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Trump à Davos : Le choc protectionniste secoue le monde

Donald Trump s’apprête à faire trembler Davos la semaine prochaine avec la plus grosse délégation américaine jamais vue. Protectionnisme agressif, retraits massifs d’organisations internationales… Le monde entre-t-il vraiment dans l’ère post-mondialisation ? La réponse se trouve peut-être dans son discours très attendu…

Imaginez une station de ski huppée, habituellement synonyme de luxe discret et de consensus feutré, soudain transformée en arène géopolitique mondiale. La semaine prochaine, les regards du monde entier se tourneront vers Davos, où un homme seul semble capable de faire vaciller les fondations mêmes du système économique et diplomatique construit depuis 1945.

Et cet homme, c’est Donald Trump. Un an jour pour jour après son retour tonitruant à la Maison Blanche, le 45e et 47e président des États-Unis s’apprête à fouler à nouveau les planches du Forum économique mondial, six ans après sa dernière apparition physique sur place. Cette fois, il ne viendra pas seul.

Le retour en force américain à Davos

Les organisateurs n’ont pas caché leur satisfaction. Ils parlent ni plus ni moins de la plus importante délégation américaine jamais accueillie dans la petite station alpine suisse. Une armada impressionnante composée de poids lourds politiques et économiques.

Parmi les noms qui circulent déjà : Marco Rubio au Département d’État, Scott Bessent aux commandes du Trésor, Howard Lutnick au Commerce. À leurs côtés, les patrons des géants technologiques américains, notamment ceux de Nvidia et Microsoft, viendront compléter ce tableau de puissance affichée.

Mercredi après-midi : le moment de vérité

C’est mercredi après-midi que tout le monde attend. Le discours que prononcera Donald Trump sera scruté à la loupe par les marchés, les chancelleries et les commentateurs du monde entier. Que dira-t-il exactement ? Va-t-il confirmer la ligne dure ou ménager une ouverture tactique ?

Personne ne le sait encore. Mais une chose est sûre : personne n’a oublié le ton employé lors de sa précédente intervention à Davos, lorsqu’il avait lancé aux patrons du monde entier cet ultimatum économique : « Venez produire chez nous ou payez très cher. »

Un contexte géopolitique d’une rare complexité

Le patron du Forum, Borge Brende, l’a reconnu sans détour lors de sa conférence de presse : nous vivons un moment inédit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Guerres, menaces de guerre, ruptures d’alliances historiques, montée des nationalismes économiques… le cocktail est explosif.

Les sujets qui fâchent seront tous sur la table : l’Ukraine bien sûr, mais aussi Gaza, l’Iran, le Venezuela, la rivalité avec la Chine… et même les déclarations les plus récentes concernant le Groenland et Cuba.

« Le dialogue n’est pas un luxe, le dialogue est vraiment une nécessité. »

Borge Brende, président du Forum économique mondial

Jamais sans doute le slogan choisi pour cette édition – « L’esprit de dialogue » – n’a paru aussi ambitieux face à la réalité du terrain.

2025 : l’année charnière de la fin de la mondialisation néolibérale ?

Pour de nombreux analystes, l’année 2025 restera dans les livres d’histoire comme le moment où le paradigme économique dominant depuis les années 1980 s’est définitivement fissuré. Karen Harris, économiste chez Bain & Company, résume parfaitement la bascule en cours :

« 2025 restera sans doute dans l’histoire comme l’année où la mondialisation néolibérale a pris fin, laissant place à l’ère post-mondialisation. »

Les États-Unis, autrefois garants d’un système commercial ouvert, semblent désormais privilégier la sécurité nationale et la protection de leurs intérêts industriels avant tout autre considération. L’économie devient une arme géopolitique à part entière.

Le grand retrait multilatéral américain

Le geste le plus spectaculaire est intervenu tout début janvier : le retrait quasi simultané des États-Unis de 66 organisations internationales, dont une très large part liée aux Nations Unies. Un séisme diplomatique sans précédent depuis des décennies.

Philippe Dauba-Pantanacce, responsable de la recherche géoéconomique chez Standard Chartered, explique cette rupture par une vision du monde radicalement différente :

« Cette démarche est fondée sur la conviction que la coopération internationale va à l’encontre de la possibilité de +gagner+ une compétition internationale perçue comme un jeu à somme nulle. »

En clair : pour Washington, la coopération multilatérale n’est plus un bien en soi, mais un obstacle potentiel à la suprématie américaine dans un monde vu comme intrinsèquement conflictuel.

La mondialisation sans les États-Unis ?

Paradoxalement, plus Washington se retire, plus les autres acteurs accélèrent leurs propres connexions. Les exportations chinoises n’ont jamais été aussi dynamiques. L’Europe multiplie les négociations commerciales stratégiques, notamment avec l’Inde. Le Brésil et l’Afrique du Sud regardent de plus en plus vers Pékin.

Une mondialisation « sans les États-Unis » ou du moins « malgré les États-Unis » semble en train de se dessiner. Un scénario impensable il y a encore dix ans.

Le cas particulier des menaces militaires et territoriales

Au-delà du commerce, les douze derniers mois ont été marqués par des initiatives militaires et des déclarations territoriales qui ont choqué même les alliés les plus proches.

  • L’intervention au Venezuela officiellement justifiée par la volonté de contrôler les immenses réserves pétrolières du pays
  • Les menaces répétées de prise de contrôle du Groenland, provoquant stupeur et colère au Danemark et chez ses partenaires européens
  • Les déclarations très dures contre Cuba et l’Iran, souvent accompagnées de menaces explicites

Ces prises de position brutales contrastent avec le multilatéralisme policé habituellement de mise à Davos. Elles expliquent en grande partie l’inquiétude palpable qui flotte dans l’air avant cette 56e édition.

Les grandes présences attendues

Malgré les tensions, le Forum reste l’un des rares endroits où l’on peut encore croiser en quelques jours la quasi-totalité des décideurs mondiaux. Cette année encore, la liste est impressionnante :

  1. Volodymyr Zelensky, président ukrainien
  2. Six des sept chefs d’État ou de gouvernement du G7 (le Japon faisant exception)
  3. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne
  4. Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne
  5. He Lifeng, vice-Premier ministre chinois, à la tête d’une délégation très importante

À cela s’ajoutent d’importantes délégations du Moyen-Orient, d’Amérique latine et d’Afrique, ainsi que 850 dirigeants d’entreprises et un total record de 3 000 participants venus de 130 pays.

Impact économique réel… ou menace symbolique ?

Pascal Lamy, ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, adopte une position prudente. Selon lui, si les effets des menaces protectionnistes de Trump sur l’économie mondiale restent pour l’instant « modérés », c’est surtout sur le plan géopolitique que les dégâts sont déjà très importants.

Les guerres commerciales annoncées à grands coups de droits de douane n’ont pas encore provoqué l’effondrement que certains prédisaient. En revanche, la confiance dans les institutions multilatérales, elle, a été profondément entamée.

Vers une nouvelle architecture mondiale ?

Alors que certains parlent déjà de « démondialisation contrôlée », d’autres préfèrent le terme plus neutre de « mondialisation fragmentée » ou « mondialisation en archipels ». Quelle que soit la formule retenue, l’idée est la même : le monde de 2026 ne ressemble plus du tout à celui de 2016 ou même de 2020.

Les chaînes d’approvisionnement se raccourcissent, les alliances se reconfigurent, les zones d’influence se disputent. Et au centre de cette recomposition, un homme et une administration qui ont décidé de jouer selon leurs propres règles, sans plus se soucier du consensus international.

Mercredi prochain, lorsque Donald Trump prendra la parole à Davos, il ne s’adressera pas seulement aux quelques milliers de personnes présentes dans la salle. Il s’adressera au monde entier. Et le monde retiendra son souffle.

Car derrière les discours policés et les sourires de circonstance, une question flotte désormais dans tous les esprits : sommes-nous réellement entrés dans l’ère post-mondialisation ? Et si oui… que va-t-elle ressembler ?

Les prochains jours à Davos pourraient bien apporter quelques éléments de réponse. Ou au contraire, ouvrir encore davantage la boîte de Pandore.

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