Escalade militaire à l’est d’Alep : un nouveau front s’ouvre
La nuit a été particulièrement agitée dans les environs d’Alep, avec des échanges de tirs intenses signalés par les deux camps. L’armée syrienne et les Forces démocratiques syriennes (FDS) se sont mutuellement accusées d’initier les hostilités, marquant une rupture nette dans les tentatives de stabilisation postérieure à la chute de l’ancien régime.
Les positions autour de villages comme Humeima et Zubayda, situés dans le secteur stratégique de Deir Hafer, ont été le théâtre de ces affrontements. Mitraillement lourd, utilisation de drones et tentatives d’infiltration : les descriptions convergent vers une intensité croissante, loin d’un simple accrochage isolé.
Cette zone, à l’est de la métropole reprise récemment, représente un enjeu majeur pour le pouvoir central qui cherche à consolider son autorité sur l’ensemble du territoire nord syrien.
Les accusations croisées entre les deux forces
Selon des sources proches de l’armée, les FDS ont visé des positions militaires et des habitations civiles près de Humeima avec des armes lourdes et des drones. La riposte ne s’est pas fait attendre, avec des tirs de retour pour neutraliser la menace.
De leur côté, les FDS affirment avoir repoussé une tentative d’infiltration près de Zubayda, plus au sud. Elles dénoncent également des frappes de drones lancées par l’armée, causant plusieurs blessés parmi leurs rangs. Ces versions contradictoires soulignent la difficulté à établir la vérité sur le terrain dans un contexte de haute tension.
Les mouvements de troupes observés, comme le déploiement d’artillerie et de batteries anti-aériennes vers Deir Hafer, indiquent une préparation à une confrontation prolongée plutôt qu’à une simple escarmouche.
L’ultimatum de l’armée syrienne
Mardi, l’armée a formulé une exigence claire : les forces kurdes doivent se retirer vers l’est de l’Euphrate. Une carte officielle a été diffusée, délimitant précisément la zone concernée, désormais qualifiée de « zone militaire fermée ». Toute présence persistante y sera traitée comme une menace.
Cette déclaration intervient après la consolidation du contrôle sur Alep elle-même, où les quartiers kurdes ont été évacués au prix de combats acharnés. Le fleuve Euphrate apparaît comme une ligne rouge symbolique, séparant les territoires sous influence kurde du reste du pays.
Les FDS, qui dominent de vastes régions au nord-est depuis des années, voient dans cet ultimatum une provocation directe contre leur autonomie acquise au fil du conflit.
Contexte : la prise d’Alep et ses conséquences
Dimanche, l’armée a annoncé avoir repris l’intégralité d’Alep après avoir délogé les combattants kurdes des quartiers de Cheikh Maqsoud et Achrafieh. Ces secteurs, tenus par les FDS depuis longtemps, ont été le lieu de combats intenses pendant plusieurs jours.
Les bilans font état de lourdes pertes : selon des observateurs indépendants, 105 personnes ont perdu la vie, dont 45 civils et 60 combattants des deux côtés. Les secouristes ont extrait une cinquantaine de corps des décombres dans les quartiers concernés, sans distinction précise entre civils et militaires.
Cette opération militaire a permis au pouvoir de Damas d’affirmer son autorité sur la deuxième ville du pays, mais elle a aussi exacerbé les tensions avec les forces kurdes.
L’impasse des négociations et l’accord rompu
Une responsable kurde des relations extérieures a accusé l’armée de préparer une offensive d’envergure contre les Kurdes. Elle évoque une rupture de l’accord signé le 10 mars 2025, qui prévoyait une intégration négociée des institutions kurdes civiles et militaires dans l’État syrien.
Ces discussions sont aujourd’hui dans l’impasse. Le pouvoir cherche à reprendre le contrôle total de la région d’Alep, tandis que les Kurdes défendent les acquis territoriaux obtenus pendant la guerre civile.
Les Kurdes avaient profité du chaos entre 2011 et 2024 pour étendre leur influence, notamment après avoir combattu l’État islamique aux côtés d’une coalition internationale.
Réactions populaires et manifestations
À Qamichli, ville principale du nord-est sous contrôle kurde, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre les combats. Les manifestants ont scandé « Jolani, dégage ! », référence à l’ancien nom de guerre du président actuel, un ex-jihadiste dont les portraits ont été brûlés sur place.
Un habitant local a exprimé sa frustration : ce gouvernement n’a honoré aucun engagement envers les Syriens, et depuis son arrivée, le sang continue de couler, citant des violences contre différentes communautés.
Malgré les promesses officielles de protection des minorités, des incidents graves ont marqué les mois précédents, incluant des massacres et des affrontements dans diverses régions.
Enjeux humanitaires et civils
Les combats ont un impact dévastateur sur les populations. Civils pris entre deux feux, évacuations forcées, destructions : les récits convergent vers une situation dramatique. Les zones urbaines et rurales autour d’Alep subissent les conséquences directes de cette escalade.
Les frappes et les tirs indiscriminés risquent d’aggraver la crise humanitaire dans un pays déjà exsangue après plus d’une décennie de guerre.
Les observateurs craignent que sans dialogue rapide, ces affrontements ne dégénèrent en conflit plus large, impliquant d’autres acteurs régionaux.
Perspectives d’avenir incertaines
La Syrie post-conflit peine à trouver une stabilité. Le pouvoir central, issu d’un changement radical, fait face à des défis multiples : intégration des territoires, gestion des minorités, reconstruction. Les Kurdes, forts de leur expérience autonome, refusent un retour forcé sous autorité unique sans garanties solides.
Ces nouveaux combats à l’est d’Alep pourraient marquer le début d’une phase critique. L’ultimatum, les renforts militaires et les accusations mutuelles laissent peu de place à l’optimisme immédiat.
La communauté internationale suit de près, consciente que toute déstabilisation supplémentaire pourrait avoir des répercussions régionales importantes.
Dans ce contexte, les prochains jours seront déterminants pour savoir si la diplomatie peut encore prévaloir ou si la logique militaire s’imposera durablement.
Les enjeux dépassent largement Alep : ils touchent à l’unité du pays, au sort des minorités et à l’avenir d’une nation reconstruite sur des bases fragiles. La vigilance reste de mise face à une situation évolutive rapidement.









