Imaginez un instant : deux pays séparés par seulement 150 kilomètres de mer turquoise, mais divisés depuis plus de six décennies par un mur invisible fait d’embargo, de méfiance et d’idéologies opposées. Aujourd’hui, ce fossé semble se creuser encore davantage alors que les déclarations des dirigeants s’entrechoquent violemment dans l’espace public.
Le président cubain Miguel Díaz-Canel vient de mettre les points sur les i avec une clarté tranchante. Non, a-t-il affirmé, il n’existe absolument aucune discussion en cours entre La Havane et Washington, hormis les contacts purement techniques liés à la migration. Une mise au point qui intervient au moment même où l’administration américaine semble multiplier les signaux contradictoires.
Une nouvelle ère de tensions entre Washington et La Havane
Depuis le début de l’année, les relations entre Cuba et les États-Unis connaissent une dégradation spectaculaire. Le contexte régional a brutalement changé avec la chute du président vénézuélien Nicolás Maduro, capturé lors d’une opération militaire américaine à Caracas le 3 janvier. Ce bouleversement a immédiatement projeté une lumière crue sur l’île communiste, principal allié économique et idéologique de Caracas ces dernières années.
Dans les jours qui ont suivi, les déclarations de la Maison Blanche se sont faites de plus en plus pressantes. Le président américain a multiplié les avertissements à destination de La Havane, alternant entre menaces économiques explicites et allusions à des négociations en cours.
Les déclarations contradictoires qui interrogent
Dimanche, à bord d’Air Force One, le dirigeant américain lâche une phrase énigmatique aux journalistes présents : « Nous sommes en train de discuter avec Cuba. Vous le saurez très bientôt. » Quelques mots simples, mais lourds de conséquences potentielles pour l’île caraïbe.
Quelques heures plus tard, sur son réseau social personnel, le message devient beaucoup plus direct et menaçant : « Il n’y aura plus de pétrole ou d’argent à destination de Cuba – zéro ! » Une déclaration qui vise clairement les flux économiques encore existants entre l’île et certains de ses partenaires régionaux.
« Cuba est une nation libre, indépendante, et personne ne lui dicte quoi faire. »
Miguel Díaz-Canel
La réponse cubaine ne s’est pas fait attendre. Le président Díaz-Canel a immédiatement réagi avec fermeté, rappelant les principes fondamentaux de souveraineté nationale qui constituent le socle de la rhétorique officielle depuis 1959.
Les contacts migratoires : la seule fenêtre officielle ouverte
Face aux spéculations, La Havane tient à préciser un point essentiel : les seuls échanges officiels qui persistent concernent la gestion des flux migratoires. Des accords bilatéraux existent depuis de nombreuses années et, selon les autorités cubaines, ils sont respectés avec la plus grande rigueur par les deux parties.
Ces contacts techniques permettent notamment de gérer les retours de migrants irréguliers interceptés en mer ou aux frontières terrestres américaines. Ils constituent aujourd’hui la dernière forme de dialogue institutionnel direct entre les deux capitales.
Pour le reste, le président cubain est formel : aucune négociation politique, économique ou stratégique n’est actuellement en cours. Une position qui contraste fortement avec les allusions répétées venues de Washington.
Le contexte économique : une île à bout de souffle
Pour comprendre l’acuité du moment, il faut regarder la situation intérieure cubaine. Depuis maintenant cinq années consécutives, l’île traverse l’une des crises économiques et sociales les plus graves de son histoire récente.
Le déficit de devises étrangères atteint des niveaux critiques. Les services publics, autrefois fierté du modèle révolutionnaire, s’effritent visiblement. Les pénuries de carburant paralysent régulièrement le pays tandis que les coupures d’électricité peuvent durer jusqu’à douze heures par jour dans certaines provinces.
Dans ce contexte de grande vulnérabilité, les menaces de coupure totale des approvisionnements pétroliers prennent une dimension particulièrement inquiétante pour la population.
L’historique relation conflictuelle
Les relations entre Cuba et les États-Unis n’ont jamais été simples depuis la révolution de 1959. L’embargo commercial imposé en 1962 reste encore aujourd’hui l’un des plus longs et des plus complets de l’histoire contemporaine.
Les tentatives de rapprochement ont été rares et souvent interrompues. Le dégel initié sous l’administration Obama en 2014-2016 avait suscité beaucoup d’espoirs, vite douchés par le retour à une politique de confrontation sous l’ère Trump première mouture.
Aujourd’hui, le cycle semble se répéter avec une intensité renouvelée. Les observateurs notent cependant une différence majeure : le contexte régional a profondément changé avec l’éviction du dirigeant vénézuélien, privant Cuba de son principal soutien économique de ces dernières années.
Les symboles politiques forts
Au-delà des déclarations économiques, certains gestes revêtent une portée symbolique puissante. Le président américain a récemment republié un message suggérant que son secrétaire d’État, d’origine cubaine par ses parents, pourrait devenir président de l’île.
À ce message, il a ajouté un commentaire laconique mais lourd de sens : « Ça me semble bien ! » Une provocation qui n’a pas manqué d’être relevée à La Havane où elle a été perçue comme une nouvelle atteinte à la souveraineté nationale.
Quelles perspectives pour l’avenir ?
Dans ce climat extrêmement tendu, quelles issues sont envisageables ? Les autorités cubaines maintiennent une ligne constante depuis des décennies : toute normalisation des relations devra se faire sur la base du respect mutuel, du droit international et sans aucune forme de coercition ou de menace.
« Comme le démontre l’histoire, les relations entre les États-Unis et Cuba, pour avancer, doivent se fonder sur le droit international, plutôt que sur l’hostilité, la menace et la coercition », a rappelé Miguel Díaz-Canel dans sa publication.
Du côté américain, le message semble pour l’instant beaucoup plus orienté vers la pression maximale que vers la recherche d’un compromis. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si cette stratégie de confrontation dure s’inscrit dans la durée ou si elle cache en réalité des canaux diplomatiques plus discrets.
Pour l’instant, une chose est certaine : les déclarations publiques des deux capitales restent diamétralement opposées, alimentant l’incertitude et l’inquiétude au sein de la population cubaine déjà fortement éprouvée par la crise économique.
La balle est désormais dans le camp de Washington. La Havane, fidèle à sa rhétorique historique, affirme ne pas avoir peur des menaces et refuse toute forme de diktat extérieur. Le face-à-face continue, sous le regard attentif de toute la région caraïbe et au-delà.
Dans cette partie d’échecs géopolitique où chaque mouvement est scruté, analysé et commenté, le silence relatif des autres capitales internationales laisse pour l’instant la scène aux deux protagonistes principaux. Une situation qui pourrait évoluer rapidement si de nouveaux éléments venaient modifier l’équilibre actuel.
Pour l’heure, le message de fermeté cubain est clair : pas de négociation secrète, pas de capitulation, mais une volonté affichée de défendre l’indépendance nationale face à toutes les pressions extérieures.
L’avenir dira si cette posture inflexible permettra de préserver la souveraineté ou si, au contraire, elle conduira l’île vers une crise encore plus profonde dans un contexte régional bouleversé.
Une chose est sûre : les prochains mois s’annoncent décisifs pour l’avenir des relations entre ces deux voisins que tout semble opposer depuis plus de soixante ans.









