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Répression en Iran : Les Visages Tragiques de Rubina, Erfan, Mehdi

Derrière les chiffres glaçants de la répression en Iran, trois visages marquent les esprits : une créatrice de mode kurde de 23 ans, un jeune footballeur talentueux de 17 ans et un ancien champion de body-building. Leurs rêves ont été fauchés par balles. Qui étaient-ils vraiment ?

Imaginez une jeune femme de 23 ans qui rêve de faire rayonner la richesse culturelle de son pays à travers ses créations vestimentaires. Imaginez un adolescent de 17 ans dont le talent sur un terrain de football promettait une carrière brillante. Imaginez un homme de 39 ans, ancien champion reconnu, devenu entraîneur et qui transmettait sa passion. Aujourd’hui, ces trois Iraniens ne sont plus que des noms sur une liste tragique : celle des victimes de la répression brutale qui frappe l’Iran depuis plusieurs semaines.

Chaque jour, de nouvelles histoires émergent, rappelant que derrière les statistiques effroyables se trouvent des êtres humains, des familles déchirées, des avenirs anéantis. Rubina, Erfan, Rebin et Mehdi incarnent cette jeunesse et cette vitalité fauchées en pleine rue, souvent d’une balle tirée dans le dos ou à bout portant.

Quand la répression frappe des vies ordinaires devenues symboles

Depuis le début du soulèvement populaire, les forces de sécurité iraniennes ont répondu aux manifestations par une violence extrême. Des centaines, voire des milliers de personnes auraient perdu la vie selon les organisations de défense des droits humains. Parmi elles, des profils très divers : étudiants, artistes, sportifs, ouvriers. Rubina, Erfan, Rebin et Mehdi représentent cette diversité tragiquement réunie par un même destin.

Rubina Aminian : la créatrice qui célébrait la diversité kurde

Rubina avait 23 ans. Elle étudiait la mode dans l’un des établissements les plus réputés de Téhéran réservé aux femmes. Sur les réseaux sociaux, elle partageait avec fierté ses créations inspirées de ses racines kurdes et de la mosaïque ethnique iranienne. Ses vêtements racontaient une histoire d’identité, de beauté plurielle, loin des carcans imposés.

Le 8 janvier au soir, alors que les rassemblements prenaient de l’ampleur dans la capitale, elle a décidé de quitter son campus pour rejoindre les manifestants. Selon les témoignages recueillis par les défenseurs des droits humains, elle a été atteinte d’une balle dans la tête, tirée dans le dos. Une exécution sommaire qui ne laisse aucune place au doute sur l’intention.

Ses parents, originaires de Kermanshah, ont fait le déplacement jusqu’à Téhéran pour identifier son corps. Sur place, ils ont été confrontés à une vision d’horreur : des centaines de jeunes dépouilles alignées, autant de promesses éteintes. Après de longues tractations, ils ont pu récupérer la dépouille de leur fille, mais les autorités leur ont interdit toute cérémonie publique une fois rentrés dans leur ville.

« Nous avons vu les corps de centaines de jeunes tués dans les manifestations. »

Proche de la famille de Rubina

Cette phrase résume à elle seule l’ampleur de la tragédie. Rubina n’était pas une activiste professionnelle, mais une étudiante passionnée par son art. Son seul « crime » aura été de vouloir exprimer sa voix dans la rue.

Erfan Faraj : l’adolescent fauché à 18 ans

Erfan venait tout juste de fêter ses 18 ans. Originaire de Rey, une ville limitrophe de Téhéran, il menait une vie d’adolescent ordinaire jusqu’à ce que les événements le propulsent dans l’histoire. Le 7 janvier, il a été atteint par des tirs à balles réelles des forces gouvernementales.

Son corps a ensuite été transféré, comme tant d’autres, vers la morgue de Kahrizak. Des images circulant sur les réseaux sociaux montraient des dizaines de sacs mortuaires alignés, provoquant une onde de choc internationale. Erfan a été enterré discrètement, sans annonce publique, sans hommage.

Ce silence imposé est une seconde peine infligée aux familles. Ne pas pouvoir pleurer publiquement son enfant, ne pas pouvoir partager sa mémoire, constitue une violence supplémentaire dans un pays où le deuil est contrôlé.

Rebin Moradi : le jeune espoir du football kurde

À seulement 17 ans, Rebin était déjà considéré comme l’un des talents les plus prometteurs de la ligue juniors de football de Téhéran. Originaire de la province de Kermanshah mais vivant dans la capitale, il incarnait l’espoir d’une jeunesse kurde souvent marginalisée.

Jeudi, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants. Rebin a été touché. Sa famille a reçu la confirmation officielle de son décès, mais à ce jour, elle n’a toujours pas été autorisée à récupérer son corps. Cette situation inhumaine prolonge la souffrance des proches.

Le football, sport populaire par excellence en Iran, devient paradoxalement un lieu de mémoire douloureuse. De nombreux jeunes sportifs ont payé de leur vie leur participation aux rassemblements. Rebin rejoint cette liste qui ne cesse de s’allonger.

Mehdi Zatparvar : du podium au sacrifice

Mehdi avait 39 ans. Originaire de la province de Gilan, au bord de la mer Caspienne, il avait consacré sa vie au culturisme. Champion national et international entre 2011 et 2014, il avait ensuite obtenu un master en physiologie sportive et était devenu entraîneur.

Vendredi, il a été tué par balles lors des manifestations. Son parcours illustre une réalité souvent oubliée : la répression ne touche pas seulement les très jeunes. Des adultes accomplis, des pères de famille, des professionnels respectés, rejoignent également le mouvement et en paient le prix fort.

Mehdi symbolise cette génération qui a connu les podiums et qui refuse aujourd’hui de rester silencieuse face à l’injustice. Sa mort rappelle que le combat pour la liberté transcende les âges et les milieux sociaux.

Un pays en deuil, une jeunesse sacrifiée

Ces quatre histoires ne sont malheureusement pas isolées. Chaque jour apporte son lot de noms, de visages, de rêves brisés. Les manifestants tombent sous les balles, les familles sont privées de funérailles dignes, les corps sont parfois dissimulés ou rendus sous conditions humiliantes.

Les organisations de défense des droits humains continuent de documenter chaque cas, de recueillir les témoignages, de publier les listes. Leur travail permet de contrer le silence officiel et de préserver la mémoire des victimes.

Mais au-delà des chiffres, ce sont ces portraits individuels qui percent le cœur. Rubina et ses créations colorées, Erfan et son ballon, Rebin et ses dribbles prometteurs, Mehdi et ses haltères… Tous portaient en eux un avenir que la violence d’État a éteint.

La répression vue à travers le prisme des victimes

La méthode employée par les forces de sécurité est particulièrement glaçante : tirs à balles réelles, souvent dans le dos ou à la tête, visant clairement à tuer. Les témoignages concordent sur la volonté d’éliminer plutôt que de disperser.

Les morgues surchargées, les camions transportant des dizaines de corps, les interdictions de funérailles publiques… Tout concourt à instaurer un climat de terreur et à empêcher toute forme de commémoration collective.

Pourtant, malgré cette violence inouïe, les manifestations se poursuivent. Chaque mort semble renforcer la détermination des survivants. Le sacrifice de Rubina, Erfan, Rebin, Mehdi et de tant d’autres devient un carburant pour la contestation.

Que reste-t-il quand on enlève la liberté d’expression ?

Quand une jeune créatrice ne peut plus montrer ses vêtements inspirés de sa culture kurde sans risquer sa vie… Quand un adolescent ne peut plus manifester son mécontentement sans être abattu… Quand un ancien champion ne peut plus descendre dans la rue pour défendre ses idéaux… Que reste-t-il d’une société ?

Il reste la mémoire. Il reste les récits transmis de bouche à oreille, les photos gardées précieusement, les vidéos clandestines. Il reste surtout une colère sourde et profonde qui ne s’éteindra pas de sitôt.

Ces quatre vies fauchées nous rappellent une vérité universelle : la liberté n’est jamais définitivement acquise. Elle se défend chaque jour, parfois au prix le plus élevé.

Un appel à ne pas oublier

Dans un monde saturé d’informations, il est facile d’oublier. Les chiffres s’accumulent, les tragédies se succèdent. Pourtant, chaque victime mérite qu’on se souvienne de son prénom, de son âge, de ses passions.

Rubina, 23 ans, créatrice de mode kurde.
Erfan, 18 ans, jeune homme ordinaire de Rey.
Rebin, 17 ans, espoir du football junior.
Mehdi, 39 ans, ancien champion devenu entraîneur.

Ils ne sont pas des statistiques. Ils étaient des êtres humains avec des rêves, des familles, des projets. Leur mort violente doit continuer à résonner tant que justice n’est pas rendue.

Leur histoire n’est pas terminée tant que le combat pour la dignité et la liberté se poursuit en Iran. Leur sacrifice rappelle à chacun d’entre nous la valeur inestimable de ces droits que nous considérons parfois comme acquis.

Et si aujourd’hui nous pouvons encore écrire librement, c’est aussi grâce à des Rubina, des Erfan, des Rebin, des Mehdi qui, ailleurs, paient de leur vie le prix de cette liberté.

Ne les oublions pas.

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