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Vénézuela : Le Calvaire d’une Famille Déchirée par les Arrestations

Au Venezuela, une jeune mère de 19 ans recherche désespérément sa famille arrêtée depuis des mois. Tortures, disparitions, pressions… Son témoignage glaçant révèle l’envers sombre d’un régime. Mais où sont-ils vraiment aujourd’hui ?

Imaginez une jeune femme de 19 ans, enceinte de sept mois, arrachée brutalement à ses enfants en pleine nuit. Quelques heures plus tard, on la libère, mais sans ses proches. Depuis des mois, elle vit dans l’angoisse permanente, sans nouvelles de sa mère, de son compagnon, de son frère. Cette histoire n’est pas tirée d’un film. Elle se déroule aujourd’hui, au Venezuela.

Une famille entière broyée par la machine répressive

Dans la ville côtière de Cumaná, à l’est du pays, une opération des forces de sécurité a bouleversé une famille entière durant l’été 2025. En l’espace de quelques jours, sept membres d’une même famille ont été emmenés sans ménagement. Parmi eux : une femme enceinte, une adolescente de 16 ans, une tante, une cousine, une mère, un frère et un compagnon.

Le motif officiel ? Une vague d’arrestations liées à de supposés actes de violence et à des personnes soupçonnées d’avoir participé à un attentat à Caracas l’année précédente. Le gouvernement a rapidement communiqué sur l’arrestation de treize personnes, diffusant même des photographies de certains membres de cette famille.

La mécanique implacable de la pression

Ce qui frappe dans ce récit, c’est la façon méthodique dont les autorités ont procédé. Tout commence avec l’interpellation de la tante. Puis, lorsque la cousine se rend pour prendre des nouvelles, elle est à son tour arrêtée. On appelle ensuite la mère et on menace de tuer sa fille si le frère ne se présente pas. Il finit par se rendre. Alors on arrête la sœur de 16 ans.

La jeune femme enceinte, surnommée affectueusement « Lore » par ses proches, est utilisée comme dernier levier. On lui fait comprendre que sa vie et celle de son bébé sont en jeu si son compagnon ne se livre pas. Il finit par céder. Elle est arrêtée, puis relâchée quelques heures plus tard, complètement désemparée.

« Ma mère est tout pour moi, mon compagnon aussi. »

Cette phrase, prononcée par la jeune mère, résume à elle seule l’immense vide laissé par ces disparitions forcées.

Des témoignages glaçants de mauvais traitements

La sœur de 16 ans, libérée trois jours après son arrestation, est ressortie profondément choquée. Elle a assisté, impuissante, à des actes de torture infligés à son frère. Selon son récit, celui-ci, qui souffre d’asthme, a eu le visage entièrement recouvert d’un papier blanc. Il a commencé à hurler, asphyxié, mais personne n’a réagi.

La jeune adolescente a également subi des pressions psychologiques et du harcèlement de la part de ses geôliers. Elle a entendu au loin les pleurs de sa mère, sans pouvoir la voir ni la réconforter. Pendant trois jours, elle a partagé une cellule avec sa mère et sa cousine, dans des conditions très difficiles.

Une attente interminable devant les prisons

En janvier 2026, alors que le gouvernement annonce la libération d’un « nombre important » de détenus dans le cadre d’accords internationaux, les deux sœurs se rendent à la prison de Rodeo I, à une quarantaine de kilomètres de Caracas. Des centaines de familles s’y pressent, espérant retrouver un proche parmi les prisonniers libérés.

Malheureusement, les libérations se comptent sur les doigts d’une main. Moins d’une vingtaine de personnes auraient été relâchées depuis l’annonce officielle, selon plusieurs sources proches des familles. Pendant ce temps, la jeune mère passe la nuit dehors, sous un arbre, souffrant d’engorgement mammaire car elle ne peut pas allaiter son nouveau-né de deux mois.

« Si cela ne tenait qu’à moi, je resterais jusqu’à ce que je voie ma maman. Ce que je désire le plus, c’est serrer ma maman dans mes bras. »

Un contexte de répression toujours très lourd

Cette histoire familiale tragique s’inscrit dans un contexte beaucoup plus large. Les manifestations massives qui ont suivi la réélection contestée de Nicolás Maduro en juillet 2024 avaient provoqué 28 morts et environ 2 400 arrestations selon les organisations de défense des droits humains. Par la suite, près de 2 000 personnes avaient été libérées, souvent avec l’interdiction formelle de parler à la presse.

Malgré ces libérations partielles, plus de 800 personnes resteraient encore derrière les barreaux aujourd’hui, dans des conditions souvent dénoncées par les ONG. Les familles, elles, continuent de vivre dans l’incertitude la plus totale.

La survie au quotidien pour les deux sœurs

Depuis leur libération, les deux jeunes femmes survivent grâce à l’aide de tantes éloignées. L’aînée, déjà mère d’un enfant de deux ans, vient d’accoucher d’un deuxième bébé. Elle doit jongler entre l’allaitement, les nuits blanches et l’angoisse permanente. Sa petite sœur, mineure, ne peut pas travailler légalement.

Les autorités refusent de leur communiquer la moindre information précise sur le lieu de détention de leurs proches. Cependant, une tante a finalement réussi à localiser plusieurs membres de la famille à Rodeo I, un centre pénitentiaire qui accueille environ 500 détenus.

Une douleur qui dépasse les frontières

Ce témoignage dépasse largement le cadre d’une simple affaire familiale. Il illustre la persistance d’un climat de peur, de suspicion et de répression au Venezuela, même après les bouleversements politiques majeurs de ces derniers mois. Il met aussi en lumière la souffrance silencieuse de milliers de familles qui, comme elles, attendent des nouvelles dans l’angoisse.

Chaque jour qui passe sans information claire est une nouvelle épreuve. Chaque nuit sans sommeil est un rappel cruel de l’absence. Et pourtant, malgré l’épuisement, malgré la douleur, la jeune mère refuse d’abandonner. Elle continuera d’aller frapper aux portes des prisons, d’attendre sous les arbres, de porter ses enfants dans ses bras en espérant un jour pouvoir les présenter à leur grand-mère.

Un cri silencieux pour la justice et la vérité

Derrière les statistiques, derrière les communiqués officiels, il y a des visages, des noms, des histoires. Il y a une jeune femme de 19 ans qui élève seule deux très jeunes enfants. Il y a une adolescente de 16 ans traumatisée par ce qu’elle a vu et entendu. Il y a une mère, un frère, un compagnon, dont on ignore toujours le sort exact.

Cette histoire n’est pas terminée. Elle continue de s’écrire chaque jour, dans l’attente, dans les larmes, dans l’espoir ténu que les portes s’ouvrent enfin, que les bras se referment autour des êtres chers disparus depuis trop longtemps.

Et pendant ce temps, au Venezuela, des milliers d’autres familles vivent le même calvaire, dans l’ombre, loin des caméras. Leur combat pour la vérité et la dignité mérite d’être entendu.

« Ce que je désire le plus, c’est serrer ma maman dans mes bras. »
Une phrase toute simple. Une phrase qui dit tout.

Les jours passent. Les semaines passent. Et l’attente, elle, ne faiblit pas.

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