le plus dur commence souvent quand on pense que le plus dur est passé.
Une chose est sûre : cette 10e étape restera gravée dans les mémoires comme celle du coup d’éclat de Van Beveren et de la chute brutale de Sanders. Le désert a encore frappé. Et il n’a pas fini de parler.
À suivre donc, jour après jour, dans ce qui s’annonce comme l’un des Dakar les plus indécis et passionnants de ces dernières années.
En bref : les moments clés de la 10e étape
- Adrien Van Beveren remporte sa première victoire d’étape en 2026
- Daniel Sanders chute au km 138, touché à l’épaule
- Luciano Benavides leader provisoire du général
- Ricky Brabec pourrait récupérer la tête grâce à un temps compensé
- Skyler Howes confirme sa belle forme sur Honda
Le sable continue de défiler, les moteurs hurlent, les cœurs battent. Le Dakar 2026 est plus vivant que jamais.









