Imaginez un dimanche soir, juste après le journal télévisé, un présentateur connu pour son ton posé et mesuré qui, soudain, lâche une phrase d’une rare violence verbale. Ce moment est arrivé le 11 janvier 2026. Devant des millions de téléspectateurs, les mots ont claqué comme un uppercut : « Il nous humilie ». Et celui qui les a prononcés n’est autre que Laurent Delahousse.
Cette déclaration n’était pas préparée pour faire le buzz. Elle est sortie dans un contexte d’analyse géopolitique sérieuse, presque froide, mais elle a immédiatement cristallisé l’angoisse diffuse de nombreux Européens face au retour aux affaires du 47e président des États-Unis.
Quand la télévision publique ose nommer l’humiliation
Le plateau du magazine hebdomadaire de 20h30 le dimanche est l’un des rares espaces du service public où l’on peut encore décortiquer l’actualité internationale sans filtre publicitaire ni chrono oppressant. Ce soir-là, le sujet était limpide : comprendre la vision du monde de Donald Trump lors de son second mandat.
Autour de la table, des profils complémentaires : une essayiste spécialiste des nouvelles technologies et des conflits hybrides, un journaliste américain basé à Paris depuis de longues années, et un géopolitologue reconnu pour sa franchise.
Le constat brutal de la faiblesse européenne
La discussion avait déjà bien avancé quand le présentateur est intervenu avec une question qui ressemblait davantage à un cri du cœur :
« Vous avez tous évoqué l’Europe… Enfin : l’Union européenne et l’Europe. Peut-être qu’il faut distinguer les deux choses. Elle est aujourd’hui faible, lui est fort et il en profite et il nous humilie. Comment réagir ? »
Le silence qui a suivi valait tous les discours. Personne n’a contredit le diagnostic. Au contraire, les invités ont enchaîné en développant ce qui ressemble de plus en plus à un consensus inquiet au sein des élites européennes : le rapport de force est en train de basculer et l’Europe, pour l’instant, ne parvient pas à exister comme puissance autonome sur la scène mondiale.
Trump ou le retour assumé des empires
Le géopolitologue présent sur le plateau a livré une analyse sans concession sur la méthode Trump. Selon lui, le président américain ne fait qu’exploiter « un certain nombre de nos faiblesses ». Il ne crée pas la faiblesse européenne ; il la constate et en tire profit avec une efficacité redoutable.
Il a également rappelé une réalité que beaucoup préfèrent oublier : le droit international, depuis la Charte des Nations Unies de 1945, n’a jamais été autre chose qu’un reflet des rapports de force existants à un moment donné. La période d’optimisme multilatéral des années 1990-2000 est bel et bien révolue. Nous assistons aujourd’hui au retour des empires, et Donald Trump en est l’un des plus habiles incarnations.
Les exemples ne manquent pas : tentative d’annexion du Groenland, pressions économiques sur plusieurs pays d’Amérique latine, discours sans concession sur l’OTAN… À chaque fois, la même logique : identifier la faiblesse de l’adversaire, puis pousser le plus loin possible.
Et l’Europe dans tout ça ?
Face à cette realpolitik décomplexée, la réponse européenne semble pour l’instant timorée. Les invités ont tous insisté sur le même point : l’Union européenne doit dépasser sa seule dimension économique pour devenir enfin une puissance stratégique et militaire à part entière.
L’un des experts a même proposé une piste concrète : relancer un tandem franco-britannique comme levier immédiat de puissance militaire européenne, en attendant que l’ensemble de l’Union se dote d’une véritable autonomie stratégique.
Autre élément crucial soulevé sur le plateau : la bataille du récit. Trump maîtrise parfaitement l’art de raconter une histoire simple, voire simpliste, mais extrêmement puissante. L’Europe, elle, peine encore à trouver son propre grand récit mobilisateur pour le XXIe siècle.
Une présidence qui n’est pas une parenthèse
L’une des intervenantes a tenu à rappeler un point essentiel : le second mandat de Donald Trump ne doit surtout pas être analysé comme une simple parenthèse historique. Les transformations qu’il impulse sont profondes et risquent de laisser des traces durables, y compris sur le plan intérieur américain.
Elle a notamment évoqué les dérives institutionnelles qui se sont accélérées ces dernières années outre-Atlantique et qui fragilisent les garde-fous démocratiques. Ces évolutions internes ont des conséquences directes sur la crédibilité des États-Unis comme leader du « monde libre ».
Pourquoi cette sortie de Laurent Delahousse marque les esprits
Le journaliste n’est pas connu pour ses coups de gueule. Au contraire, il cultive depuis des années une image de retenue et de professionnalisme. C’est précisément cette sobriété qui donne tout son poids à l’expression employée ce dimanche soir.
Dire « il nous humilie » en direct sur le service public français, c’est reconnaître publiquement une forme de domination symbolique et politique que beaucoup ressentent sans oser la formuler aussi crûment. C’est aussi une façon de poser la question centrale : jusqu’à quand l’Europe acceptera-t-elle de subir sans réagir ?
Quelles solutions concrètes pour sortir de l’humiliation ?
Les pistes évoquées sur le plateau sont multiples mais convergent toutes vers la même idée : l’Europe doit redevenir acteur et non plus simple spectatrice de l’Histoire.
- Développer une véritable autonomie stratégique (défense, énergie, technologies critiques)
- Renforcer le couple franco-britannique comme noyau dur militaire européen
- Construire un récit européen commun capable de rivaliser avec les grandes narrations nationales ou impériales
- Investir massivement dans la communication et la maîtrise de l’image internationale
- Ne plus se cacher derrière le parapluie américain quand il devient instrument de pression
Ces chantiers sont immenses. Ils exigent une volonté politique qui fait encore défaut dans plusieurs capitales européennes.
Et si l’humiliation était salutaire ?
Certains analystes avancent une hypothèse provocante : et si ce sentiment d’humiliation était exactement ce dont l’Europe avait besoin pour enfin se réveiller ?
Les périodes de domination extérieure ont souvent été les moments où les peuples européens ont trouvé en eux les ressources nécessaires pour rebondir et se réinventer. Peut-être que le second mandat Trump, aussi brutal soit-il, constituera rétrospectivement le électrochoc nécessaire.
Cette lecture optimiste reste toutefois minoritaire. Pour l’heure, c’est surtout l’inquiétude qui domine, et la phrase de Laurent Delahousse en est devenue le symbole médiatique le plus frappant.
Conclusion : le réveil ou le déclin ?
Le débat ne fait que commencer. La sortie de Laurent Delahousse n’est pas un simple dérapage verbal. Elle cristallise une prise de conscience progressive : l’Europe ne peut plus se permettre de rester dans une posture défensive et réactive face à un acteur qui, lui, agit sans complexe et sans retenue.
À l’heure où ces lignes sont écrites, la question n’est plus de savoir si Donald Trump va continuer à pousser ses avantages. Il le fait déjà. La seule vraie question est désormais : l’Europe va-t-elle enfin décider de devenir une puissance qui compte, ou va-t-elle accepter de n’être qu’un acteur secondaire dans le nouveau grand jeu mondial ?
Le choix appartient aux dirigeants européens. Mais il appartient aussi, dans une certaine mesure, à l’opinion publique. Car sans soutien populaire massif à une Europe-puissance, les belles paroles du plateau télévisé resteront lettre morte.
Et vous, qu’en pensez-vous ? L’Europe a-t-elle encore les moyens de redevenir un acteur majeur ou le temps des grandes puissances européennes est-il définitivement révolu ?
La réponse dans les mois et années qui viennent sera historique.









