Les combats à Alep : un tournant dangereux pour la paix kurde
La ville d’Alep, autrefois symbole de la guerre civile syrienne, redevient le théâtre de violences intenses. Depuis le début de l’année, des échanges de tirs et des bombardements ont opposé les troupes syriennes aux forces kurdes dans plusieurs quartiers. Ces affrontements ont provoqué des dizaines de morts civils et forcé des milliers d’habitants à fuir leurs foyers, créant une nouvelle vague de déplacés dans une région déjà meurtrie.
Les quartiers touchés, comme Cheikh Maqsoud et Achrafieh, abritent une population majoritairement kurde qui a longtemps maintenu une forme d’autonomie relative. Les forces kurdes y ont établi des points de contrôle et des structures de sécurité. Mais les autorités syriennes ont lancé des opérations pour reprendre le contrôle total, qualifiant ces zones de cibles militaires légitimes. Les bilans varient selon les sources, mais les pertes civiles sont unanimement déplorées.
Ce regain de violence intervient dans un contexte particulièrement sensible. La Syrie post-conflit cherche à consolider son unité, tandis que les Kurdes tentent de préserver leurs acquis. Les combats risquent d’entraîner une escalade plus large, avec des implications pour les voisins immédiats.
Le PKK pointe du doigt un sabotage orchestré
Le PKK a réagi fermement à ces événements. Selon le groupe, des éléments armés affiliés à l’État turc ont participé activement aux violences contre les quartiers kurdes d’Alep. Ces accusations visent directement à lier les affrontements syriens au processus de paix turc.
Le communiqué du PKK insiste sur le fait que ces attaques remettent en cause le cessez-le-feu unilatéral déclaré avec Ankara. Les références répétées au PKK pendant les combats syriens sont perçues comme une provocation intentionnelle. Le mouvement kurde dénonce une stratégie visant à saper sa crédibilité et à justifier une reprise des hostilités.
Le PKK rappelle qu’il a respecté ses engagements jusqu’ici, en assumant ses responsabilités face à la partie turque. Mais face à cette attitude, il questionne la faisabilité de poursuivre sur la voie pacifique. La situation met en lumière les fragilités d’un accord encore récent et précaire.
Ces attaques contre les quartiers kurdes, avec des références constantes au PKK, sont une attaque visant à saper le mouvement de libération et le cessez-le-feu qu’il a méticuleusement mis en œuvre.
Cette déclaration illustre la profondeur de la méfiance. Le PKK voit dans ces événements une preuve que certains acteurs cherchent à empêcher toute normalisation durable.
L’appel historique d’Abdullah Öcalan et ses suites
Abdullah Öcalan, figure emblématique du PKK emprisonnée depuis 1999, a joué un rôle décisif dans l’évolution récente du mouvement. À 76 ans, depuis sa cellule d’isolement, il a lancé en février 2025 un appel solennel aux combattants kurdes pour abandonner la lutte armée. Cet appel marquait un tournant majeur après des décennies de conflit.
Le PKK a répondu positivement à cette initiative. Dès le 1er mars 2025, un cessez-le-feu unilatéral a été décrété. Quelques mois plus tard, en mai, le groupe a annoncé sa dissolution officielle, mettant fin à sa structure armée. Ces décisions ont ouvert une période d’espoir pour une résolution politique du conflit kurde en Turquie.
L’appel d’Öcalan, souvent surnommé Apo par ses partisans, insistait sur la nécessité de privilégier les voies démocratiques. Il invitait à transformer la lutte en un combat politique pour les droits et la reconnaissance. Cette évolution idéologique reflète des années de réflexion en prison, où Öcalan a développé une pensée centrée sur le confédéralisme démocratique.
Malgré ces avancées, les événements d’Alep interrogent la viabilité de ce processus. Le PKK s’interroge publiquement : comment suivre l’appel à déposer les armes quand les attaques persistent sous des formes indirectes ?
La position du parti au pouvoir en Turquie
De son côté, le parti AKP, au pouvoir à Ankara, a interprété les combats d’Alep comme une tentative des combattants kurdes de saboter les efforts de paix. Selon cette lecture, les violences visent à perturber le processus visant à mettre fin au conflit vieux de plus de quarante ans.
Ankara considère les forces kurdes syriennes comme liées au PKK, classé comme organisation terroriste. Les autorités turques appellent à une application stricte du désarmement, y compris au-delà des frontières. Cette position renforce la pression sur les Kurdes pour qu’ils intègrent pleinement les structures étatiques syriennes.
Les combats ont permis à l’armée syrienne de demander le retrait des forces kurdes de la zone qu’elles contrôlaient entre l’est d’Alep et l’Euphrate. Après de violents échanges, les troupes gouvernementales ont repris le contrôle de la principale ville du nord, au prix de lourdes pertes.
Les implications régionales et humanitaires
Ces affrontements ne se limitent pas à un conflit local. Ils touchent à l’équilibre fragile du Moyen-Orient post-conflit syrien. La Turquie, voisine directe, suit de près la situation, prête à intervenir si nécessaire pour contrer toute menace perçue. Les États-Unis, alliés historiques des forces kurdes dans la lutte contre l’État islamique, observent avec inquiétude.
Sur le plan humanitaire, la crise est alarmante. Des milliers de civils ont fui les quartiers bombardés, aggravant la crise des déplacés. Les infrastructures sont endommagées, les services essentiels perturbés. Les écoles et les hôpitaux ont fermé temporairement, tandis que l’aéroport d’Alep a suspendu ses vols.
Les civils kurdes, arabes et d’autres minorités paient le prix fort. Les quartiers touchés, refuges pour des familles déplacées depuis des années, deviennent des zones de guerre. Cette nouvelle vague de violence risque de compromettre les efforts de reconstruction en Syrie.
Vers une reprise du dialogue ou une escalade ?
Le PKK maintient qu’il a honoré ses engagements en déposant les armes. Mais les événements actuels posent la question de la confiance mutuelle. Sans garanties solides, le risque d’une reprise des hostilités grandit.
Le processus de paix turc dépend en partie de la stabilité en Syrie. Si les combats se prolongent, ils pourraient alimenter les tensions internes en Turquie et compliquer les négociations. Les appels internationaux à la retenue se multiplient, mais les intérêts divergents compliquent la résolution.
La communauté internationale suit avec attention. Une solution durable nécessite un dialogue inclusif, respectant les aspirations kurdes tout en préservant l’unité syrienne. Les mois à venir seront décisifs pour savoir si Alep marque la fin d’une ère ou le début d’une nouvelle crise.
Les combats à Alep révèlent les défis persistants dans la région. Entre accusations croisées et souffrances civiles, la paix reste fragile. Le PKK espère que ces événements n’enterreront pas définitivement les espoirs nés de l’appel d’Öcalan. Mais la route vers une résolution pacifique s’annonce semée d’embûches.









