Imaginez une froide journée d’hiver à Londres, la foule immense qui se presse devant les grilles de Downing Street, des milliers de drapeaux aux couleurs bleu, blanc et rouge frappés du lion et du soleil, symbole d’une Iran révolue. Dimanche, la capitale britannique est devenue le théâtre d’une des plus importantes démonstrations de solidarité avec le peuple iranien depuis le début de la nouvelle vague de contestation qui secoue la République islamique.
La diaspora iranienne se mobilise avec force
Ce rassemblement n’est pas un simple meeting politique. Il s’agit d’un cri du cœur poussé par une communauté en exil, inquiète pour ses familles restées au pays, coupées du monde depuis plus de soixante heures par une blackout internet quasi-total. Les manifestants, venus de toutes les générations, expriment une détermination nouvelle.
Parmi eux, des visages marqués par l’angoisse, d’autres illuminés par un espoir retrouvé. Ce mouvement londonien reflète une dynamique qui dépasse les frontières : l’impression diffuse que, cette fois, quelque chose pourrait réellement changer en Iran.
Des témoignages qui bouleversent
Afsi, 38 ans, vit à Londres depuis sept années. Il n’a plus aucun contact avec ses proches depuis que les autorités iraniennes ont plongé le pays dans le silence numérique. Son regard est fixe lorsqu’il explique : « Nous voulons la révolution, changer le régime ». Ces mots simples portent tout le poids d’une attente accumulée depuis des décennies.
« Nous avons le sentiment que nous pouvons le faire cette fois-ci »
Un manifestant iranien de 38 ans
Sassan, ingénieur de 34 ans, complète le tableau avec une exigence claire envers les autorités britanniques. Il appelle le Premier ministre à agir concrètement contre un régime qu’il accuse de tuer son propre peuple. L’interpellation est directe, presque désespérée.
Une symbolique forte et assumée
Dans la foule, les drapeaux pré-révolution de 1979 dominent largement. Le lion et le soleil, emblème de la période Pahlavi, sont brandis avec fierté, comme un rappel d’une époque perçue par beaucoup comme plus libre. Quelques drapeaux israéliens apparaissent également, signe d’une convergence inattendue de certaines oppositions au régime actuel.
Devant l’ambassade iranienne, plus tôt dans la journée, plusieurs centaines de personnes avaient déjà exprimé leur colère. Fahimeh Moradi, 52 ans, résume l’angoisse qui traverse toute la diaspora : « Mon fils est là-bas, et je ne sais pas s’il est vivant ou pas. Nous voulons juste que ce régime meurtrier quitte l’Iran ».
Un geste audacieux la veille
Samedi déjà, l’ambassade avait été le théâtre d’une action symbolique forte. Un homme avait réussi à grimper sur le balcon du bâtiment pour remplacer, l’espace de quelques instants, le drapeau officiel de la République islamique par celui de l’ancienne monarchie. Ce geste, filmé et partagé massivement, a amplifié la mobilisation du lendemain.
Cette image est devenue virale au sein de la communauté iranienne à l’étranger. Elle cristallise à elle seule le rejet viscéral d’un régime perçu comme illégitime par une partie croissante de la population, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.
La contestation intérieure : un bilan humain très lourd
Depuis le 28 décembre, la contestation a débuté à Téhéran autour de la question explosive de la cherté de la vie. Très rapidement, le mouvement a pris une tournure politique beaucoup plus large, remettant en cause les fondements mêmes du pouvoir en place.
Selon les chiffres recueillis par une ONG spécialisée basée en Norvège, au moins 192 personnes ont perdu la vie dans la répression des manifestations. Ce bilan, encore provisoire, laisse entrevoir l’ampleur de la violence déployée par les forces de sécurité.
La coupure quasi-totale d’internet depuis plus de 60 heures vise clairement à asphyxier la contestation, empêcher la coordination et limiter la diffusion des images de répression. Cette stratégie, déjà utilisée par le passé, semble cette fois rencontrer une résistance plus déterminée.
Les différentes sensibilités de l’opposition en exil
La diversité idéologique est visible dans les différents cortèges. Tandis que la majorité brandit le drapeau pré-1979, un autre groupe, celui des partisans du Conseil national de la résistance iranienne, appelle de ses vœux une troisième voie : « Pas de Shah, pas de Mollahs ».
Cette coalition d’opposants réclame notamment l’inscription du Corps des Gardiens de la révolution islamique sur la liste des organisations terroristes au Royaume-Uni. Cette demande précise illustre la volonté de certains exilés d’obtenir des mesures concrètes et immédiates de la part des pays occidentaux.
Pourquoi Londres ? Pourquoi maintenant ?
La capitale britannique accueille l’une des plus importantes diasporas iraniennes d’Europe. Depuis plusieurs décennies, de nombreux Iraniens y ont trouvé refuge, créant une communauté dynamique, organisée et politiquement active.
Le choix de Downing Street comme lieu central de manifestation n’est pas anodin. Les manifestants espèrent que le gouvernement britannique, traditionnellement actif sur les questions de droits humains, entendra leur appel et adoptera une position plus ferme vis-à-vis de Téhéran.
Cette mobilisation intervient également dans un contexte international tendu, où la question iranienne occupe régulièrement l’agenda diplomatique. Les images de ces manifestations massives pourraient donc peser dans les futures discussions entre puissances occidentales et République islamique.
Un espoir fragile mais réel
La République islamique a déjà connu plusieurs grandes vagues de contestation depuis 1979. Chacune a été sévèrement réprimée. Pourtant, les manifestants londoniens, comme beaucoup de leurs compatriotes à l’intérieur du pays, semblent animés par une conviction nouvelle : celle que le régime est aujourd’hui plus fragile qu’il ne l’a jamais été.
Cette impression repose sur plusieurs éléments : l’ampleur géographique des protestations, la participation de catégories sociales très diverses, la persistance du mouvement malgré la répression, et enfin le sentiment croissant de légitimité de la contestation aux yeux d’une partie de la communauté internationale.
« Cette fois, nous avons de l’espoir »
Une manifestante iranienne à Londres
Cet espoir, aussi ténu soit-il, constitue le moteur principal de la mobilisation actuelle. Il explique pourquoi des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Londres par un dimanche d’hiver, bravant le froid pour faire entendre leur voix.
La question de l’avenir du régime
La contestation actuelle pose une question fondamentale : la République islamique peut-elle encore se réformer de l’intérieur ou est-elle condamnée à disparaître ? Les manifestants londoniens, dans leur immense majorité, ont déjà apporté leur réponse.
Pour eux, le système en place est irréformable. Il repose sur des fondements idéologiques, économiques et sécuritaires qui s’opposent frontalement aux aspirations profondes d’une majorité de la population iranienne contemporaine.
Le débat sur l’après-régime reste cependant ouvert. Monarchie constitutionnelle, république laïque, modèle fédéral… Les propositions divergent. Mais toutes partagent un point commun : le rejet absolu du régime actuel et de ses gardiens armés.
Le rôle des puissances étrangères
Les manifestants sont conscients que la chute éventuelle du régime ne dépendra pas uniquement des Iraniens, aussi courageux soient-ils. Ils appellent donc les démocraties occidentales à prendre leurs responsabilités.
Parmi les mesures concrètes réclamées : sanctions supplémentaires ciblées, inscription des Gardiens de la révolution sur les listes terroristes, accueil facilité des réfugiés politiques, soutien aux réseaux de communication indépendants, et pression diplomatique constante.
La présence de personnalités controversées dans la foule rappelle cependant que le soutien international peut parfois prendre des formes ambiguës. Cette réalité complexifie le positionnement des gouvernements occidentaux face à la crise iranienne.
Conclusion : un tournant historique ?
Les manifestations de Londres ne sont qu’un écho, certes puissant, du tumulte qui agite actuellement l’Iran. Elles témoignent surtout d’une diaspora qui refuse de rester spectatrice passive du destin de son pays.
Entre espoir retrouvé et peur pour leurs proches, entre colère légitime et détermination sans faille, ces milliers d’hommes et de femmes ont voulu montrer que la lutte pour une Iran libre se joue aussi dans les rues des capitales étrangères.
L’avenir dira si cette nouvelle vague de contestation marquera un véritable tournant historique ou si elle sera, comme les précédentes, écrasée par la machine répressive du régime. Mais une chose est certaine : l’élan de solidarité observé à Londres ce dimanche d’hiver restera gravé dans les mémoires de toute une génération d’Iraniens, où qu’ils se trouvent.
Le combat continue. À Téhéran comme à Londres. Dans le silence forcé d’internet comme dans le vacarme des cortèges. Et tant que des voix s’élèveront, l’espoir, lui, ne s’éteindra pas.









