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Macha Méril : Héritage Russe et Engagement Passionné

À 85 ans, Macha Méril revendique fièrement ses racines russes et s'engage pour les cinéastes opposés au pouvoir actuel. Le décès récent de sa sœur aînée l'a poussée à écrire sur le deuil et les origines. Mais que pense-t-elle vraiment du féminisme d'aujourd'hui ?

Imaginez une femme de 85 ans, à la fois actrice mythique, écrivaine reconnue et figure d’une élégance intemporelle, qui soudain décide d’affirmer haut et fort une part essentielle de son identité longtemps restée en arrière-plan. Cette femme, c’est Macha Méril. Dans une période où beaucoup préfèrent se taire, elle choisit au contraire de parler, de revendiquer, de transmettre. Et c’est précisément cet élan qui rend son parcours actuel si fascinant.

Quand les racines appellent à l’action

À un âge où beaucoup se reposent sur leurs lauriers, Macha Méril semble animée d’une énergie nouvelle. Cette vitalité inattendue trouve sa source dans un événement douloureux mais profondément transformateur : la disparition de sa sœur aînée. Ce deuil n’a pas seulement brisé quelque chose en elle ; il a également ouvert une porte vers ses origines les plus intimes.

Ceux qui suivent son parcours depuis plusieurs décennies savent que la Russie n’a jamais été absente de sa vie. Pourtant, c’est aujourd’hui qu’elle choisit d’en faire un véritable combat culturel. Loin d’une posture nostalgique, son engagement prend la forme d’une action concrète et engagée.

Un festival dédié aux voix libres du cinéma russe

Du 20 mars au 5 avril 2026, la région parisienne accueillera une manifestation culturelle d’envergure : un festival entièrement consacré au cinéma russe indépendant. Macha Méril n’est pas simplement marraine de l’événement ; elle en est l’une des principales artisanes.

Ce qui rend cette initiative particulièrement forte, c’est le parti pris affiché dès le départ : donner la parole aux cinéastes qui refusent toute compromission avec le pouvoir en place. Ceux que l’on pourrait qualifier de dissidents artistiques trouveront dans ce festival une tribune précieuse et rare dans le paysage culturel actuel.

Nous avons tous les dissidents, les cinéastes qui ne sont pas poutiniens.

Cette phrase, prononcée avec une tranquille détermination, résume parfaitement l’esprit du projet. Il ne s’agit pas de nier l’existence d’un cinéma institutionnel, mais bien de créer un espace protégé pour ceux qui choisissent une autre voie, souvent au prix de grandes difficultés personnelles et professionnelles.

Le deuil comme révélateur identitaire

La disparition de sa sœur aînée, survenue le 14 août 2025 à l’âge respectable de 96 ans, a agi comme un véritable catalyseur. Au-delà de la douleur naturelle que provoque toute perte d’un être cher, ce décès a réveillé chez Macha Méril une urgence nouvelle : celle de transmettre, de documenter, de laisser une trace.

C’est dans ce contexte émotionnel intense qu’est né un projet littéraire très personnel. L’actrice-écrivaine prépare actuellement une chronique qui mêlera le récit du deuil à une véritable plongée dans l’histoire familiale et les racines russes qui traversent les générations.

Ce livre à venir s’annonce comme bien plus qu’un simple témoignage intime. Il constituera également un document précieux sur une certaine aristocratie russe du XXe siècle, celle qui a connu l’exil, les bouleversements historiques majeurs et la reconstruction d’une identité dans un pays d’accueil parfois hostile.

Retour sur une collaboration télévisuelle réussie

Le contexte de cette prise de parole n’est pas anodin. Il coïncide avec la diffusion, le 10 janvier 2026 sur France 3, du quatrième volet de la collection Enquête Parallèle. Dans cette série policière au succès fidèle, Macha Méril incarne avec beaucoup de justesse le personnage de Colette, la mère de l’héroïne principale.

Face à Florence Pernel, qui campe la journaliste d’investigation Fred Chaperot, l’alchimie fonctionne à merveille. Les deux comédiennes partagent une complicité évidente, tant à l’écran que dans la vraie vie. Macha Méril décrit cette collaboration comme particulièrement fluide :

Tout se fait naturellement avec Florence parce que c’est une énorme bosseuse, intelligente, énergique, facile à vivre… Nous avons aussi quelques points communs. Nous n’avons donc pas eu besoin de beaucoup travailler pour trouver l’alchimie.

Cette quatrième enquête, qui remonte le fil d’une affaire vieille de vingt ans, permet une nouvelle fois au duo mère-fille fictif de briller par sa complémentarité et son humanité. La série réussit le difficile pari de traiter des sujets graves tout en conservant une vraie légèreté dans les relations entre les personnages.

Un féminisme assumé mais nuancé

Interrogée sur sa position vis-à-vis des combats féministes contemporains, Macha Méril livre une réponse nuancée qui mérite d’être méditée. Si elle reconnaît l’importance de la lutte pour l’égalité, elle prend soigneusement ses distances avec certaines formes d’expression qu’elle juge contre-productives.

Elle explique préférer le féminisme joyeux qu’elle retrouve dans la série à certains discours plus agressifs. Selon elle, exclure ou brocarder les hommes ne peut conduire qu’à une impasse. Elle aspire plutôt à une forme de féminisme plus ambitieuse et plus inclusive :

J’aspire à une dimension supérieure : il est temps de porter les femmes au pouvoir.

Cette vision, loin d’être conservatrice, témoigne d’une maturité et d’une expérience de vie qui permettent de dépasser les postures clivantes pour envisager une véritable transformation des rapports de pouvoir.

Une vie au carrefour de plusieurs mondes

Pour bien comprendre la singularité du parcours de Macha Méril, il faut remonter aux origines. Née dans une famille princière russe émigrée en France après la révolution bolchevique, elle porte en elle depuis toujours cette double culture qui fait aujourd’hui pleinement sens.

Actrice prolifique du cinéma français des années 60 et 70, elle a travaillé avec les plus grands réalisateurs de l’époque. Parallèlement, elle a développé une œuvre littéraire importante, notamment dans le domaine du roman et de l’essai. Cette double casquette d’actrice et d’écrivaine lui confère une liberté de ton et une profondeur de réflexion assez rares.

Aujourd’hui, à 85 ans, loin de se reposer sur ses acquis, elle choisit de mettre cette expérience et cette liberté au service d’une cause qui lui tient particulièrement à cœur : la défense de la liberté d’expression et de création dans son pays d’origine.

Pourquoi cet engagement résonne particulièrement aujourd’hui

Dans un contexte géopolitique tendu, où la culture est de plus en plus instrumentalisée, l’initiative de Macha Méril prend une dimension politique indéniable. En donnant la parole à des cinéastes indépendants, elle refuse la fatalité d’une uniformisation culturelle et défend l’idée que l’art peut et doit rester un espace de résistance.

Son action rappelle également que la culture n’est pas un luxe ou un divertissement, mais bien un enjeu majeur dans les périodes de crise. En reliant son engagement actuel à son histoire familiale et à son deuil personnel, elle humanise considérablement son combat, le rendant plus accessible et plus touchant.

Un héritage à transmettre aux nouvelles générations

Ce qui frappe peut-être le plus dans le parcours actuel de Macha Méril, c’est la conscience aiguë qu’elle a de la transmission. À 85 ans, elle ne cherche pas seulement à défendre des idées ou à organiser un événement culturel ; elle souhaite avant tout passer le relais.

Que ce soit à travers le festival, le livre à venir ou ses interventions publiques, elle semble animée par le désir de faire comprendre aux plus jeunes que les racines, même lointaines, peuvent devenir une force incroyable lorsqu’on décide de les assumer pleinement.

Dans un monde qui valorise souvent la nouveauté au détriment de la mémoire, cette démarche possède quelque chose de profondément subversif et nécessaire. Elle nous rappelle que les combats d’aujourd’hui s’appuient nécessairement sur la connaissance et la compréhension des héritages du passé.

Et c’est précisément là que réside toute la puissance de l’engagement actuel de Macha Méril : il ne s’agit pas d’un simple regard nostalgique vers l’arrière, mais bien d’une contribution active à la construction de l’avenir culturel, tant russe que français.

Une femme, deux cultures, trois générations, et un infini désir de liberté d’expression : tel pourrait être résumé le magnifique parcours que continue d’écrire, à 85 ans, cette grande dame du cinéma et des lettres françaises.

À découvrir absolument dans le magazine en kiosque dès le 12 janvier 2026 : l’intégralité de cette interview passionnante qui nous rappelle que l’âge n’est jamais un obstacle lorsqu’il s’agit de défendre ses convictions les plus profondes.

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