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Imam Dicko Peut-Il Renverser la Junte au Mali ?

Depuis l’Algérie, l’imam Mahmoud Dicko appelle les Maliens à se réunir contre la junte au pouvoir. Figure religieuse influente, il lance la Coalition des Forces pour la République pour faire tomber les militaires. Mais dans un pays sous répression et asphyxié par les jihadistes, cette mobilisation peut-elle vraiment aboutir ?

Dans un Mali épuisé par plus d’une décennie de violences, une figure religieuse tente à nouveau de faire entendre sa voix. Depuis son exil algérien, l’imam Mahmoud Dicko appelle à l’union pour mettre fin à la mainmise des militaires sur le pouvoir. Son nouveau mouvement ambitionne de rassembler les Maliens autour d’un objectif clair : le retour des civils à la tête de l’État.

Un appel lancé depuis l’exil

Fin décembre, une vidéo circule sur les réseaux sociaux et dans les cercles maliens. On y voit l’imam Dicko, visage impassible, barbe courte et chèche autour du cou. Il s’exprime en bambara et en peul, langues parlées par une grande partie de la population. Son message est direct : il faut se lever, se réunir, pour que la situation actuelle prenne fin.

« Tout le monde souffre. On ne peut pas vivre dans un pays où plus personne ne peut parler », déclare-t-il calmement. Ces mots résonnent dans un contexte où la liberté d’expression s’est considérablement réduite. L’appel vise à fédérer les différentes communautés d’un pays marqué par des divisions ethniques et religieuses profondes.

Les racines d’une influence incontestée

Mahmoud Dicko n’est pas un inconnu au Mali. Ancien président du Haut conseil islamique, il a longtemps incarné une autorité religieuse respectée. Sa mouvance wahhabite ne l’empêche pas d’être écouté bien au-delà des cercles rigoristes. Il a su, à plusieurs reprises, se positionner comme un acteur politique incontournable.

En 2020, il avait déjà joué un rôle central dans la contestation qui a conduit à la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta. Les manifestations massives, soutenues par son aura, avaient précipité le coup d’État qui a porté la junte au pouvoir. Ironie de l’histoire : celui qui avait contribué à l’arrivée des militaires est aujourd’hui leur principal opposant déclaré.

Soutenu au début par la transition militaire, il a rapidement été marginalisé. Les divergences se sont accumulées jusqu’à son départ en exil en 2023. Depuis l’Algérie, il observe l’évolution du pays et prépare son retour sur la scène politique.

La Coalition des Forces pour la République : un nouvel outil

Pour structurer son action, l’imam a créé la Coalition des Forces pour la République (CFR). Ce mouvement se présente comme une plateforme de dialogue entre les différentes composantes de la société malienne. L’objectif affiché reste le même : obtenir le départ des militaires et organiser un retour à l’ordre constitutionnel.

La composition exacte de cette coalition reste floue. Les opposants encore présents sur le territoire évitent de s’afficher publiquement par crainte de représailles. On évoque toutefois la présence d’hommes politiques issus de divers horizons. L’entourage proche de l’imam insiste : le départ des militaires constitue une condition sine qua non.

« Le départ des militaires est nécessaire pour que le Mali retrouve un avenir démocratique. »

Un proche de l’imam Dicko

Cette position ferme contraste avec le silence imposé à de nombreuses voix critiques à Bamako. La dissolution des partis politiques et la répression des manifestations ont considérablement rétréci l’espace démocratique.

Un pays asphyxié par la violence jihadiste

Le contexte sécuritaire rend la situation encore plus explosive. Depuis plusieurs mois, les attaques menées par des groupes affiliés à Al-Qaïda se multiplient. Les convois de carburant sont régulièrement visés, les sites industriels touchés. Ces actions asphyxient littéralement l’économie d’un pays déjà enclavé.

L’expansion jihadiste ne se limite plus au nord. Les groupes armés progressent vers le sud et l’ouest, menaçant directement des régions jusque-là relativement épargnées. L’armée malienne, appuyée par des paramilitaires russes, peine à contenir cette avancée. Les accusations d’exactions contre les civils se multiplient, alimentant le ressentiment populaire.

  • Attaques répétées contre les infrastructures énergétiques
  • Progression des groupes jihadistes vers le centre et le sud
  • Accusations récurrentes d’abus commis par les forces pro-gouvernementales
  • Économie nationale gravement fragilisée par les coupures d’approvisionnement

Dans ce climat de peur et d’insécurité, l’appel de l’imam Dicko à l’union prend une résonance particulière. Sa posture religieuse, fondamentaliste mais opposée à la violence politique, pourrait ouvrir des portes que d’autres acteurs ne parviennent pas à franchir.

Dialogue avec les jihadistes : une option envisagée ?

L’imam a longtemps défendu l’idée d’un dialogue inclusif inter-malien. Cette approche incluait potentiellement les groupes armés qualifiés de terroristes par les autorités. Cette position lui avait valu des critiques sévères, certains l’accusant de vouloir instaurer une forme de régime théocratique.

Aujourd’hui, ses partisans estiment qu’il a su se défaire de cette image d’« ayatollah ». Il continue néanmoins d’affirmer des positions très conservatrices. « Je ne suis pas avec ceux qui ne sont pas avec Allah », lance-t-il dans son message récent. Ces mots interrogent sur sa vision de l’État laïc.

Son entourage précise qu’il ne souhaite pas entrer directement en politique. Il entend plutôt soutenir une personnalité partageant ses convictions religieuses. Cette stratégie indirecte pourrait lui permettre de conserver une forme de neutralité morale tout en influençant le cours des événements.

Une mobilisation populaire crédible ?

Malgré son aura passée, plusieurs observateurs doutent de la capacité réelle de l’imam à déclencher une mobilisation massive. Aucune grande manifestation n’a suivi l’annonce de la création de la CFR. La peur des représailles reste omniprésente dans les grandes villes.

Du côté de la junte, on minimise ouvertement son influence. « L’imam cherche simplement à se remettre en selle. Il est de moins en moins celui qui peut mobiliser », estime un conseiller ministériel. Ces propos reflètent une forme de confiance affichée par les autorités actuelles.

« Il semble peu réaliste que cette force de contestation politique arrive à bout des militaires dans l’immédiat. »

Un analyste du Sahel

Pourtant, dans un pays où la situation ne cesse de se dégrader, certains opposants voient en Dicko l’une des dernières cartes jouables. Sa respectabilité religieuse et son assise populaire pourraient encore faire la différence dans un contexte de crise profonde.

L’exil algérien : un choix stratégique

Le choix de l’Algérie comme terre d’exil n’a rien d’anodin. Les relations entre Alger et Bamako sont tendues depuis plusieurs mois. En s’installant dans ce pays voisin, l’imam envoie un message clair aux autorités maliennes. Il bénéficie en outre d’une position géographique qui lui permet de rester connecté aux réalités du terrain.

Les rumeurs récurrentes de son retour à Bamako ont déjà provoqué des remous. En février dernier, l’annonce supposée de son arrivée avait conduit les autorités à déployer un important dispositif de sécurité. Cette réaction en dit long sur l’inquiétude que suscite encore sa simple présence potentielle.

Un avenir incertain pour le Mali

Le Mali se trouve aujourd’hui à un carrefour dangereux. La dégradation sécuritaire s’accompagne d’une crise économique sans précédent. Les convois attaqués, les industries paralysées, les prix qui flambent : la population subit de plein fouet les conséquences de cette instabilité chronique.

Dans ce contexte, l’appel de l’imam Dicko à l’union peut sembler à la fois nécessaire et utopique. Saura-t-il transformer son influence religieuse en force politique capable de faire bouger les lignes ? Ou restera-t-il une voix isolée depuis l’exil ?

Les prochains mois seront déterminants. Si la situation continue de se dégrader, de nouvelles figures pourraient émerger. Mais pour l’instant, Mahmoud Dicko incarne l’une des rares personnalités capables de parler à la fois aux religieux, aux communautés et aux opposants politiques. Reste à savoir si cette voix portera assez loin pour changer le cours des événements.

Le peuple malien attend des solutions concrètes. La lassitude est palpable, la souffrance quotidienne. Entre répression intérieure et menaces extérieures, le pays semble suspendu à un fil. L’initiative de l’imam en exil représente-t-elle une lueur d’espoir ou simplement un énième chapitre d’une crise sans fin ? L’histoire en cours dira si cette nouvelle tentative de mobilisation portera ses fruits.

Ce qui est certain, c’est que le Mali ne peut plus attendre. Chaque jour qui passe aggrave les fractures, accentue les souffrances, renforce les extrêmes. Dans ce paysage chaotique, une voix appelle au rassemblement. Sera-t-elle entendue ?

Points clés à retenir

  • L’imam Dicko appelle depuis l’exil à l’union contre la junte militaire
  • Son nouveau mouvement, la CFR, vise le retour des civils au pouvoir
  • Le contexte sécuritaire et économique se dégrade rapidement
  • Sa légitimité religieuse reste forte malgré les controverses
  • La capacité réelle de mobilisation reste incertaine dans un climat de répression

Le Sahel continue de brûler. Le Mali reste au cœur des tempêtes. Et au milieu de ce chaos, une figure religieuse tente de rallumer la flamme d’un changement possible. Les Maliens écouteront-ils cet appel venu d’Alger ? L’avenir seul le dira.

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