Imaginez des mères, des épouses, des sœurs qui patientent depuis des mois, voire des années, devant les grilles impitoyables des prisons vénézuéliennes. Elles espèrent un geste, un appel, une nouvelle qui mettrait fin à leur calvaire. Aujourd’hui, au Venezuela, cette attente se transforme en colère sourde. Après un événement qui a bouleversé le pays – la capture soudaine de Nicolás Maduro par les forces américaines –, les promesses de libérations massives de prisonniers politiques ont suscité un immense espoir. Pourtant, la réalité sur le terrain est bien différente, et les familles crient leur désarroi face à un processus qu’elles qualifient de catastrophique.
Un espoir fragile né d’un bouleversement majeur
Le 3 janvier 2026, une opération militaire américaine a mis fin au règne de Nicolás Maduro. Capturé avec son épouse, l’ancien président a été transféré aux États-Unis où il fait face à de graves accusations. Cet événement a plongé le Venezuela dans une période d’incertitude totale. Les autorités, sous une pression intense venue de Washington, ont rapidement annoncé des mesures d’apaisement, dont la libération de nombreux détenus considérés comme prisonniers politiques.
Dès le 8 janvier, le gouvernement a promis la remise en liberté de « nombreux prisonniers ». L’espoir a enflé chez des milliers de familles qui, depuis des années, militent pour la libération de leurs proches. Mais très vite, la déception a pris le dessus. Les annonces officielles et la réalité du terrain divergent fortement, alimentant un sentiment de trahison profonde.
Des chiffres qui ne concordent pas
Le gouvernement a communiqué un premier bilan impressionnant : 116 nouvelles levées d’écrous annoncées lundi. Ce chiffre semble marquer un progrès significatif. Pourtant, du côté des familles et des collectifs de défense des droits humains, le compte est tout autre. Selon le Comité des familles pour la liberté des prisonniers politiques, seulement 69 libérations ont été confirmées depuis le 8 janvier.
Cette différence n’est pas anodine. Elle reflète un malaise grandissant : les autorités avancent des nombres qui ne correspondent pas aux vérifications indépendantes. Les familles, qui suivent jour après jour l’évolution de chaque dossier, se sentent flouées. Elles dénoncent un bilan globalement désastreux, loin des promesses initiales.
« Il ne peut y avoir de transition au Venezuela sans la libération totale et inconditionnelle de tous les prisonniers politiques. »
Diego Casanova, membre du Comité des familles pour la liberté des prisonniers politiques
Cette déclaration, prononcée lors d’une conférence de presse émouvante, résume l’exigence principale des proches des détenus. Pour eux, aucune avancée réelle n’est possible tant que des centaines de personnes restent derrière les barreaux pour des motifs considérés comme politiques.
Une mobilisation symbolique et puissante
Mardi, le Comité a organisé une conférence de presse marquante à l’Université centrale du Venezuela, la plus grande du pays. Sur la place principale, des centaines de portraits en noir et blanc ont été disposés au sol, formant un tapis poignant de visages emprisonnés. Autour d’un grand drapeau vénézuélien, les proches ont scandé des slogans simples mais puissants : « Justice et liberté, tous sont innocents, aucun n’est délinquant ! »
Cette action visuelle forte a permis de rappeler au monde entier l’ampleur du drame humain. Chaque portrait représente une vie suspendue, une famille brisée. Les cris des manifestants ont résonné dans les allées de l’université, symbole de résistance et d’espoir malgré tout.
Les familles ne se contentent pas de protester. Elles documentent chaque cas, confrontent les autorités aux preuves de détentions arbitraires. Leur détermination force le respect, même dans un contexte de grande tension.
Plus de 1 000 personnes toujours détenues injustement
Selon les estimations du Comité, plus de 1 000 individus restent injustement détenus dans les prisons du pays. Ce chiffre alarmant inclut des opposants, des militants, des citoyens ordinaires arrêtés lors des contestations post-électorales de 2024. Après la proclamation contestée de la victoire de Nicolás Maduro à la présidentielle, environ 2 400 personnes avaient été interpellées. Plus de 2 000 ont été relâchées par la suite, selon les chiffres officiels, mais beaucoup estiment que ces libérations étaient insuffisantes et sélectives.
Aujourd’hui, la répression semble se poursuivre sous d’autres formes. Le Comité évoque des arrestations récentes : une centaine de personnes soupçonnées d’avoir « soutenu » la chute de Maduro. Ces cas, souvent non signalés par peur de représailles, ajoutent à la confusion et à l’angoisse générale.
- Plus de 1 000 détenus politiques estimés encore en prison.
- Arrestations pour « soutien » à la chute du régime : environ 100 cas.
- Libérations confirmées par les familles : 69 depuis le 8 janvier.
- Annonce officielle : 116 levées d’écrous lundi.
Ces écarts soulignent la méfiance profonde entre les autorités et les collectifs de défense des droits. Chaque chiffre devient un enjeu de crédibilité.
Des mères en larmes face à l’opacité carcérale
Les témoignages personnels sont déchirants. Bianca Lorenzo, 65 ans, attend des nouvelles de son fils depuis 11 mois. Celui-ci aurait dû être libéré après avoir purgé sa peine, mais il a été transféré dans une prison militaire sans explication. « Jusqu’à aujourd’hui, pas un seul appel », confie-t-elle, les larmes aux yeux.
Xiomara Requena, 58 ans, partage le même calvaire. Son fils également transféré, et les autorités refusent toute information. « Nous sommes allés là-bas et ils nous ont lancé des chiens », raconte-t-elle avec amertume. Ces récits illustrent l’opacité totale du système carcéral vénézuélien, même après les promesses de changement.
« Ils ne nous disent rien, cela fait 11 mois qu’il aurait dû être libéré. »
Bianca Lorenzo, mère d’un détenu
Depuis le 8 janvier, des centaines de familles affluent devant les prisons, pleines d’espoir au début, puis rongées par l’inquiétude. L’état d’exception décrété la nuit de l’opération américaine n’a pas facilité les choses. Les transferts inexpliqués, les refus de visite, les menaces : tout cela maintient un climat de peur.
Une transition impossible sans justice complète
Pour les familles et les militants, la libération totale et inconditionnelle des prisonniers politiques est une condition sine qua non pour toute transition démocratique. Sans cela, la répression qui a rempli les prisons continue sous d’autres formes. Le bilan actuel est jugé désastreux parce qu’il ne répond pas aux attentes minimales de justice.
La pression internationale, notamment américaine, a forcé l’ouverture des portes de certaines cellules. Mais les familles demandent plus : une amnistie générale, des enquêtes sur les détentions arbitraires, la fin des intimidations. Elles refusent que la transition se fasse sur le dos des innocents encore emprisonnés.
Dans ce contexte, chaque jour qui passe sans libération massive renforce le sentiment d’abandon. Les proches des détenus deviennent les porte-voix d’une société blessée, qui aspire à tourner la page d’années de répression.
Les racines d’une crise carcérale profonde
Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut remonter aux contestations de 2024. La présidentielle contestée a déclenché une vague d’arrestations massives. Les opposants, les manifestants, même des citoyens lambda soupçonnés de dissidence, ont rempli les prisons. Les organisations de défense des droits humains parlent de détentions arbitraires, de procès inéquitables, de conditions inhumaines.
La chute de Maduro a ouvert une brèche. Les États-Unis, en exigeant des gestes concrets, ont accéléré le processus. Mais la lenteur des libérations montre que les structures répressives sont profondément enracinées. Les transferts vers des prisons militaires, les refus d’information : ces pratiques persistent.
Les familles ne baissent pas les bras. Elles organisent des veillées, des conférences, des actions symboliques. Leur combat est aussi un rappel que la liberté ne se mesure pas seulement aux chiffres officiels, mais à la réalité vécue par chaque détenu et ses proches.
Vers une libération totale ? Les enjeux à venir
L’avenir reste incertain. Les pressions extérieures pourraient accélérer les libérations. Mais les familles insistent : rien ne remplacera une amnistie complète et vérifiable. Tant que des centaines de personnes croupissent en prison pour leurs idées, la transition démocratique restera incomplète.
Le Venezuela est à un tournant historique. La capture de l’ancien président a ouvert des perspectives, mais aussi révélé les fractures profondes de la société. Les voix des familles des prisonniers politiques portent l’espoir d’une justice réelle, d’une réconciliation nationale. Leur détermination pourrait bien être le baromètre de la réussite ou de l’échec de cette nouvelle ère.
Chaque jour, des mères attendent devant les prisons, des portraits à la main. Leur cri est clair : justice et liberté pour tous. Sans cela, le Venezuela ne pourra pas guérir ses plaies les plus profondes.
Points clés à retenir
Le bilan des libérations est contesté : 116 annoncés officiellement contre 69 confirmés par les familles.
Plus de 1 000 détenus politiques encore en prison selon les collectifs.
Des arrestations récentes pour « soutien » à la chute du régime ajoutent à la tension.
Les familles exigent une libération totale et inconditionnelle pour une vraie transition.
Ce drame humain continue de se jouer sous nos yeux. Les familles du Venezuela ne demandent pas la charité, mais la justice. Leur combat rappelle que derrière chaque statistic se cache une vie, une famille, un espoir fragile qui refuse de s’éteindre.
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