Une mort qui interroge au cœur d’une transition incertaine
Edilson Torres, policier expérimenté de 52 ans, n’a pas survécu à sa détention. Arrêté en décembre pour des accusations de trahison envers la patrie, il est décédé peu après l’annonce des premières libérations massives de prisonniers politiques. Cette disparition survient dans un contexte de bouleversements majeurs au Venezuela, où la chute brutale de l’ancien dirigeant a ouvert la voie à un pouvoir intérimaire sous pression internationale.
La famille d’Edilson Torres refuse de rester silencieuse face à ce drame. Son oncle, Cirilo Fernandez, a choisi de parler malgré les risques. Il exprime sa consternation profonde et craint pour sa propre sécurité. Selon lui, cette mort n’est pas un simple accident de santé, mais le résultat d’un traitement violent en détention. « Je suis consterné par la mort de mon neveu », confie-t-il, ajoutant qu’il pense que sa vie est également menacée.
Sa sœur, Emelyn Torres, partage ce mélange de douleur et de détermination. Elle avait espéré revoir son frère vivant, mais c’est son cercueil qu’elle a accompagné sur les 430 kilomètres séparant Caracas de Guanare. « Je suis meurtrie, mais je suis prête à me battre », affirme-t-elle avec une résolution qui tranche sur la peur ambiante.
Les circonstances de l’arrestation et de la détention
Edilson Torres exerçait depuis plus de vingt ans dans les forces de sécurité de l’État de Portuguesa. Le 4 décembre, jour de son anniversaire, des agents sont venus le chercher à son domicile sous un prétexte anodin : nettoyer un climatiseur. Une fois sur place, ils l’ont emmené. Plus tard, ils sont revenus saisir son téléphone portable. Depuis, la famille n’a plus eu de nouvelles jusqu’à l’annonce de son décès.
Les accusations portées contre lui reposent sur des messages partagés dans des groupes, jugés critiques envers le régime et le gouverneur local. Détenu au secret, il a été transféré à l’hôpital où les autorités ont évoqué une crise cardiaque comme cause du décès. Pour ses proches, cette explication officielle masque une réalité plus sombre, marquée par des mauvais traitements.
La grand-mère du défunt, âgée de 90 ans, le décrit comme un homme travailleur dévoué à ses quatre enfants. Lors de la veillée, elle s’est approchée du cercueil, soutenue par la famille, pour un dernier adieu émouvant. Des amis motards, collègues policiers et voisins ont afflué, formant une procession impressionnante malgré l’angoisse générale.
Un climat de peur persistante lors des obsèques
À Guanare, la veillée funèbre a réuni des dizaines de personnes. Le cercueil, orné du drapeau national et d’une bannière d’un groupe d’amis motards, était placé devant un grand crucifix argenté. Les participants murmuraient entre eux, évitaient les déclarations publiques. La tristesse se mêlait à une panique diffuse, héritage d’années de répression.
Cirilo Fernandez insiste : son neveu n’est pas un cas isolé. « Il n’est pas le seul, il y en a plusieurs », répète-t-il, appelant à briser le silence imposé par la crainte. Depuis 2014, selon des organisations de défense des droits humains, au moins 18 prisonniers politiques sont morts en garde à vue. Ce chiffre souligne une problématique structurelle qui perdure malgré les changements récents au sommet de l’État.
La peur n’a pas disparu avec la transition politique. Même si certains détenus ont été libérés, la majorité des assistants aux obsèques préféraient le murmure à la voix haute. Cette chape de plomb révèle que la liberté d’expression reste un combat quotidien pour de nombreux Vénézuéliens.
Le contexte des libérations sous pression internationale
La mort d’Edilson Torres intervient au moment précis où le nouveau pouvoir intérimaire annonce des libérations de détenus. Le 8 janvier, un « grand nombre » de prisonniers ont été promis libérés, suite à des pressions extérieures intenses. Les autorités évoquent 116 libérations, tandis que les organisations de droits humains en comptent une cinquantaine, incluant des binationaux.
Ces gestes s’inscrivent dans une volonté affichée de justice et de dialogue. Pourtant, plus de 800 personnes resteraient détenues pour motifs politiques, selon les estimations des ONG. Les libérations se font au compte-gouttes, alimentant l’impatience des familles et le scepticisme des observateurs.
Les événements récents ont accéléré ce processus. La capture spectaculaire de l’ancien dirigeant lors d’une opération militaire a marqué un tournant. Le pouvoir intérimaire, dirigé par une figure expérimentée, tente de répondre aux exigences internationales tout en gérant les tensions internes. Mais pour des familles comme celle d’Edilson Torres, ces avancées arrivent trop tard.
Les répercussions sur la société vénézuélienne
Au Venezuela, la liberté d’expression demeure un luxe dangereux. « Il n’y a pas de liberté d’expression », déplore Cirilo Fernandez, âgé de 58 ans. « Les Vénézuéliens ont peur de dire la vérité ». Cette déclaration résonne dans un pays où les critiques, même privées, ont pu mener à des arrestations arbitraires.
Les contestations liées aux élections de 2024 avaient entraîné plus de 2 400 arrestations. La plupart des personnes ont été relâchées par la suite, mais les séquelles persistent. Les familles de détenus, autrefois silencieuses par crainte, commencent à se manifester plus ouvertement depuis les annonces récentes.
Ce cas illustre les défis d’une transition. Si les libérations symbolisent un espoir, des morts comme celle d’Edilson Torres rappellent les abus passés et la nécessité de réformes profondes. La justice pour les victimes reste une exigence majeure pour reconstruire la confiance.
Témoignages et appels à la justice
Les proches d’Edilson Torres multiplient les récits poignants. Une de ses filles raconte comment les agents ont attendu son retour du travail avant de l’emmener. Le téléphone saisi contenait les fameux messages incriminés. Depuis, le silence radio jusqu’à l’hôpital.
Emelyn Torres, en larmes devant le cercueil, incarne cette douleur collective. Elle avait confiance en un retour vivant de son frère. Au lieu de cela, le voyage funèbre depuis Caracas a transformé l’espoir en deuil. Sa détermination à se battre inspire, même si la route s’annonce longue.
Cirilo Fernandez appelle à reconnaître la responsabilité de l’État. Il refuse que cette mort soit oubliée parmi tant d’autres. Son courage rare dans ce climat incite d’autres à sortir de l’ombre, même timidement.
Vers une réconciliation fragile ?
Le Venezuela traverse une phase critique. Les libérations partielles offrent un signe d’ouverture, mais des cas comme celui d’Edilson Torres montrent que le passé pèse lourd. Les organisations internationales suivent de près l’évolution, appelant à la libération inconditionnelle de tous les détenus arbitraires.
Pour les familles touchées, la justice passe par la vérité sur ces décès en détention. Sans enquête indépendante, la suspicion persiste. Le pays aspire à tourner la page, mais les cicatrices des années de répression demandent du temps pour guérir.
Dans les rues de Guanare, le deuil se poursuit. Le cercueil d’Edilson Torres symbolise non seulement une perte personnelle, mais aussi les enjeux d’une nation en quête de paix et de liberté. Espérons que ce drame accélère les réformes nécessaires pour que plus personne ne meure en silence derrière les barreaux.
La transition vénézuélienne reste fragile, marquée par des espoirs et des drames. Chaque libération compte, mais chaque mort injuste rappelle l’urgence d’un changement réel et durable. Le chemin vers une société où la critique ne coûte plus la vie est encore long, mais des voix comme celles de la famille Torres prouvent que le silence n’est plus une fatalité.









