Imaginez une soirée ordinaire dans une ville tranquille de banlieue parisienne. Une jeune femme rentre chez elle après une journée de cours ou de travail, peut-être en pensant à ses projets d’avenir. Et soudain, des proches qu’elle croyait dignes de confiance la saisissent, la forcent à monter dans une voiture et disparaissent dans la nuit. Ce scénario glaçant n’est pas tiré d’un thriller, mais d’un fait divers survenu récemment à Brétigny-sur-Orge, dans l’Essonne.
Quand la famille devient geôlière : le calvaire d’une jeune femme
Ce lundi 13 janvier 2026, les habitants de cette commune résidentielle ont appris avec stupeur qu’une tentative d’enlèvement avait eu lieu dans leurs rues. La victime ? Une jeune femme d’origine malienne, âgée d’une vingtaine d’années, qui vivait jusqu’alors une vie relativement autonome en France. Ce qui la différencie de nombreuses autres affaires similaires, c’est que les auteurs présumés ne sont pas des inconnus recrutés à l’extérieur, mais bien deux membres de sa propre famille.
Le projet était clair : la ramener de force vers un mariage déjà décidé par d’autres, sans qu’elle n’ait son mot à dire. Ce type de situation, bien que de moins en moins fréquent, continue malheureusement d’exister dans certains milieux communautaires, même après plusieurs décennies d’installation en France.
Les faits tels qu’ils se sont déroulés
Tout commence dans la soirée. Selon les premiers éléments recueillis par les enquêteurs, la jeune femme aurait été abordée brutalement alors qu’elle circulait dans le quartier. Rapidement maîtrisée, elle est montée de force dans un véhicule. Des témoins, alertés par les cris, ont immédiatement prévenu les forces de l’ordre.
Grâce à une réactivité exemplaire, les policiers ont pu rapidement localiser le véhicule et procéder à l’interpellation des deux suspects. La victime a été libérée saine et sauve, même si le traumatisme psychologique est évidemment considérable.
« C’est une course contre la montre qui s’est jouée cette nuit-là. Quelques minutes de plus et la jeune femme pouvait se retrouver hors du département, voire hors du territoire national. »
Un enquêteur proche du dossier
Les deux hommes interpellés sont actuellement en garde à vue. Les chefs d’accusation retenus sont lourds : enlèvement et séquestration aggravés par le lien de parenté et la circonstance du mariage forcé.
Le mariage forcé : une réalité toujours présente en 2026
En France, le mariage forcé est un délit depuis la loi du 17 juin 2016. Il est puni de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende, et jusqu’à 10 ans et 150 000 € lorsque la victime est mineure. Malgré ce cadre légal clair et plutôt sévère, les cas continuent d’être signalés chaque année.
Les associations spécialisées estiment que plusieurs centaines de jeunes filles et jeunes femmes sont concernées annuellement sur le territoire français. Beaucoup de situations ne sont jamais portées à la connaissance de la justice : peur des représailles, pression familiale écrasante, sentiment de honte ou tout simplement méconnaissance de leurs droits.
Quelques chiffres clés sur le mariage forcé en France :
- Environ 70 % des cas concernent des jeunes filles âgées de 15 à 25 ans
- Plus de 60 % des situations impliquent des familles originaires du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne
- Près d’un tiers des victimes ont la nationalité française
- Seulement 15 à 20 % des cas aboutissent à une plainte pénale
Ces données, bien qu’imparfaites, montrent que le phénomène reste ancré malgré les années et les campagnes de sensibilisation.
Pourquoi certaines familles persistent-elles ?
Les raisons sont multiples et souvent entremêlées. Il y a bien entendu la tradition, le respect d’un pacte conclu parfois dès la naissance des enfants concernés. Mais d’autres facteurs entrent en jeu : contrôle du patrimoine familial, préservation de l’honneur supposé du groupe, crainte de la « dépravation » occidentale, volonté de maintenir des alliances entre familles influentes, etc.
Pour certaines familles, le mariage forcé constitue aussi une réponse à la peur de perdre leur enfant au profit d’un conjoint « extérieur » à la communauté. Paradoxalement, c’est en voulant « protéger » la jeune femme qu’elles la privent de sa liberté la plus fondamentale : choisir sa vie et son avenir.
Le rôle déterminant du signalement précoce
Dans cette affaire de Brétigny-sur-Orge, plusieurs éléments ont permis une issue favorable :
- La vigilance des riverains qui ont donné l’alerte rapidement
- La réactivité des forces de l’ordre
- Le fait que la jeune femme ait pu, à un moment ou à un autre, faire connaître sa situation de danger
Ces trois facteurs sont déterminants. Trop souvent, les victimes potentielles hésitent à alerter leur entourage ou les autorités par peur de briser la cohésion familiale ou d’être rejetées par leur communauté.
Pourtant, de nombreuses structures existent pour les accompagner : centres d’information sur les droits des femmes, associations spécialisées dans la lutte contre les mariages forcés, permanences juridiques gratuites, dispositifs d’urgence logement…
Au-delà de la répression : prévenir et accompagner
Si la réponse judiciaire est indispensable, elle ne suffit pas. La prévention passe par plusieurs axes :
- Sensibilisation dès le plus jeune âge dans les établissements scolaires
- Formation des professionnels de santé, de l’éducation nationale et du secteur social
- Renforcement des capacités d’accueil en urgence pour les jeunes en danger
- Dialogue avec les communautés concernées sans angélisme ni stigmatisation
- Accompagnement des familles en difficulté pour comprendre l’évolution de la société française
Ces actions demandent du temps, des moyens et surtout une volonté politique durable. Les résultats ne sont visibles qu’après plusieurs années d’efforts constants.
Et maintenant, pour la victime ?
La libération physique n’est que la première étape. La reconstruction psychologique peut prendre des mois, voire des années. Beaucoup de jeunes femmes dans cette situation doivent faire face simultanément à :
- La rupture brutale avec leur famille
- La peur de représailles
- Le sentiment de culpabilité entretenu pendant des années
- Les difficultés matérielles (logement, ressources financières)
- Le besoin de reconstruire une identité entre deux cultures
Heureusement, des associations spécialisées proposent un accompagnement global : soutien psychologique, aide juridique, insertion professionnelle, hébergement sécurisé… L’enjeu est de permettre à ces jeunes femmes de reprendre le contrôle de leur existence.
Une société qui progresse… mais trop lentement
Chaque affaire médiatisée comme celle de Brétigny-sur-Orge rappelle cruellement que le chemin vers l’égalité réelle reste long. Malgré les lois, malgré les discours officiels, malgré l’évolution des mentalités dans de nombreuses familles, certaines pratiques archaïques perdurent.
Mais chaque intervention réussie des autorités, chaque jeune femme qui retrouve sa liberté, chaque famille qui accepte finalement le choix de sa fille constitue une petite victoire. Lentement mais sûrement, le nombre de ces victoires augmente.
La société française doit continuer à affirmer avec force que le consentement libre et éclairé est non négociable. Que le droit de choisir son conjoint fait partie intégrante des droits humains fondamentaux. Et que nul, pas même la famille, n’a le droit d’imposer un destin à une personne majeure et autonome.
L’affaire de Brétigny-sur-Orge nous le rappelle une fois encore : la lutte contre les mariages forcés n’est pas terminée. Elle exige de nous tous vigilance, courage et solidarité.
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