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Iran : Pezeshkian Met en Garde Contre les Émeutiers

Dans un contexte de colère populaire grandissante, le président iranien Massoud Pezeshkian lance un appel ferme : le peuple doit s'unir contre ceux qu'il qualifie d'émeutiers. Mais où s'arrête la légitime protestation et où commence le chaos ?

La nuit est tombée sur Téhéran, mais la colère, elle, refuse de s’éteindre. Depuis plusieurs jours, des milliers d’Iraniens descendent dans les rues, d’abord pour crier leur ras-le-bol face à une vie toujours plus chère, puis pour exprimer quelque chose de bien plus profond : un rejet global du système en place depuis plus de quatre décennies. Au cœur de cette tempête, un homme tente de reprendre la main : le président Massoud Pezeshkian.

Dans sa première déclaration publique depuis l’embrasement du mouvement, le chef de l’État iranien a choisi ses mots avec soin. Entre fermeté et appel à l’unité, il dessine une ligne rouge très nette : la contestation légitime, oui ; le désordre orchestré, non.

Une contestation qui s’amplifie à vitesse grand V

Tout a commencé le 28 décembre dans les rues de la capitale. Des commerçants, excédés par l’inflation galopante et l’effondrement continu de la valeur de la monnaie nationale, ont décidé de faire entendre leur voix. Ce qui n’était au départ qu’une protestation sectorielle s’est rapidement transformé en mouvement bien plus large, touchant désormais de nombreuses grandes villes du pays.

Les slogans ont évolué. On ne parle plus seulement de pouvoir d’achat ou de prix du pain : on réclame désormais, ouvertement, la fin de la République islamique telle qu’elle existe depuis 1979. Une revendication qui, il y a encore quelques années, restait largement murmurée dans l’intimité des foyers.

Le président trace la frontière entre colère légitime et chaos

Face à cette vague montante, Massoud Pezeshkian a tenu à réaffirmer une distinction qu’il juge essentielle. « Manifester est un droit du peuple », a-t-il déclaré lors d’une interview diffusée par la télévision nationale. Mais très vite, il a ajouté une précision lourde de sens : cette liberté ne doit pas être récupérée par ceux qu’il nomme sans détour les « émeutiers ».

Pour le président, il existe deux réalités bien distinctes : d’un côté, des citoyens légitimement préoccupés par la situation économique catastrophique ; de l’autre, des individus déterminés, selon lui, à faire basculer le pays dans l’instabilité.

« Le peuple ne devrait pas permettre aux émeutiers de déstabiliser la société. Le peuple devrait avoir confiance en notre volonté d’instaurer la justice. »

Cette phrase résume à elle seule la stratégie adoptée par les autorités : reconnaître la souffrance populaire tout en refusant de céder un pouce de terrain face à ce qui est présenté comme une tentative de déstabilisation.

Un appel répété à l’unité nationale

Le message est clair et répété à plusieurs reprises : il faut faire bloc. « S’unir et ne pas laisser ces personnes semer l’émeute », insiste le président. Derrière ces mots, on devine une volonté de rallier la majorité silencieuse, celle qui, sans forcément soutenir le pouvoir en place, craint peut-être encore davantage le chaos et l’incertitude.

En positionnant ainsi le discours, l’exécutif iranien cherche à inverser la dynamique : ce ne sont plus les autorités qui sont isolées face à un peuple uni, mais bien une frange minoritaire d’agitateurs qui menacerait l’ensemble de la société.

Des accusations très précises contre Washington et Tel-Aviv

Massoud Pezeshkian n’a pas hésité à pointer du doigt des responsables extérieurs. Selon lui, les États-Unis et Israël « cherchent à aggraver ces troubles » en recrutant et formant des personnes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Il va même plus loin en évoquant l’introduction de « terroristes » depuis l’étranger.

Cette rhétorique n’est pas nouvelle dans le discours officiel iranien, mais elle prend ici une résonance particulière au regard du timing : elle intervient alors que le président américain a publiquement déclaré que Washington se tenait « prêt à aider » les manifestants « aspirant à la liberté ».

La menace de « frapper très fort » en cas de répression meurtrière massive, prononcée auparavant par la même voix américaine, plane comme une épée de Damoclès au-dessus des événements en cours.

Internet coupé, mais les images continuent de circuler

Depuis plus de soixante heures, l’accès à internet reste extrêmement restreint sur l’ensemble du territoire iranien. Une mesure classique dans ce type de situation, destinée à compliquer la coordination des mouvements et la diffusion d’images compromettantes.

Malgré ces restrictions draconiennes, des vidéos continuent d’apparaître sur les réseaux sociaux internationaux. On y voit des foules immenses défilant dans la nuit, notamment à Téhéran et à Machhad, grande ville de l’est du pays. Des scènes impressionnantes qui témoignent de l’ampleur et de la détermination du mouvement.

La télévision officielle montre l’autre visage des événements

De son côté, la télévision d’État a choisi de diffuser des images bien différentes : bâtiments publics en flammes, attaques contre des symboles de l’État, membres des forces de sécurité tués dans les affrontements. Le contraste entre ces deux récits visuels est saisissant et illustre parfaitement la bataille de la narration qui se joue en parallèle des manifestations dans la rue.

D’un côté, le pouvoir met en avant les violences et les destructions pour justifier une réponse ferme ; de l’autre, les réseaux sociaux montrent l’ampleur de la mobilisation populaire et la diversité des participants.

Une crise économique qui sert de carburant au mécontentement

Il serait illusoire de penser que la contestation actuelle se résume à une simple manipulation étrangère. Les difficultés économiques que traverse l’Iran sont bien réelles et massives. L’inflation à deux chiffres depuis des années, la chute libre de la monnaie nationale, les sanctions internationales qui asphyxient l’économie : tous ces facteurs créent un cocktail explosif.

Le pouvoir d’achat s’est effondré pour une grande partie de la population. Les prix des produits de première nécessité ont explosé tandis que les salaires, eux, n’ont pas suivi. Cette réalité quotidienne, vécue par des millions d’Iraniens, constitue le terreau dans lequel la contestation actuelle a pu prendre racine et se développer aussi rapidement.

Un équilibre délicat à trouver pour le pouvoir

Face à cette situation, les autorités doivent trouver un équilibre extrêmement fragile : reconnaître suffisamment la légitimité des doléances pour éviter que le mouvement ne s’élargisse encore davantage, tout en maintenant une ligne dure contre ce qui est qualifié de tentative de déstabilisation.

Le discours du président Pezeshkian s’inscrit précisément dans cette stratégie : montrer une forme d’empathie pour la souffrance populaire tout en traçant une frontière très nette avec ceux qui, selon le pouvoir, chercheraient à instrumentaliser cette colère à des fins politiques plus larges.

Vers une escalade ou une désescalade ?

La question que tout le monde se pose désormais est simple : comment cette situation va-t-elle évoluer dans les prochains jours et les prochaines semaines ? Plusieurs scénarios sont possibles, du retour progressif au calme à une escalade encore plus importante des tensions.

Beaucoup dépendra de la capacité des autorités à répondre concrètement à certaines des préoccupations économiques les plus criantes, tout en maintenant l’ordre public. Beaucoup dépendra également de l’évolution du mouvement lui-même : restera-t-il majoritairement pacifique ou basculera-t-il vers davantage de violences ?

Une chose est certaine : nous assistons à un moment charnière dans l’histoire récente de l’Iran. Les prochains jours seront déterminants pour savoir si le pouvoir parvient à reprendre la main ou si, au contraire, la contestation s’amplifie jusqu’à atteindre un point de non-retour.

Dans les rues de Téhéran, de Machhad et de nombreuses autres villes, des centaines de milliers d’Iraniens continuent d’exprimer leur colère, leurs espoirs, leurs peurs. Et quelque part dans un bureau du pouvoir, on pèse chaque mot, chaque décision, conscient que l’avenir du pays se joue peut-être en ce moment même.

La suite appartient à l’Histoire.

« Si les gens ont des préoccupations, nous les entendrons, c’est notre devoir de les écouter et de résoudre leurs problèmes. Toutefois, notre devoir premier est de ne pas laisser les émeutiers venir perturber la société. »

Massoud Pezeshkian, président de la République islamique d’Iran

À suivre, donc, avec la plus grande attention.

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